Et chaque nouveau regard

Levé à l’aube. Thé Gunpowder et œufs brouillés. Je prends une douche. J’écoute Ciccone Youth, The Whitey Album. Je tourne en rond. Je cherche un truc mais quoi ? L’enfant mort encore chaud, et l’unité possible. Je travaille, Alex passe me voir dans l’après-midi. On boit du champagne à la terrasse de l’hôtel Grand Amour. Le tableau, l’histoire, le mouvement prévisible, le chant funèbre et Paris-Plage. Elle dit ça parle de quoi ton livre ? Je te l’ai dit, ça parle de nous. D’accord mais quoi ? Ça raconte quoi ? Je réfléchis une seconde. Je dis la guerre réunit deux amants qui bâtissent leur bonheur au milieu des ruines, jamais assez pour vivre ensemble. Elle dit putain t’es sérieux là ? Je dis non, je déconne. Elle dit fais-moi lire quelques chapitres, je vais te faire le pitch. Je dis pas avant que ce soit fini. Je dis le pitch ça pourrait être les surmenés du vide. Elle allume une cigarette et elle dit ça j’aime bien. C’est un peu court mais bien. Elle dit je m’appelle comment dans ton roman ? Je dis Alexandra Rose. Elle passe la main dans ses cheveux, elle incline la tête et elle sourit. La façon qu’elle a de tenir sa cigarette du bout des doigts, de jouer avec, ça m’excite. Je fais signe au serveur, on reprend deux coupes. Elle parle de son voyage à Valence, le 7 juillet. Elle dit je vais découvrir la maison d’un père chez qui je ne suis jamais allée, que je n’ai pas vu depuis, euh, quinze ou seize ans. Et pour la vendre. Je dis tu devrais faire des photos, avant de tout larguer. Comme pour une scène de crime. Elle dit peut-être. Je ne sais pas. Certitudes raisonnables, toucher à une limite. Je dis tu restes dîner ? Elle dit oui. On va chez Julhès acheter des pâtes. Et du vin. Un mec sinistre parle au téléphone à la caisse devant nous, sa présence maléfique. On rentre. J’ouvre les fenêtres, Alex se déshabille. Je pense à l’œuvre déterminée avant même qu’elle s’écrive. Je dis il faudrait pouvoir faire les choses sans parler du sujet, sans expliquer pourquoi. Elle dit c’est ce qu’on fait la plupart du temps, non ? Comme baiser. Tu baises tu ne dis pas pourquoi. Je dis c’est ça, comme baiser.