Prophylaxie

Prévenir l’apparition, la propagation, l’aggravation d’une maladie. Mortelles civilisations, modèles d’effondrement. Tragédie de l’Histoire, des origines gréco-romaines. Douleurs articulaires, se réveiller dans trois-mille ans. Salut les mecs. Lumière d’un Soleil double (Laurent Grasso), j’espérais vous revoir. Un homme en baskets aux lacets dénoués s’avance vers moi, et il ressemble à Franz Kafka. Il me présente une serviette chaude dans une corbeille, il me souhaite la bienvenue. Je prends la serviette, je la passe sur mon visage. J’essuie mes mains. Je regarde autour de moi, je dis qu’est-ce qui se passe ici ? De rares vestiges des temps anciens, quelques objets fétiches. Un ballon de la Coupe du Monde de football 1998 signé Zinédine Zidane. Des foules compactes, des légions sauvages, des armes primitives, la passion policière, le département de la Propagande. Des villes saintes, des cités disparues. Ici c’est où ? je demande à Kafka. Une langue nouvelle. Alex est assise sur le canapé, elle fume une cigarette. Je regarde des vidéos de la double explosion à Beyrouth. Deux-mille-sept-cents tonnes de nitrate d’ammonium, stockées dans un entrepôt sur le port, seraient à l’origine de la déflagration. Scènes de dévastation et de panique. Le Pape François adresse ses prières pour le Liban, je fais cuire des côtes d’agneau. Je débouche une bouteille de rosé. Alex dit tu ne te demandes jamais qui tu es ? Je dis non, je sais qui je suis. Et qui es-tu ? Libre disposition de soi, mais pourquoi cette question ? Danser sous une pluie de paillettes argent avec un plug dans le cul, identifier les tendances. Perspectives de bien-être modéré, repli sur les petites jouissances. Vulgaire routine éditoriale, n’importe quelle intimité. Un peu de sociologie. Des thèmes communicables, l’écriture apte à la consommation. Pas de cri. Pas de vagues. Pas de risques. Rien. Ou à peu près. Le style comme un mantra, afficher ses blessures. On entend la sirène d’un véhicule de police, et les stores sont baissés. Alex essuie sa bouche, elle boit une gorgée de vin. Je dis et toi, tu sais qui tu es ? Elle me regarde. Elle pose son verre. Elle dit je suis l’héritière, et elle sourit. On mange des fruits, et j’appelle un taxi. On va chez Broken Arms acheter le sac Lady.