Le souffle court

Retour rue de la Fidélité. Récit sur le bitume, et sur le plancher. La lumière blanche, la poussière, une insomnie et du Mezcal. Le matelas sur le sol dans la chambre. Je passe une partie de la journée couché, dans la pénombre et la chaleur. Alex qui monte dans le taxi ce matin, prend le train pour L’Isle-Adam. Belle. Cafard Cyborg qui court le long d’une plinthe, s’arrête, me scanne, contrôle d’identité. Je demeure sans bouger. Je me dis que mon épopée se résume à des phrases qui n’existent que pour elles-mêmes. Des choses autour de moi, des choses en moi dont je ne sais pas quoi faire. Quelle est cette fatigue ? Quelle est cette histoire ? Les hurlements du connard dans la rue et j’aimerais qu’on l’enferme. Je me lève, je prends une douche. Quelle heure est-il ? La même que d’habitude. Black Midi sur la platine. Vide et absence, et la musique parcourt le livre. Paris-Plage sur l’écran du iMac, et un porno sans le son. Le format des chapitres, l’unité du rythme, les marges et les bords. Casser le rythme. Pages est le nom du logiciel de traitement de texte que j’utilise. Les temps et les silences, ce qui est en jeu c’est presque rien. Des notes manuscrites et parfois illisibles. Paroles semblables et répétées, mourir sans lutte et sans gloire. Les conséquences d’une situation déterminée par des vérités universelles, la météo, le solde d’un compte bancaire. La naissance de l’art. Une japonaise qui porte un collier en cuir et se balade à poil dans les rues à Tokyo. S’exhibe dans des toilettes publiques et suce un mec. Parties génitales floutées, je prends une bière dans le frigo. Glacée. Vendre sa chair. Perdre sa figure humaine, dévorée par un chien. Greffe totale du visage, cire fondue versée sur un corps ligoté. Toujours la tempête, indique Shakespeare au début de la scène deux du troisième acte du Roi Lear. Les données d’un problème, et les griffes du démon. Qu’est-ce qui est héroïque ? Quelques êtres tragiques, je sors acheter de la bouffe. Agitation, et des allures de singes. Ce que je vois, jusqu’au Franprix. Un homme obèse qui se déplace sur un scooter électrique, les vitres teintées d’une bagnole. La caissière éternue sous son masque, et mon téléphone sonne.