Théâtre funèbre

Je me lève à l’aube. Thé vert et œufs brouillés, je travaille jusqu’à midi. L’expression exigeante de ce qu’il faut accomplir, le cafard cyborg qui court sur le plancher. Fenêtres ouvertes, les bruits de la circulation. Fureur et virus. La question de l’excès — de sens, de discours, de déclarations, de résolutions, de territoires, de visions traumatiques. Les putains des deux sexes. La banque de France prévoit une contraction du PIB de 14 % au deuxième trimestre, quelques lambeaux de phrases. Ce à quoi tu ne peux échapper, très agité par le cauchemar. Pertes abyssales, mouvements organiques, je passe l’après-midi dans le Marais. Je bois un café avec un pote galeriste qui expose le travail de Dieu. Ses lèvres remuent, il dit des mots, je suis ailleurs. Ruptures de souffle, Alex m’appelle en fin de journée. Elle dit je suis à l’hôtel et j’ai vu la villa. Les feuilles dans la piscine, le dépôt sale au fond du bassin. Il y a une photo de moi enfant, dans le bureau, prise dans le jardin de la maison à Toulouse. Un PC portable dont je n’ai pas le code d’accès. Elle dit j’ai regardé un peu partout, je ne l’ai pas trouvé. Un flacon de parfum dans la salle de bains, Habit Rouge et j’avais oublié cette odeur. Des médicaments pour le cœur dans la cuisine. De la bouffe périmée dans le frigo. Des bouteilles dans la cave, de la viande dans le congélateur. Du linge sale dans une corbeille, près d’une machine à laver. Des tableaux sur les murs. Des montres dans un tiroir. Des cendriers un peu partout et il fumait des Lucky Strike. Les draps défaits dans une chambre, un téléviseur face au lit. Elle dit les objets du mort. La Porsche dans le garage, et tout est tellement simple. Le notaire va faire évaluer les biens mobiliers par un commissaire-priseur. Les trucs sans valeur, les fringues, les meubles je les donne à Emmaüs. Elle dit j’y retourne demain. Je rentre samedi. Je dis ça va ? Elle dit oui. Elle dit le plus étrange ce sont les costumes dans la garde-robe. Elle dit j’ai pris son PC, je vais payer quelqu’un pour cracker le mot de passe. Elle dit peut-être pas, pour l’instant je sors dîner. Elle dit j’ai juste envie de baiser.