Matrice du vide

L’aube blanche. L’expérience apocalyptique. La ruine et le silence. L’imposition des cendres sur le front du pénitent. L’imposition des normes. L’agonie des cafards, casser le rythme au milieu d’un mix. L’accès à la conscience, je travaille jusqu’à midi. Je vais dans la cuisine, je mange de la chair froide. Alex se lève, elle se fait un café. Elle dit j’ai fait un rêve, on marchait dans le quartier en plein jour, tu me tenais en laisse et j’étais nue. Tu m’as détachée, tu m’as dit de rentrer à l’appart en courant. Des mecs me suivaient, je suis arrivée devant l’immeuble, je tremblais en faisant le code. Je n’avais pas les clés, je t’ai attendu sur le palier. J’ai entendu le bruit de la porte en bas, la machinerie de l’ascenseur. J’étais accroupie par terre, je flippais, je me branlais comme une folle. Elle sourit, elle prend des œufs dans le frigo. Tu en veux ? Je dis non. Elle bat les œufs. Elle dit tu n’es jamais venu. Le cul d’Alex, j’embrasse son cou. L’odeur de sa peau, la lecture des actualités. Plusieurs villes de France rendent obligatoire le port du masque dans l’espace public, le couvre-feu est instauré à Melbourne. Urbain et sinistre. Des milliers de personnes, unies contre les gestes barrière et pour l’abrogation des contraintes liées à la lutte contre le SARS-CoV-2, manifestent à Berlin. Et ailleurs. Rien de plus à savoir, Alex est dans la salle de bains. Limites de l’être, je fais le point sur la situation. Je suis vivant, je suis en forme, je suis en ordre ou à peu près. J’ai des projets. J’ai un programme. La frustration affective, les objectifs professionnels, l’autonomie des individus, l’humanité à la dérive, les accents visionnaires, je ne sais pas ce que c’est. La violence ordinaire, je sais ce que c’est. Écrire, je sais ce que c’est. Les jeans taille basse déchirés aux genoux, je sais ce que c’est. Je n’ai pas vu passer l’été, je sais ce que c’est. Je dirai ça bientôt. Alex sort de la chambre, et ces lieux d’où je parle. Elle porte une jupe et un t-shirt. On sort, je regarde si j’ai du courrier, on va au Londres, on boit une bière. On regarde les gens passer au carrefour. Avec des sacs de courses.