Et dans la chambre rien n’aura lieu

Sublime indifférence instrumentale de Jean-Sébastien Bach, je cite Glenn Gould. Frapper la touche, le marteau sur la corde. Porter le souffle. Les surmenés du vide, c’est la structure qui signifie. Sculptures taillées dans du savon, arpenter les décombres. Montée d’adrénaline, je fais une crise d’angoisse. Je vais sous la douche. Je bois un verre d’eau. Je bois un shot de Gin. Aller. Je m’habille. Veste brodée de sequins, pantalon en coton et chaussures Saint Laurent. Mâle blanc depuis que je suis ici, hétérosexuel et occidental des années durant, catholique et depuis la Faute, je suis debout devant l’ordinateur. Fenêtre ouverte, je ne porte le poids. Empreinte carbone, d’aucun péché. Bruit incessant. L’œil à hauteur d’un LBD. Qu’est-ce que tu vois ? Rien. Qu’est-ce que tu branles ? Le roman Camille vient à Paris et elle repart est « définitivement inachevé ». Deux-cent-soixante mille signes, et j’écris Paris-Plage. Et je travaille à mon Voilà (voir l’article daté du 5 février 2020). À part ça ? YouPorn et McDo. Des bars éclairés au néon. Actualités, piles de cadavres. Morts suspectes, délimitez le périmètre. Temps légendaires, dépouille fera l’objet d’une autopsie. L’existence de la langue, j’aimerais ici. Désinfectant Multi-usages, le mot et la chose. Attise le feu. Propagation de l’épidémie, huîtres roulées par les vagues. Résidus de pesticides et certainement des bombes. Délai d’incubation, je ne veux rien dire de moi. Pulsions lyriques et Glyphosate. Les prostituées de l’Apocalypse, et ils assènent la vraie question. Vide de sens, pue la mort. Essuie ta bouche et lave ton cul. Tout commentaire, me vient alors. Portée critique, la décroissance par le virus. Mesures de confinement. Quarantaine et contaminés. Ok. Notes brutes. Le procès qui s’ouvre et l’expérience de la captivité. Hommage aux courses vaines, irruption de la maladie dans la scène finale. Fin de vie, Morphine Express. Les voix des morts (Burroughs), et droit dans l’ombre. Altération du discernement, se pisser dessus dans la misère. En rupture avec le récit. Scepticisme mélancolique, suite infinie de transitions. Des regards mécaniques. Un décor épuré. Black Midi, Schlagenheim. Apocalypse zombie, combien de fois encore. Tachycardie, douche dorée, fétiche et tabou, les eaux du déluge, hémoglobine et kérosène. Bouge pas, je reviens.

Un passé simple

J’étais chez Camille à Londres. Studio à Greenwich High Road, fin février 2018. Mobilier clair et lumière douce. Une tonne de bordel. Quelque chose comme My Bed de Tracey Emin, matelas posé au sol et des trucs autour. Rien sur les murs, à l’exception d’une photo d’elle dans les chiottes : nue, coiffée d’un chapeau de Cowboy et faisant le geste de tirer au Revolver. Une as de la gâchette, surgissait dans l’image. Coups obstinés, la loi et l’ordre, l’aventure constituante, l’image répond en force. Méthode de vivre. Non, pas de méthode. Méthode mon cul. Soixante-millions de morts par an et pas que des arabes, c’est ça la méthode. Détruire les mythes, valeurs communes. Et il est où l’indien ? Événements révolutionnaires et régner sur. Les ongles qui poussent et bâtir le temple. Une vie sans les mots, le sens n’apparaît. États multiples, on boit des verres au Belushi’s. Elle dit j’ai peut-être un nouveau client. Elle parle d’opportunité. Elle dit j’y vais demain. Elle dit ces enculés exigent des délais de plus en plus courts, et révisent les tarifs à la baisse. Genre j’ai qu’à fermer ma gueule. Elle dit j’appelle pas ça La Crise. C’est juste une putain de guerre. Je dis c’est ça, une putain de guerre. Elle dit OK, on va faire ces putains de trucs d’adultes, et tout m’oblige. Elle dit vulgarité et prosaïsme et tu vois ce que je veux dire. Je dis non, je ne vois pas. Elle boit un Mojito et la paille à ses lèvres. Elle dit je vis encore et tout ce que j’ai. Vacance de tout. Elle dit ce que je veux c’est pas grand chose. Elle fait tourner la paille dans le verre et la menthe. Elle dit les putains de démons et où pourrrais-je aller ? Bascule. Je vais au bar, je reviens avec un double Gin. Je suis métal, elle m’adresse un sourire. Postulat aphasique, je ne sais pas encore — nourris-toi est en nous, de ta chair a le goût, naître en moi le roman — que j’écrirai Camille. Présence et clarté, à neuf et à vif. Pourquoi se faire entendre ? Lutte engagée, que l’on commence à lire. Autant que je ressens, les mots d’emblée. Ne pas rendre les armes, et ce livre en effet. Laisser agir en soi. Logique de l’autre, Camille est là. Je l’entends grincer des dents. Je l’entends chanter. Crier. Parler. Rire. Je l’entends qui respire. État émotionnel proche de zéro, murmure à mon oreille. Exploration des flux de conscience. Je l’entends appeler Pizza Express, commander deux Margheritas. Je la vois dormir la bouche ouverte. Marcher pieds nus sur les rochers, à Roquebrune-Cap-Martin. Pisser dans les rochers. Assise dans la bagnole devant la pompe d’une station-service et je viens de faire le plein d’essence. Manger des pâtes sur le toit-terrase d’un hôtel à Rome. Mordre dans une tranche de pastèque, je vois le jus couler. Crache dans la bouche. Je la vois mettre son jean, faire sa valise, monter dans un taxi. L’orgasme au crépuscule, courir à l’aube. Faire ses abdos, prendre sa douche, ouvrir les yeux, bronzer sur un transat. Chausser ses escarpins, se tordre la cheville sur un trottoir. Faire claquer son Zippo, allumer une Dunhill. Appliquer du vernis sur ses ongles. Rouge. Saisir des baguettes et manger un Udon. Nourrir. Entre ses doigts, et aspirer les nouilles. Dormir. Couchée avec de la fièvre et les médocs sur le tapis au pied du lit elle dit : tu peux me passer mon iPad ? Modalités sensorielles, un style désaffecté. Je ne la vois pas mettre le canon d’un SIG-Sauer dans sa bouche. Je ne la vois pas écrire de la poésie. Je ne la vois pas introduire un tampon hygiénique dans son vagin. Je ne la vois pas retirer le tampon de son vagin. Je ne la vois pas, enfant, enterrer ses poupées dans des trous creusés dans le jardin de la Ferté-Saint-Cyr. Je ne la vois pas, debout près du portail, fixer la jambe arrachée de son frère sur la route devant la maison, dans l’herbe du talus. De ses yeux secs. Je ne vois pas le corps de son frère, séparé de la jambe. Je ne vois pas sa mère qui ramasse la jambe. Excès de réel, mécanique implacable. Je ne sens pas l’odeur du cadavre de son frère. Je ne la vois pas fleurir sa tombe. Éveille-toi, elle a dit j’étais seule. Rouleau de cellophane et je la momifie. Contemporaine. Elle s’éveillait, le monde jusqu’à. Hors du commun, être à la fois. Y revenir, c’était toujours. Lieu de jouissance, dans le langage. Elle se met à quatre pattes, elle plaque ses épaules sur le sol et sa main branle. Les points aveugles, que font les mains ? Porte la main. Abolir la distance, un couteau sur la gorge. Fonctionnement des échanges symboliques, dureté de l’acier marque la peau. La main heureuse, jusqu’à l’extrême. Maintenant, poser la question : que sais-je alors ? Je veux dire d’elle, de Camille et scander la puissance. J’ai brisé la structure, conjonction fulgurante. Séquence anticipée d’actions, elle dit laisse-moi. Elle dit j’y vais. Elle dit t’es où ? Elle dit je suis prête. Elle dit j’achète. Il faut que j’achète. Je vais acheter. J’achète. Elle dit j’ai besoin de et il me faut. Elle dit remplir le vide. Elle dit regarde-moi. Je la regarde. Scène dans l’obscurité, ou presque. Écart entre le sourcil et la paupière. Sa tête légèrement inclinée vers l’avant, une esthétique de l’immobile. Un peu plus tard. Elle éteint sa clope, rejette l’idée de perspective, va à la fenêtre, se déshabille, s’assoit nue sur une chaise, se renverse en arrière, se pince le bout des seins, épluche une clémentine, elle dit tu as maigri et je dis non, elle dit trouve-nous un film violent et je dis oui, ouvre le ventre et à mains nues. Pathologique, relationnel. Section des carotides, pas d’érotisme de la blessure. Anthologie de la dépravation. Elle enlève ses lunettes, se frotte les yeux, elle dit faut que j’aille chez l’Ophtalmo, elle ne dit rien et elle se lève et elle s’approche. À me toucher je mords sa bouche. J’aspire sa langue. J’empoigne ses cheveux. Je tire ses cheveux. On baise et elle se doigte. Perception sensible, ce qui se passe à présent. On visite « A View from Zabreb: Op and Kinetic Art » à la Tate Modern. On voit « A Time for New Dreams » de Grace Wales Booner à Serpentine galleries. Des certitudes grammaticales, une parenthèse rituelle. Performance de MJ Harper, An Exercise in Balance. Tableau vivant et toute métrique. Désinvolture panique, et les faits rapportés. Samsung dévoile le Galaxy S9, propositions juxtaposées. Une ambulance piégée explose à Kaboul, et la matière s’anime. Flux narratif, négocier le Brexit. Engagé par référendum, des paquets d’intestins. Bousillés à l’alcool, les équipes de SpaceX. Font décoller le Falcon Heavy de Cap Canaveral, les rayons primitifs. Certitudes opérationnelles, depuis longtemps déjà. Technologie, laisse son empreinte. La maquette du Tara, goélette polaire pour l’étude de l’état de la glace est exposée chez Agnès B., dix ans après la dérive du deux-mâts dans les eaux de l’Arctique. Vagues noires et tranchantes comme des lames. Dynamique à l’œuvre, la gueule du chien écume de bave. Make France great again! exhorte Marion Maréchal-Le Pen devant le congrès annuel de la droite américaine. Une nation millénaire, je suis venue vous dire. Frontières occidentales, et dans cette perspective. Épisodes successifs, conduire à cette conclusion. La fixation des peuples et des individus ? La conscience d’un déclin imminent ? Discours sur la décadence, le rythme s’accélère. Champs magnétiques, faisceaux de particules. Une trêve humanitaire de trente jours en Syrie est votée par l’ONU, ils ont tous un programme. La Ghouta orientale visée par des bombardements. L’inanimé, enclave rebelle. Arme chimique au gaz Sarin, voyant cela. Disparition du signal, les causes de ces débordements. Assis à l’arrière d’une Mercedes-Benz Classe S W140, Bachar envoie un SMS. Bachar ne lit pas La Vie psychique du pouvoir de Judith Butler. Bachar demande à son chauffeur d’accélérer. Bachar reçoit un SMS. Bachar appelle sa femme. Bachar a deux trous noirs sur son visage gris. Soutien logistique et militaire des alliés russe et iranien, déterminé à l’horizon. Vocabulaire de l’hégémonie, le sang régulateur. Biblique et historique, signe d’ovulation. Enjeux géopolitiques, la coprésence des temps. Rassemblements d’extrême droite et de militants antifascistes en Italie, et c’est documenté. Le groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (JNIM) revendique l’attaque contre des soldats de l’Opération Barkhane, étendue silencieuse. Portent le deuil et neutralisent. Barkhane est le nom d’une dune qui prend la forme d’un croissant, et sous l’effet du vent. Fictions accumulées. C’est peut-être la haine, les moyens déployés. Formulaire mode d’emploi, remplir les cases. Demande d’autorisation globale de transit de matériels de guerre, armes et munitions. Résolutions secrètes. Dans cet espace, et l’Avant-Dire. Cerfa n°12363*03, DÉCLARE. Mettre des gants, fouiller la plaie. La pêche industrielle exploite plus de la moitié de la superficie des océans, un pâle soleil. La poussière monte, le ciel plombé. Tout arrive, loin encore. Et chaque hiver, va au vivant. L’air respiré, mais aujourd’hui. Tissu nerveux, Camille travaille. Je débouche une bouteille de vin. J’écoute Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven de Godspeed You! Black Emperor. J’ouvre un numéro de Purple qui date de 2016. Objets de chair, titres des séries mode : Alone Together, Mirror Mirror, Tear Me Apart, Naked Lips, Innocence and Panic et Night Pictures. Sublime et surface. Il y a un truc sur les Polaroïds de Balthus, une interview de Kenneth Anger par Simon Liberati et c’est Terry Richardson qui fait les photos. Je referme le magazine, je prends mon téléphone. Je pose le téléphone. Température extérieure six degrés Celsius, vent fort, les eaux d’égouts brassées grands flots. Les pages perdues, et des extases à plus finir. Épileptiques. Plonger dans les backstages et partir en Larsen, vider les lieux et rien à dire. Camille s’étire, elle se massait la nuque. Elle boit un verre d’eau et se tourne vers moi. Elle dit qu’est-ce qui importe ? Je dis j’en sais rien et c’est à peu près tout. Il faisait nuit, elle ouvrit au livreur de pizzas.

L’enfer et en même temps

Camille vient à Paris et elle repart, c’est le livre sur rien (voir l’article posté le 18 juin 2019, intitulé Toutes sortes d’acrobaties). Paris-Plage sera celui du dédoublement schizoïde. Le Journal c’est le commencement — et le recommencement — de cette littérature. Le Journal c’est le bruit à l’intérieur d’une tombe. Témoignage achèvement, c’est fixer des repères. Précision, et tenir la distance. Brèves notations, une dissonance. L’expérience intérieure, le transitoire et la baleine. Le tambour d’une machine à laver, et la vitesse de rotation. Le vortex mais sans le trou, ni le volume. Lessiver, les fictions les plus plates. Monstre aquatique, vers le fait que chaque phrase : c’est le blanc implacable, le sillon écumant. Échappées salutaires, tempo fiévreux. Rapport sur moi (mais pas que), les aliments. Broyage des poussins et castration à vif des porcelets. Chevreaux pendus à un crochet, vivants. Vaches étourdies, joint de l’anus. Fin annoncée, déplume l’oiseau. Abattoirs pour chiens et produits carnés, normes techniques, valorisation des carcasses. Les unités de sens, les pratiques de dépouille. Résidus de l’estomac, convoyage pneumatique. Vitesse prosodique, scie à thorax ouvert. Retrait de la tête, gras de surface. Traitement des déchets, égorgements à vif. Extraction des graisses et des protéines, et la destination. Farine de sang, engrais riche en azote. Rôtir un bœuf, et la sauce verte. Récurrence du motif, et nous verrons plus loin. Une déchirure, une violence singulière. Le corps momifié d’un rat, le vol d’une chauve-souris. Formes artistiques de la nature (Kunstformen der Natur), livre de lithographies illustratives de sciences naturelles publié par le biologiste allemand Ernst Haeckel en 1904. La planche soixante-sept montre quinze têtes de Chiroptères, j’ai l’intention de la reproduire dans Voilà (projet de magazine décrit dans l’article du 4 février). Importance accordée au papier, ainsi naît la conscience. Jeux en miroir, ce qui m’excède. Si peu vécu, un bref instant. Gravé dans la pierre du temple, et sans doute y-a-t-il. La part du feu, Camille est face au mur. Téléphone sur l’oreille, elle dit oui mais. Elle dit d’accord, elle dit demain et elle raccroche. Elle nage à la piscine Saint-Merri. Elle dit ce que je veux dire. Elle danse. Je la photographie. Je prends une douche. J’envoie un mail. Elle dit tu lis quoi ? Elle dit tu as lu Édouard Louis ? J’ai lu Qui a tué mon père. Camille travaille. Camille nettoie les verres de ses lunettes. Camille mange un Kiwi. Elle dit la spécialisation. Elle cherche le chargeur de son téléphone. Elle traîne en culotte. Elle dit tu viens courir ? Je dis non. Elle dit putain mais Mélenchon ! Elle boit un Perrier. Elle répète Mélenchon. Toute manifestation, maintenant c’est la météo. La vigilance orange, et invoquer en vain. Camille dit cette histoire, qu’est ce que c’est ? Elle dit le désastre annoncé. Elle dit tout s’écroule ou bien ? Elle dit le fanatisme. Elle dit je m’oppose. Elle dit je m’abonne. Je dis c’est bien. Elle dit ce que je veux et elle dit euh. Elle lit Qui a tué mon père. Elle dit depuis l’enfance. Le voyage impossible, engagée dans un souffle. Le chemin jusqu’à la grille, j’avançais dans la boue. Elle dit l’herbe coupée. Sueur suce mais encore première fois. Elle dit la mouille de ma chatte. Elle dit faut que j’achète du shampoing. Elle met du rouge sur ses lèvres. La journaliste Arlette Chabot dit 64 % des français ne se sentent plus chez eux en France et elle fait référence à une enquête Ipsos. La journaliste Arlette Chabot dit l’immigration est un problème mondial. Elle dit montée des populismes et renaissance de l’extrême droite en Allemagne. La journaliste Arlette Chabot dit Emmanuel Macron est-il déterminé à envoyer les policiers dans les quartiers contrôlés par les dealers alors que la drogue assure la paix sociale ? La journaliste Arlette Chabot s’exprime sur Sud Radio. La journaliste Arlette Chabot touche le col de son chemisier à rayures. L’éditorial de la journaliste Arlette Chabot est rédigé sur deux feuilles de papier qu’elle tient de la main gauche. La journaliste Arlette Chabot dit pour les français, immigration et délinquance depuis trente ans sont synonymes d’impuissance de l’État, d’impuissance des politiques et des gouvernements. La journaliste Arlette Chabot arrête de parler. La journaliste Arlette Chabot n’écrira pas La Vie sexuelle d’Arlette Chabot. La journaliste Arlette Chabot n’a jamais dit la veille de mon anesthésie à la télévision. Poème épique, actualités et commentaires. J’écoute La Nuit transfigurée d’Arnold Schoenberg. J’écoute The Perfect Kiss de New Order. J’écoute Ducter de Black Midi. Camille dit j’ai mes règles. Camille dit on bouge ? Camille met son blouson. On sort. On croise une patrouille de l’Opération Sentinelle. On passe devant un corps à moitié enfoui dans des cartons sur le trottoir. Il y a de la merde parce que le mec n’a sans doute pas la force de se traîner à plus d’un mètre. Ça sent la merde, il s’est chié dessus. Les soldats qui marchent dans la rue à Paris on ne les voit pas. Je ne les vois pas. Camille ne les voit pas. Ils sont sans visage et sans nom. Une patrouille de l’Opération Sentinelle ça fait tableau. C’est dans le tableau. Le tableau c’est ce qu’on ne voit pas. Le tableau c’est qu’on ne voit plus. L’image de l’œil, on est rue de Rivoli. On va chez H&M. On sort de chez H&M. On déjeune rue de Bretagne. Perspectives diachroniques, Camille envoie un SMS. Elle dit je vais prendre les coquilles Saint-Jacques. Elle regarde les T-shirts qu’elle vient d’acheter. Elle dit c’est cool. Elle les remet dans le sac. La table est bancale. Le serveur cale la table. Camille mange les coquilles Saint-Jacques. Elle dit je suis une femme. Elle dit je suis cette femme. Elle ne le dit pas avec des mots. Charge érotique, j’ai du mal à finir ma viande. Débris et lambeaux, je suis pris dans ma viande. Je me dis que j’aurais dû prendre les coquilles Saint-Jacques. Je me dis que j’aurais dû prendre les œufs brouillés. Je me dis que j’aurais dû me contenter d’un Coca Light et d’une rondelle de citron. Camille sourit. Camille je la vois. Elle dit tu ne dis rien. Elle dit c’est déjà-là. Qu’est-ce qui est déjà-là ? Elle dit l’attente d’un mouvement. Je dis c’est toujours là. Je dis la lumière grise. Je dis ce qu’on va faire. L’existence du tableau, aller jusqu’à. L’appartement, nos deux figures. Camille prend une cigarette, fait claquer son Zippo. Flux impétueux, les bruits urbains. Rage et averse, les choses visibles ruisselaient d’apparence. Je suis Camille et j’en ai l’apparence. Vêtements du personnage, un tremblement multiple. C’était sera, d’un texte à l’autre. Puissances du faux, déesse aux pieds d’argent. Légendes et marqueurs, la prose ici. Brève incursion dans le fantastique, perfection sidérante. Fonction illocutoire d’un acte de langage, on serait là au seuil. Pulsions scopiques, c’est quelque chose qui te traverse. Contre-champ sur ce qui se dérobe, pirates à l’abordage. Errance et exil, dans cet abîme. L’anomalie et le barbare, se résument dans le désir. Semer le trouble, nous sommes traqués. Le pouvoir insurrectionnel, les lignes mêmes et la cursive. L’intensité lyrique et l’après-coup. Vie majuscule, particules fines. Passants vêtus de la dernière collection Helmut Lang, ça c’est un plan séquence. Manteaux doublés en mouton, chemises pourvues de sangles. Direction artistique, on s’arrête au Franprix. C’est ici, à cette adresse que Lénine donna une conférence sur le Parti ouvrier et la religion, le 21 mai 1909, dans ce qui était alors la Maison commune du 3e arrondissement. Drapeaux rouges de l’Âge d’Or, révolution qui allait advenir. Compréhension réelle de — les classes dominantes, la sphère productive, la hausse des taxes sur les carburants, les Gilets Jaunes, l’accès à la consommation, le centre et la périphérie —, nous voulons désormais. Peuple français, quels territoires ? D’où la vie se retire, ce que j’entends alors. Le discours du Réformateur, le moteur d’un dermographe. L’aiguille du tatoueur s’enfonce dans la peau d’une petite meuf qui se fait faire un Blackwork sur le bras. Ce que je sais : l’encre mêlée au sang. Les critères du sublime et la rue de Bretagne. Accrochage entre deux bagnoles, les mecs s’engueulent. Effets de débordement et de saturation, le quotidien le plus banal. Objets chargés, responsabilité incombe. La ville dans ses états, la multitude des signifiés. L’asservissement des corps, éluder toute présence. Et la barbe des hommes. Foule citadine, Camille achète Numéro. Elle dit tu veux quelque chose ? Je dis non. Ce à quoi j’ai pensé, sans doute était-ce. Réalités hétérogènes, devant le kiosque à journaux. Souvenir d’été, l’apnée statique à Roquebrune-Cap-Martin. À plat ventre sur le fond du bassin, les bras ouverts. Ceinture de plomb, les yeux fermés. Caché comme un Dieu, une fois encore. Dans le libre élément. Contractions du diaphragme, bradycardie réflexe. Faire surface, ouvrir la bouche, une simple ivresse. L’odeur du Sud, Camille est là. La nuit tombée, l’ordre social. Toutes sortes de scintillements, je vais à la fenêtre. L’imaginaire collectif européen, et l’élan vers la chute. Mécanique de l’apparition, imaginer Paris en ruines. Façon Berlin. Décombres, gravats, poussière. Ciel chaotique, le retour du terrain vague. Monuments défoncés, saillies ornementales. Découpe des bâtiments, anéantissement de l’immeuble dans lequel j’habite. La Tour Eiffel couchée sur la pelouse du Champ-de-Mars, démantelée par les pilleurs. Un lourd silence, la cendre froide. L’auteur ainsi poussé, le vent est jaune. L’obscénité, avant l’effondrement. Ni aveu, ni échec. Ni confession, ni expiation. À l’œuvre dans l’écriture, ce soir nous sommes. Grande pièce à vide, Camille et moi. Bouteilles d’alcool, je bois du Gin. On écoute Soopertrack d’Extrawelt et d’autres titres de techno allemande. Elle mange de la crème glacée Häagen-Dazs caramel beurre salé en regardant sa tablette. Elle est assise par terre. Elle dit putain cent-cinquante balles le vibromasseur Rabbit Cerise ! Elle dit tu fais quoi ? en léchant la cuillère. Elle plonge deux doigts dans le pot et elle se lèche les doigts.

Pour finir encore

Cent-dixième article, et Samuel Beckett. Images surexposées, le rythme est une violence. Entrées datées, toute signification. Principe de subjectivation, l’aube et après. Montage dynamique, écriture des écarts. Ce qui est dit, le bien commun. Le temps qu’il fait et les travaux en cours. Romans — Camille et Paris-Plage —, projet de livre d’artiste intitulé Voilà. Non relié, non broché. Et conçu comme un magazine. Chaque double-page — imprimée sur un papier 100 % coton Rag Photographique Infinity Canson 310 gr (jet d’encre pigmentaire), format 40 x 30 cm — est une pièce unique. Créé au rythme des expositions (jusqu’à atteindre 300 ou 400 pages), constitué de fragments du journal, de textes inédits, d’œuvres plastiques et de documents (art, littérature, sexe, mode), Voilà est un champ d’activité dynamique et morcelé. Pour chaque présentation publique : accrochage de la couverture (un visuel par événement), d’une série de dix à quinze doubles-pages encadrées, d’une sélection de pièces reproduites dans le magazine (photographie, peinture, etc.). Magazine séparé, explosé, dispersé. Articuler les enjeux du travail (ou pas), je cite Artmut Rosa : « Avec l’idée de fragmentation, on souligne que les différentes sphères politique, scientifique, religieuse, artistique, etc., se dissocient très fortement. » Ce que je veux souligner ici, c’est mon propre sentiment de dissociation. Du même auteur, identité professionnelle. Lui c’est qui ? Qu’est-ce qu’il fait ? Analyste du renseignement, il n’est pas Jérôme Bel. Unité du sujet, à la lumière de la totalité. Le je, l’autre et le calendrier. Préparation de deux nouvelles séries photo, dans la veine de Charlotte Loves only hot rooms and hates when the air conditioning is on. Nudités exposées, mise en corps de la scène. Série n°1 : There’s A New Queen In Paris And His Name Is Marie ; série n°2 : A Woman’s right to shoes, titre de l’épisode 9 de la saison 6 de Sex and The City, août 2003. Moments les plus contemporains, quelques défis formels. Recherche d’un éditeur, d’un financement pour la publication d’une revue de création littéraire et artistique. Deux-cent-quarante pages, une parution semestrielle. Ça peut s’appeler Un an et après. Le Bureau, Public, Bunker ou Casino. Voix supposées, enquêtes et investigations. Ça peut s’appeler Samsung, Chanel ou L’Oréal. Économie du système de production, transformations et mutations. Andy Warhol à William Burroughs : Tu as vu cette pub pour le Cafard Motel ? Ça ferait un putain de titre de film, Le Cafard Motel. Burroughs : Oui, ça tape, ça tape bien. Victor Bockris : Tu veux dire (en chantant) : Des cafards y naissent, des cafards y meurent ? Burroughs : Ah non, les cafards ne meurent jamais. Assurance de l’affirmation, conditions de vérité, instances de vérification. Ce que veut dire être vrai. Constellation héros, toute prétention à la structure. Déterminations institutionnelles, luttes idéologiques. Événements distribués et affections sensibles. Les navires de Colomb, et les rivages de l’Amérique. Les codes culturels et l’ultra-vide. Où maintenant ? Il n’y a qu’ici toujours. Réaffirmer la notion de contrôle, une certaine achronie. Victor Bockris à Andy Warhol : Andy, tu sais, j’aimerais beaucoup faire une photo de William devant ton portrait de Kafka, pour mon livre. Interpénétration des centres, une empreinte historique. Qu’en sera-t-il des années 2020 ? Révolution digitale, et l’ombre qui grandit. Je me rase nerveusement, je me coupe le visage. Camille arrive dans la salle de bain, s’approche de moi, lèche le sang qui coule sur ma joue. Et elle m’embrasse. Goût de fer, et ses yeux dans les miens. Blancheur de son teint, elle prend sa douche. Savon à pH neutre, quelques instants plus tard. Elle est à genoux au bord du lit, et le gel lubrifiant. Émotion nerveuse, schèmes descriptifs. Force musculaire, je suis debout derrière elle. Abolition du crime de sodomie (1791), et ce n’est pas une illusion. La physique des fluides et ce sont des contraintes. Des fonctions organiques, elle se glisse sous les draps. Je vais dans la salle de bain, je me fais encore saigner. Lame dans la plaie, et j’appuie sur la peau. Et j’agrandis la plaie. Symbolique de l’action, comme une danse en solo. Je désinfecte la plaie, j’allume l’ordinateur. Camille s’est assoupie, une histoire au passé. Tragique du fait divers, il y eut un récit. Vers 16h30, cet après-midi là. C’est le jour de l’anniversaire de Camille, nous sommes en 2018. On sort du Palais de Tokyo. On marche jusqu’à l’avenue Montaigne. Elle dit quand Louis se fait renverser par une voiture, je suis avec lui. Ça se passe devant la maison, le portail est ouvert. Il traverse la route pour aller chercher son ballon. Elle dit Louis meurt, et j’ai douze ans. Il en a sept, et il fait beau. Elle a dit cet achèvement et je te passe les détails. Elle dit le bruit du choc, et la jambe arrachée. Elle dit ma mère qui sort de la maison. Agenouillée près du corps et je reste à distance. Elle dit ses hurlements. Elle dit je ne peux pas m’approcher. Elle dit c’est un espace inaccessible. Elle dit je suis tétanisée. Je ne pleure pas. J’attends. Angoisse palpable et effrayante, je veux parler de l’avenue Montaigne. On boit un verre au bar du Plaza. Elle dit l’impact. Elle dit l’image que je suis seule à voire encore. Elle dit c’est une absence d’image. Et elle ajoute : la bagnole ne s’est pas arrêtée. Elle dit le soir venu, et elle se tait. Assise sur son lit et adossée au mur. La langue s’obstine, et tout mène au silence. Où vas-tu ? J’en sais rien. Suspension, rature, inachèvement. Présent qui s’éternise, et Camille est tendue. Elle dit je ne sais rien. Elle dit quoi que je dise et c’est pas ça. Elle dit vivre en moi, je fais comme si c’était moi. Elle dit c’est moi. Elle dit une pensée faible, la faculté que j’ai de me décomposer, quelques secrètes agitations. Construction logique d’un système, la certitude des nombres. Je dis relevé de compte bancaire, liste des courses et l’agenda. Je dis identifiants, mots de passe et tous les codes. Je dis assurance maladie et montant du loyer. Je dis billets d’avion, réservation d’hôtel, cage thoracique et possibilités. Je dis trier et mettre en ordre. Elle dit arrête ! T’es chiant. Elle dit je ne vois que ça, des chiffres et des colonnes ! À longueur de journée ! Perspectives de croissance, analyses financières. Elle porte un jean taille basse, sa braguette est ouverte. Et sans culotte. Tee-shirt blanc Stella McCartney, logo doré entre les seins. Bracelets de fils de coton tressé, à son poignet. Elle regarde ses pieds nus. Vernis écaillé sur les ongles, rose. Elle lève la tête. Elle prend son téléphone. Cible privilégiée, le téléphone revient toujours. Elle dit je vais devoir faire la demande d’un statut de résidente au Royaume-Uni. Elle pose son téléphone. Deux minutes plus tard elle se lève, elle va à la fenêtre. Imaginaire fictionnel, ce qu’elle voit de ses yeux. Les gens qui passent dans la rue, les façades des immeubles, la vitrine du magasin bio, la terrasse du Progrès. Celle du bistrot Léo. Créatures pâles et mélancoliques, des Plans Épargne Retraite (PER). Ressemblance et répétition, depuis quand suis-je ici ? Elle dit j’ai avancé mon départ. Elle dit je pars lundi. Lumière grisâtre, qui est cette voix ? Je dois l’entendre, elle aussi au passé. Je mets Pornography de The Cure sur la platine, et quelque chose commence. Champ lexical de la respiration, soleil mouillé. Je dis tu veux un café ? Plasticité narrative, je me fais un café. Prose éprouve à ce point le tangible, où le texte a-t-il lieu ? La puissance du latent, dépouiller l’œuvre. Le disparaître, et la résolution finale. Rites et malédictions, mythe de la création : un coyote donne des coups de patte à une boule composée de boues et d’excréments, grondements de tonnerre. Les premiers hommes se lèvent, s’avancent. Des cris lointains, une attaque au couteau. Situation de dissonance, fabrique d’une opinion. Exigence de clarté, mise en mouvement du monde. Psycho-pharmacologie, ils se crachent à la gueule. Névrose française, quelques divertissements. Les fleurs kawaï de Takashi Murakami, un Tupperware rempli de Weed. Les insurgés de la Révolution de juillet, toute forme de révolte. Ils tirent sur les horloges, pour arrêter le temps. État d’urgence, déliaison syntaxique. La transmission de l’infection, le traité du désespoir. Sculptures sociales (Beuys) et toute apparition. La souffrance d’être, on déjeune à La Perle. Un femme essoufflée fait le tour du bar, cherche quelqu’un, s’arrête pour envoyer un SMS. Une fille exubérante déconne avec les serveurs au comptoir, un type balaie du doigt l’écran de sa tablette, de la gauche vers la droite. Il y a Béatrice Dalle avec un mec qui ressemble à Yvon Lambert. Des figures du quartier, quelques touristes et radio Nostalgie. Camille devant son club sandwich. Elle regarde l’assiette. Elle me regarde. Je dis comment tu te sens ? Elle dit à peu près comme d’habitude et je n’ai pas vraiment faim. Elle dit on s’en sortira, hein ? Je dis c’est pas l’idéal, mais on s’en sortira. Pertinence des croyances normatives, le fil de l’argumentation. Peut-être un autre jour, à jamais hors d’atteinte. Béatrice Dalle se lève, se dirige vers les toilettes. Au bout du chemin, explore l’intime. Se vide de son urine, Camille s’agite. On boit un shot de Gin, elle met ses lunettes noires. On sort. Elle allume une Dunhill. On marche rue Vieille-du-Temple. Soleil couchant, le ciel soudain. Elle dit tu veux venir à Londres ? Je dis oui. Je dis pas avant mai. Je dis fin mai. Elle dit ok. On fait les boutiques. Elle achète une paire de tennis Classic rouges chez Superga, elle essaye des escarpins au Stock Azzedine Alaïa, une robe chez Fête Impériale et elle dit t’en penses quoi ? On s’arrête chez Michel Rein, chez Almine Rech, chez Frank Elbaz. On achète de la bouffe chez l’italien rue de Bretagne, on rentre et elle se fait couler un bain. J’écoute Black Midi, je prépare des cocktails. Vodka glacée, Noilly Prat, zestes de citron vert. L’homme en fuite, c’est l’heure où il faut boire. Sentiment d’être, depuis toujours : un fugitif. L’angoisse d’une effrayante normalité, la raison pour laquelle. Variété de rose qui n’avait pas d’odeur (American beauty), ni le mur mais peut-être. Des lianes enchevêtrées, le tissus froissé bleu sombre accroché au plafond du bar du Plaza, une essentielle incertitude. L’avoir lieu, le changement du même et le presque tout. Le pur chant, le décor, on finit la bouteille de vodka. Égarements constructifs et les plateaux repas. L’esprit malade de monotonie, le jambon San Daniele. Un reste de Guacamole, un magnum de champagne. Fais péter, dit Camille. On regarde une interview de Fellini. On regarde le début d’un documentaire sur Fellini. On regarde le final de Roma. Ronde nocturne des motards, bruit des moteurs, les monuments dans la lumière des phares. La ville dort, et de toute évidence. On regarde le premier épisode d’une série de merde dont j’ai oublié le nom et c’est cool parce qu’on est déchirés. Fête anxiogène et techno sèche, blonde peroxydée en robe léopard et des trous dans les dents, musicien qui avale des sangsues, cauchemars lubriques et sanglants, un nuage d’ecstasy. Ce n’était que la fin, il suffit que je vive.

Based on a true story

D’abord je me réveille. Je me fais un café, et Camille dort. J’allume mon iMac, apparaissent sur l’écran. Des systèmes symboliques, un fil d’actualités. Baril de Brent, marché des changes. J’écoute Joy Division, Unknown Pleasure. Sillage de prévisions, la chute de Thomas Cook. Valeurs du jour, exigence de fonds propres. De ce point de vue, des rêves dorés. Bruits de la circulation, indices formels. Effacement de la matière, c’est du passé déjà. Avant-propos, ciel dégagé. Missiles de type HCSW (Hypersonic Conventional Strike Weapon), c’est rapide et mortel. Agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense, le futur est servi. Le jour venu, l’avenir est à ceux. Pensées inouïes, la raison pour laquelle. Souffle et déséquilibre, alors qu’a commencé. L’expérience esthétique, gestes sublimes. Puissances de libération, mutualité des phénomènes. Un carnet de croquis, et l’épaisseur des murs. Marcher sur un épais tapis, je vais dans la cuisine. Passage d’un convoi de véhicules de police, sirènes hurlantes. Lecture d’un SMS, envoi d’un SMS. Un peu plus tard, Camille travaille. Ordinateur. Dictionnaires. Dossiers. Lunettes de vue à monture noir brillant. Faits décisifs, économie fondée. J’écoute le live de Richie Hawtin au Block Festival à Tel Aviv (2017), Loris Gréaud est au Mexique. Pour enterrer des œuvres. Parc de sculptures souterraines à Casa Wabi, dans le désert de Oaxaca. Bâtiment créé par Tadao Ando, jardin conçu par Alberto Kalach. Trésor de pirate dont on connaît la carte, nous demandons à voir. Espaces mythiques, la notion même de connaissance. L’union des contraires, les âmes glacées. Je regarde Wigstock 1987, le film Tom Rubnitz. Le plaisir oh je l’ai, corrompu heures fatales. Promesses de régénération, territoires dégradés. Le tambour d’une machine à laver en mode essorage, un tweet de Donald Trump. Les Portraits in Life and Death de Peter Hujar, Candy Darling sur son lit de mort (1973). Le choc de l’Occident, hyperboles historiques. Trajectoires touristiques, séjours nature. Et Sun Resorts veut renforcer sa marque. Le principe d’indétermination de Heisenberg, et l’odeur de l’écume. Vitesse et position d’une particule, et superposition d’états. Objets quantiques, ici et là. Quelques atomes, une scène de meurtre. Hélène Châtelin dans La Jetée de Chris Marker (1962), Jean Seberg dans Les Hautes solitudes de Philippe Garrel (1974), Delphine Seyrig dans India Song de Marguerite Duras (1975), Pierre Clémenti dans Les Idoles de Marc’O (1968). Situations, Camille se lève. Elle enlève ses lunettes, allume une cigarette. Elle va à la fenêtre. Passage d’un avion de ligne, traînée de condensation. Elle dit j’en peux plus de traduire ces merdes. Elle dit c’est décidé, je vais arrêter. Je dis tu vas faire quoi ? Elle dit je ne sais pas. On entend quelqu’un marcher dans l’appartement du dessus et avec des talons. Elle dit je vais faire la pute, à trois mille balles la nuit. Elle se tourne vers moi, inquiète. Tu crois que je peux demander trois mille balles ? Tu paierais trois mille balles, toi ? Je dis non. Elle dit enculé. Elle dit je fais déjà la pute. Elle dit vénale et précaire. Elle dit bordel j’ai toujours fait la pute. Suture et fragmentation, notes sur l’alternatif. Elle dit je vais faire otage, billet pour le Niger. Elle dit Boko Haram, elle passe une main dans ses cheveux. Ses lèvres pâles, des réponses décisives. Et elle répète : Boko Haram. Puissances cinétiques, elle dit je vais faire artiste. Je dis c’est bien ça. Il y a un boîtier Nikon sur une table basse. Je dis prends-le, tu commences aujourd’hui. Scènes et figures, viser l’image. Variations de lumière, les procédures menant aux œuvres. Grille institutionnelle, le sens se perd. Des aventures optiques, le temps de la perception. Se dérobe à la définition. Plans monochromes, vide édifié. La violence des ruptures, l’insolite et le mal. L’homme éprouvé, force la voix. Limite extrême du déchirement, le poids de ce qu’il faut consentir. Enregistrer les apparences, suite de métamorphoses. Disposer d’une armée, un grand loft en étage. Leader suprême, quelques martyrs. Destruction et chaos, un devenir nomade. Démocraties, et les buveurs de sang. Le sceau du secret, un congrès d’architectes. Des palais de cristal, à jamais destructibles. Environnement interprétatif peu favorable à une lecture empathique, ce malaise insidieux. Viscères dehors, nous avions devant nous : des soirées cocktails, le ticket du pressing, un but de Kylian Mbappé et un cancer colorectal, le solde du compteur de Miles, des points de croissance, le catalogue G20, un club de gym et une mammographie, un mobile de Xavier Veilhan, le réchauffement climatique, un coach minceur et n’importe quel vigile. Un cliché qui s’autodétruit, une exigence formelle, des musées clandestins et un shoot d’héroïne, des livreurs de Sushis et la typographie. Des enclaves sanctifiées. Le costume du vigile, noir. Le coût du logement, un massage à l’huile tiède. Le déficit et la dette. Des rictus de souffrance, qu’est-ce que tu veux détruire ? Dispositifs textuels, étant donné : l’existence, la réforme des retraites, l’abonnement fibre et les travaux publics. Excitations morbides, meurtres de masse. Suggestions hypnotiques, oppositions binaires. Ascétisme et idolâtrie. Débordements soudains, irréductibles à un discours. Poèmes critiques, actions de guérilla. Cet autre chose, cet être là. La poussière soulevée, ce qui est accepté. Quelques contraintes, plus tôt dans la journée. Indications génériques (biographie, histoire, mémoire), et le dire sans paroles. Plusieurs fois aujourd’hui, et l’absence de mystère. Puissances de l’analogie, parodier le cliché. Sources sensibles, Camille s’agite. Nue sur le canapé. Effets dynamogéniques, elle écoute sa musique. Je m’approche d’elle, de peau à peau. Elle retire ses écouteurs, et elle m’embrasse. Elle dit tu sais quoi ? Elle dit les gens comme nous, à l’infini. Elle dit plan fixe, et elle remet ses écouteurs. Ce qu’il y a de bien avec les mots, c’est qu’ils le disent. Et elle se branle. Danse au milieu des flammes, et ça pouvait s’écrire. Je la regarde, ce corps va jouir. Totalité perceptive, dénouement prévisible. Accomplissement de son plaisir, ce cri pour commencer. Congénital, et elle passe un t-shirt. Elle allume une Dunhill. Rouge. Elle boit une gorgée de Gin, elle me tend la bouteille. Manipulation rituelle de son briquet Zippo. Elle dit je suis ma chatte, et elle sourit. Elle prend une douche. Vibrante de sexe, une serviette sur la tête. Elle essuie ses cheveux. Elle dit je suis ma fente. Elle dit je suis vivante. Je dis vocabulaire. Délitement soudain, à cet instant j’affirme : une autre fois j’ai vu ses yeux. Mouillés de larmes. Le soir venu, laver les morts. La nuit tombée, le jour éteint. Opacité lumineuse. Les horizons, et nul ne sait. Parler la fin, ce n’est que ça. Le tracé d’une chute, Camille se dresse. Elle dit qu’est-ce qu’on fait ? Elle dit on va où ? Je dis tu as faim ? Elle dit non, et j’appelle un taxi. Elle met son Perfecto Iro. Je prends mon portable. Je prends ma thune. J’ouvre la porte. Camille sur le palier. Elle appelle l’ascenseur. Je ferme la porte. Je mets la clé dans la serrure. Une Mercedes floquée G7 s’arrête devant l’immeuble. On monte dans le taxi. Parfum de synthèse et France Info. L’exécutif, Anne Hidalgo. Rue de Rivoli, Champs-Élysées. Un déplacement perçu comme une durée. Tout était gris, ce qui est joué. Les Dieux enfuis, et l’ordre ancien. Avenue George V, les valeurs établies. Paris, putain ! Urgences et devoirs, parcours et destins. Regards furtifs, frapper toujours. Mélancolie romantique, passage de la limite. Et nos visages, jusqu’à l’extrême. Identification, Camille dans sa beauté. On boit des verres au Joy, le bar de l’hôtel Fouquet’s. Très vite on se fait chier. Après quelques cocktails ça va mieux. Elle dit c’est un soir comme un autre. Je dis c’est ça. Elle dit ça t’arrive de penser à partir ? Je dis non. Je dis pour aller où ? Elle dit je ne sais pas, n’importe où. Elle dit ailleurs. Quel voyage ? Le dialogue que nous sommes. Au seuil de notre histoire, c’est écrit par l’oreille. Bruits de glaçons qui se brisent dans un shaker, dissolution de la frontière. Je dis je vais écrire un livre. Elle dit c’est cool. Je dis ça va s’appeler Camille vient à Paris et elle repart. Ça la fait rire. Tu déconnes ? Je dis non. Son téléphone sonne. Elle rejette l’appel. Elle me regarde. Hésitation prolongée, et l’air devient épais. Je sens qu’elle va dire quelque chose mais non. Elle ne dit rien. Elle lit la carte, elle dit il faut que je mange un truc. Je fais signe au serveur, on commande deux tartares. De bœuf. Et deux verres de vin blanc. Elle dit tu me mets face à quelque chose qui n’existe pas. Surcroît de théâtralité, l’événement que le livre suggère. Elle dit ce sera MOI ? Elle insiste sur moi. Je dis oui. Je dis ce sera nous. Que va-t-il écrire ? songea-t-elle. Et que peut-il écrire ? Elle dit ça va parler de quoi, ce livre ? J’hésite un instant. Je dis ça va parler de ce qui fait tenir les pages ensemble et tu vois ce que je veux dire ? Elle dit non, pas vraiment. Je dis c’est un roman. Je porte mon jean déchiré, mes boots Rautureau, un bomber Schott sur un T-shirt. Je dis troisième personne du singulier. Je dis Camille et je dis elle. Je dis la défection des codes, je dis l’autre est visé. Hors de moi, songea-t-elle, que se passera-t-il alors ? Plan d’immanence, une concrétion. Objet durable et achevé. Aucune fuite n’est possible, partition établie. L’odeur de chair vive, et celle des condiments. L’odeur des frites. Mouvement réflexif, et elle s’enfonce dans le canapé. Il y a un type à une table qui dit je reste résolument optimiste, on se demande pourquoi et Camille mange une frite. Elle essuie sa bouche et elle pose la serviette. Elle boit une gorgée de vin. Elle regarde le mec résolument optimiste qui ressemble à Édouard Philippe mais sans la barbe, elle dit il est bien lui. On dîne en silence. Je me sens relativement détendu. Je me dis que je vais reprendre une vodka. La première femme, ça mène à une résolution. Je dis tu veux un café ? Elle dit non merci. Elle dit tu crois que je vais écrire Je vais chez Pierre à Paris et je rentre à Londres ? Je dis non, je ne crois pas. Je dis peut-être que tu devrais. Elle dit je vais aux toilettes. Je regarde autour de moi, je me demande de quelle façon je pourrais décrire l’ordre qui règne ici, quelle méthode employer ? Système du lieu, organisation structurelle. Je réalise que le décor a changé, et je me dis que j’en ai rien à foutre. Philippe se lève, téléphone collé à l’oreille. Il va sur la terrasse. Tout élément relié à l’autre, Camille revient. Je dis ça va ? Elle dit oui, ça va et elle dit on y va ? Je regarde Philippe marcher de long en large, sur la terrasse. Impulsion de départ, je demande l’addition. Et ainsi, je suppose.

Jusqu’à présent

Année 2020 de l’Ère commune. Énonciations prophétiques, tension hyperréelle. Flagellations d’orties, protestations viriles. Miradors-libido-des-états-vertébré-vont-surgir-bien-des-fois. Les œuvres de Satan, Botticelli dans un taxi. Regarde vaguement Paris, par la vitre baissée. Il lève les yeux sur un nuage, gonflé de sang. Pulsions brutales, obscénité hyperbolique. L’air sans étoiles, de la merde dans les cheveux. Guerriers sous Lexomil, une allégresse macabre. Lumière jaunâtre, sortir de la crucifixion. Sac commando de 118 litres, et apprendre à courir. Enjeux de la poésie, les âges futurs. Actes énonciatifs, des performances ritualisées. Des Kleenex usagés, des ordures psychopathes. Désert sans fin, quel Dieu sers-tu ? J’écoute le live de Black Midi au Boiler Room à Londres (2019), aborder le tangible. Ni culpabilité, ni asservissement. Éloge de la subversion, et les meilleures pizzas. Despotisme éclairé, le mythe de la modernité. Productivité accrue des échanges, des voitures incendiées. Cela devait-il être ? Éclats d’obus, une dynamique de la résolution. Capacités de perception, appréhender le quotidien. Policiers équipés de boucliers antiémeutes devant le commissariat, drogue et fraternité. Contrôle de ce qui advient, les billets de vingt euros sortent de la fente du distributeur. Niveau de conscience, où va Botticelli ? Je me sens nauséeux, et j’arrive au G20. J’achète une bouteille de Gin, des citrons verts, un pack de Cristaline et des amandes salées. Diversité des formes réflexives, pratiques vernaculaires. Épuisement de soi, constellation des vanités. Contre-jour, si l’enfer évoqué. Crises d’angoisse, épisodes pshychotiques. Troubles de l’identité, le moralisme exacerbé. Des types qui traînent par petits groupes au coin des rues, il fallait vivre avec : les voix cyniques, l’opinion, les virus, la mise à jour automatique des applications. Les cendres mouillées, les souffles rauques, les râles d’horreur et Google Play. Comment tout a-t-il commencé ? et l’évidence que ce vécu. La civilisation, l’option divine. Actes d’accusation, marques d’hostilité. Autorité, puissance et pouvoir. Ordre légal, la hiérarchie des normes. Thèses conspirationnistes, essentialisme, bilan démographique. Critique sociale, à cet égard. Amertume empreinte de ressentiment, fonds de commerce idéologique. Impasses toxiques, des oranges mécaniques. Discours sur l’effondrement, et ils tremblaient de rage. Éléments allogènes, élite mondialisée, libérer le vrai peuple. Le déclinisme, le sépulcral, la décadence, la souffrance déployée, la destruction, le tragique, le pessimisme amplifiés à l’excès. Versus le progressisme dogmatique, le Bourgeois-bohème, les prêches écologistes, la doxa libérale et l’inclusion universelle. Des produits artistiques, de la coke coupée au fentanyl. Opioïde synthétique, la Macronie en son royaume. Vide sidéral, une expérience glaçante. Est-ce que, pour demain matin sept heures, vous pouvez avoir une stratégie ? Répartition codifiée des attributions et des rôles, des marques ornaient ma peau. Explorations urbaines, et dans cette perspective. L’implant cérébral du Professeur Benabib permet à un tétraplégique de piloter un exosquelette, cortex sensori-moteur. Ce qui arrive, les données statistiques. Signaux émis, exhiber ses blessures. Chauffeurs Uber notés par les clients, évaluations Trip Advisor. Témoignages vidéo, injonctions collectives. Tribunal digital, dérive totalitaire. Contrôle et incarcération, Surveiller et punir. Algorithmes de classement des individus et indice de confiance. Engranger des points et acquérir des droits. L’avis de l’expert, au cœur de l’événement. J’écoute Concept 1 de Richier Hawtin (1998), et les mots sont ici. « Je suis le garçon possesseur du don de se rendre invisible », écrit Joyce dans Ulysse. Ce sera l’exergue de mon roman Camille vient à Paris et elle repart. Imposer sa fiction, ce que disait le titre : voici la situation. Ouvre et ferme à la fois. Champ littéraire, et dans ces pages. Ce qui me relie à la folie, Camille dansait (au Berghain à Berlin). Elle me rasait la tête (à Roquebrune-Cap-Martin). Elle pratiquait le tir chez Marylebone Rifle & Pistol Club (à London Bridge). Elle avait l’air de s’emmerder (un peu partout). Elle disait tes yeux sombres et on buvait des shots (de Tequila, un peu partout). Elle disait je ne crie pas. Elle restait assise sur une chaise, les yeux fermés, muette et les mains sur les cuisses (à Paris, dans mon appartement). Elle disait je vais te dire ce qui me perturbe. Elle disait qui es-tu ? et que veux-tu ? Elle a dit mes parents ne vendront jamais la maison, de la Ferté Saint-Cyr. Elle a parlé de la tête de sanglier, accrochée dans l’entrée. Elle a dit enfant ça me terrifiait. J’ai dit ton père est chasseur ? Elle a dit non et elle a dit putain, mon père ! et le silence qui a suivi. Ça aussi elle l’a dit. Elle a dit j’ai toujours eu peur de merder. La famille, les études, un métier, les mecs, tout quoi. Elle a dit le tableau (entité homogène et durable). Elle a dit le poulet du dimanche, avec les frites. La promenade au zoo De Beauval, l’après-midi. Ou au château de Chambord, références indigènes. Elle a dit c’est fini cette peur. C’est terminé. Rien à foutre. Elle a dit fuck the fuck et c’est pas la question de fuir. J’ai dit c’est quoi alors ? et elle a dit se perdre enfin. J’avais envoyé un carton d’invitation à des amis, pour une soirée, sur lequel j’avais écrit : En présence de Camille. Je louais des bagnoles à l’aéroport de Nice. La première chose qu’on faisait, c’était d’acheter de l’alcool à l’Intermarché de Roquebrune. On buvait des verres en arrivant à la villa, et un début de bronzage. Elle a dit le drame de mes parents c’est la mort de mon frère (Madrid, hôtel Barcelo Torre). Elle a dit je suis allée en Inde, je suis allée au Vietnam, je suis allée à New York et à Los Angeles, à Prague et à Tokyo. Elle disait l’or des saints, le temple de Nara, et se mettre à ramper. Elle disait quartier juif, Shibuya, Standard Hotel, Starbucks Coffee sur Melrose Avenue. Elle a dit le cube de la boutique Paul Smith, rose (Giant Pink Building). Vire au bleu par le soir, et elle disait je ne pense à rien. Elle a dit Ford Mustang, collines de Los Feliz, toits blancs dans la vallée, skyline, brume de chaleur, immensité, menace. Elle a dit The World is a Stage, engloutie la Cité. Des Anges. L’être en son lieu, n’eût-elle jamais. Camille fessée à Copenhague, chahutée à Belgrade, épuisée à Anvers et assoiffée à Londres. Un rayon de soleil perce à travers l’horrible et continuel ciel gris, disparaît. Phases d’expansion de la haute finance, lampes halogènes sur les tournages. Un black TTBM, qui a une ferme envie de se vider les couilles, se fait sucer par une MILF qui ressemble à Claire Chazal. Une brunette gourmande lui bouffe la chatte et se branle avec frénésie pendant qu’un clone de Rocco Siffredi, version racaille de Budapest, lui travaille l’anus avec les doigts et il l’encule. Mouvements de caméra, qu’est-ce qui rend héroïque ? Valeur des cadres, échelle des plans. « Car je cherche le vide, et le noir, et le nu », écrit Baudelaire dans Obsession. Meurtres rituels, toute mise à mort. Expiation purificatrice, des sacrifices humains. Figure de Dionysos, des messies sous amphés. Peuples barbares, des récits cannibales. Multitudes anonymes, d’immenses foules réunies. Des corps tendus, violence de masse. Mouvements contestataires, noyés dans les eaux mortes. Territoires et lambeaux, souffrance la plus glacée. Relevés de compte, chanter notre désir. Équilibre budgétaire, m’étant léché le corps. Évacuation. Lyrisme. Odeurs. Matières fécales. C’est en 1778 que Joseph Bramah invente le principe du siphon. Refouler l’odeur des chiottes, clapet anti-retour. C’est expulsé. Ça sort. Ça disparaît. C’est englouti. Les étrons dans l’égoût. Le commun. Déjections. Le pluriel. Le réseau. Assainissement et canalisations. Émanations de sulfure d’hydrogène. Régulation des flux. Eaux collectées, stations d’épuration. Appareil digestif, il y a aussi. Écrire. Ne pas écrire. La voie des armes, le tombeau vide et un sorcier Vaudou. Portraits de la Vierge sur les crosses des fusils. Le bruit du siècle et les cérémonies. Nulle foi. Porte la mort. Du dernier jour. Épreuve de l’extrême. Quand tout est dit. Rien au-delà, à cet instant. Je suis rue Vieille-du-Temple, je marche d’un pas rapide. Je croise un homme manifestement frappé de maladie, visée de l’œil. La poussière sur le film, et la lentille du projecteur. La douleur veille, et l’infini demeure. Recycler le déchet, organiser la pénurie, saturer le marché. Hanter les livres. Le temps grammatical, s’engendrent et se recouvrent. Syntaxe et gouvernement. Ivresse, quoi d’autre alors ? Destin fatal, magie de la rime, liens d’affection. Empire de la beauté, dehors du tout. Le phonème lune et l’astre froid. Libres associations, et l’avoir lieu. Séjour terrestre, et nul ne sait. Pôle du sensible, fragments choisis. La ligne lue, et j’arrive à La Perle. Des voix désincarnées, Camille fait claquer son Zippo. Elle est assise très droite. Elle dit j’ai imaginé que tu ne viendrais pas, que je ne te verrais plus. Que tu allais disparaître. Club sandwich sur la table, et elle pose le briquet. Réitération, quand j’ai vu ton visage. Elle dit l’adieu. Elle dit que pouvons-nous et, presque aussitôt, tu manges quelque chose ? Il y a une femme, tête baissée au comptoir. Et qui buvait sa bière. Les serveurs font les cons, derrière le bar. Un couple avec un bébé est assis près de nous, ils sont italiens, la fille va aux toilettes et mon téléphone sonne. La mesure du possible, les paroles échangées. Le rendez-vous, ce qui vient d’être dit. Des sons articulés, il n’était pas minuit. Ceux qui errent dans Paris, Sandro Botticelli. Glorifier mille exploits, nous pouvons rendre grâce. La Naissance de Vénus, Camille fixe son club sandwich. Elle dit essayer voir. Elle dit essayer dire. Comme une absence, et elle met ses Ray-Ban. Elle dit je n’ai qu’à fermer les yeux, disant cela elle me regarde. Et elle remplit sa bouche.

C’est qui, devant l’hôtel Meurice ?

Ce jour-là. Je me réveille avec le sentiment de pouvoir franchir les limites de la représentation et de la ressemblance, je ressens assez vite le besoin d’un contact humain et j’appelle une pute. Les traits tirés, le visage blême. J’empoigne ses cheveux, elle plie les jambes. Histoire générale du paragraphe et du cul, stéréotypes de genre. Je suis debout sous une marquise de Philippe Parreno, ainsi ce vaste temple. Enseigne lumineuse, n’annonce aucun spectacle. Aucun programme. Les ampoules alignées n’ornent aucune façade, économie de la narration : c’est une vive lumière blanche. Point de fixité, c’est l’heure de déjeuner. Je réserve une table au nom de Pierre Gonzo, j’attends que tout s’écroule. J’attends que s’entrecroisent la tendresse et la mort, je vais parler de style. Espace déterminé, halo-aller. Issue avec futur, là où je suis. Charge explosive, des reflets sur le cuir de mes boots. Moderne élargi, masse monétaire. La femme à tête fendue danse sur une pile de déchets, je mange une caille rôtie. Friedrich Nietzsche regarde en boucle le but de Killian Mbappé dans le match qui oppose le PSG au FC Nantes, le 4 décembre dernier. L’attaquant, servi par Angel Di Maria, marque d’une talonnade en déséquilibre à l’entrée des six mètres. Passer dans l’actuel, de grands ailerons fendent la surface de l’eau. Requins pèlerins, ils migrent vers l’écosse. La tête du chien autophage, que j’ai trouvée gisant dans une flaque de boue en sortant du G20, et que j’ai fini par recueillir, repose sur un socle de section carrée et elle est dans ma chambre. Gueule ouverte sur la langue sectionnée, cou frangé de lambeaux de chair, museau marqué par les morsures des rats, yeux jaunes sur lesquels tombent de lourdes paupières, elle s’agitait parfois. Une odeur de charogne. Mouvement de mâchoires, dans d’ultimes convulsions. Que reste-t-il ? et là encore. Fragments poétiques, le toit terrasse du Montana. Ça deale rue Saint-Benoît, un plan plongé de Gaspard Noé. Un bar éclairé aux néons, des procès politiques, une femme captive, quelques statues voilées, un acteur frappé de paralysie, le vol Paris Madrid AF1301. Une apparente désinvolture, et l’imminence d’un accident. Messages visuels, toute ressemblance. Panneaux explicatifs, d’ordinaire accrochés aux cimaises. Investis par la langue, ils avaient disparu. Science descriptive, des échéances cruciales. Forces de négation, je ne choisis ni la croix. Présences hallucinatoires, la langue que j’ai apprise. Situations-limites, Red Bull et vodka. Paramétrer les traceurs, couche de poussière derrière les vitres. Hyperactivité, exprime avec puissance. Océan de plastique, surface redistribuée. L’individu démocratique en cure de désintox, tombe en catalepsie. Des tentatives de défection, pas d’unité de l’événement. Turpide et servile cohue du siècle (des Esseintes), excursion balisée. Cocktail de Zolpidem, de Tradamol et de Tétrazépam, une soumission chimique. Stratégies de repli, esthétiser son existence. Après les fastes relationnels, le mythe participatif, le lamento réactionnaire et l’esprit de renoncement, un gaz doté de puissantes fonctions neurologiques. Personnages connectés et sculptures immersives, régime universel. Le 25e opus de la saga James Bond s’intitulait No Time to Die, des archéologues découvrirent des peintures rupestres âgées de 44 000 ans. Créatures mi-humaines mi-animales connues sous le nom de thérianthropes, chassant des bêtes sauvages sur l’île indonésienne de Sulawesi. Bestiaire surnaturel, modérer les forums. Noyés et pendus, des états oniriques. Vie jaillissante, rhinocéros mélancolique. La voix de Georgie Greep, le chanteur de Black Midi, montait dans les aigus. Réalité dès lors, une tension dynamique. John Galliano rendait hommage aux héroïnes des guerres mondiales du XXe siècle, exploration des âges. N’est-ce pas pour la paix qu’elles se sont battues ? déclara le directeur de création de Maison Margiela, matière sur-signifiante. Les trench et manteaux-parachutes évoquaient les espionnes larguées sur l’Europe occupée, exprimer le typique. Le mannequin allemand Leon Dame, vêtu d’un manteau de cadet de marine en cuir noir à rayures blanches, plantait les talons de ses cuissardes sur le podium, incarnait un nazi. Cabans coupés dans un tissu Tie-Dye, sahariennes militaires, blazers croisés, jodhpurs en Denim, trench-coats perforés et la fonction du signe. Chants opérants, colonnes d’un temple grec. Lionel Messi remporta son sixème Ballon d’Or, quelques passes décisives. Le projet de résolution pour la mise en accusation de Donald Trump en vue de sa destitution faisait état des chefs d’abus de pouvoir et d’entrave au Congrès, degré zéro. La journée du 5 décembre marqua le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, les yeux de reptile révulsés du journaliste de BFM TV (la prostituée de l’apocalypse) se posèrent sur le syndicaliste de la CGT qui appelait à généraliser les grèves dans les entreprises. Je me fis brièvement chier, sera le genre humain. Combats furtifs, compétences meurtrières. Idéologie dominante, bourgeoisie médiatique. Potentiel de révolte et passeports biométriques. L’avenir des crépuscules, un arsenal de répression. Les cars Macron, des tirs croisés. Énergie militante, billes d’acier dans les frondes. Hit-and-Run, nique Noël. La Vierge au quartier de viande, je bois du Gin en matant FTV. Vision cohérente du chaos et Balkani cantine. À la Santé. Le sourire des momies, des crises d’épilepsie. Photographies en noir et blanc provenant d’archives cliniques, qui rendent compte de l’examen post-mortem des parties et organes des cadavres, de l’ouverture des corps. Habitudes rétiniennes, et raréfier l’image. Silhouettes gravées dans la pierre, des pétroglyphes contemporains. Spectre historique, des attitudes standardisées. Black Blocs et Jaunes Gilets, motos des BRAV lancées à pleine vitesse. Gestes anciens, ça débordait de flammes. La table des romans, des scènes de livraison. Vieilles plaies suintantes, envoi express. Ne cessent de croître, formidable entropie. Golden Pizza, suivi FedEx. Ventes flash sur Amazon, réseau de distribution. Rien n’est plus décidable que la pornographie. Suicide chez DHL, constatations désenchantées. Clignotement des guirlandes lumineuses qui décorent le sapin, ma main dans la gueule d’un enfant. Dégage. Quelques fantômes, le pouvoir de la bête. Part sombre, soldats permissionnaires, vieux clowns abandonnés, buisson ardent, thème dominant de l’œuvre. Baisse de la sérotomine, production d’endorphine et de dopamine. Des militants du mouvement international de désobéissance civile Extinction Rébellion, en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique, perturbaient la circulation par des blocages intermittents (swarming), dans l’immédiat naufrage. Notre coeur brûle, alerter les passants. Nos poumons meurent, lente agonie. Éloge funèbre, la catastrophe en cours. Trois cents litres de faux sang furent déversés sur les marches du Trocadéro, il est urgent de ralentir. Actions de sensibilisation et de dénonciation de l’industrie textile, ni César ni tribun. Déclarations contre l’anéantissement du vivant, se défoncer dans un nuage. Forfait mobile, opérations de guérilla. Du pétrole provenant de l’épave du Tanio, navire coulé au large du Finistère Nord en 1980, souillait encore les côtes bretonnes. Prix à payer, des ascensions mystiques. De l’Eyeliner pour marquer l’œil, des cadrages obsédants. J’avais vu Arnulf Rainer chez Thaddeus Ropac, Joel Sternfed chez Renos Xipas, Laurent Goumarre chez Alain Gutharc : « Tiens voilà le soleil, je dis tout bas ». La galerie Gilles Drouault annonçait le vernissage de « It’s a Wonderful Life », exposition qui empruntait son titre au film de Frank Capra, conte de Noël sorti en 1946, à laquelle je participais avec Pour le Mur, une pièce créée en 2011, vue sur la rue Beaubourg depuis la percée architecturale de Gordon Matta-Clark, 1975. Impression numérique sur toile, ferme la perspective. Du geste transgressif. Perturber de manière inventive, que faire avec les ruines ? Jean-Luc Godard emménageait à Milan, au premier étage de la fondation Prada, présentait une installation intitulée Le Studio d’Orphée, de nécessaires fragmentations. Le visiteur pouvait voir les livres, les meubles, les peintures, le matériel technique mais aussi de nombreux objets appartenant au cinéaste. Dispositif, et ce qu’il conditionne. « Ce n’est pas du sang, c’est du rouge », murmura le cinéaste dans la fumée d’un Partagas. J’écoutais Inutile de fuir de Casual Gabberz, et j’écrivais Camille. Pas de pourquoi, ni de mystère. Elle sort de la salle de bain, serviette nouée sur les reins. Cheveux mouillés, gouttes d’eau entre les seins. Elle dit l’hiver des choses, la possession de soi, marcher dans les couloirs d’hôtels. Elle dit ceux qui vacillent. Elle dit une fois encore, vacuité expressive. Elle dit ici partout, et elle dit tout avoir. Déterminée par une forme d’errance, elle dit j’ai longtemps cru. Liste ouverte des conjonctions logiques, et ses mains tremblent. Elle dit la première nuit, la première fois. Elle dit ne pas pouvoir. Elle dit pouvoir, j’ai l’espoir que. Elle dit Buster Keaton, son visage impassible. Elle se fait un café. Elle dit putain de bordel. Elle dit j’ai tout vu à Paris. Je dis non, tu n’as rien vu. Elle dit la peur au milieu des mots et expier ma naissance. Elle dit se faire mémoire. Elle dit le silence insondable, et elle dit tous ces trucs. Je dis quels trucs ? Elle dit les trucs et elle s’avance vers la fenêtre, elle se retourne et ses bras s’ouvrent. Les trucs, quoi ! Confesse ton crime, une préhistoire de la conscience. Attente qui n’attend rien, son corps entier. Un corps certain — expression admirable, dit Roland Barthes, qu’emploient les érudits arabes pour désigner le texte — et écrit. Perceptible par les sens, et j’ai connu Camille. À la faveur d’une crise, de longue date et très vite. Trépidations furieuses et tribales, quelques rentrées d’argent. Échapper au flashback, pièce symphonique de Richard Strauss. De mémoire d’homme, ponctuée soudain. Soleil coupant, jouir de l’ellipse.