De l’événement et quelques ruines

Retour rue de la Fidélité. Vague de chaleur, les stores baissés. Couche de poussière sur le plancher. La toile blanche en appui sur le mur, j’allume l’ordinateur. Le matelas dans la chambre. Les lignes, les angles et les surfaces. Dans la pénombre et ceux qui partent. Le chaos sanitaire et dans la durée. Veille épidémiologique, vecteurs de la putréfaction. Transactions financières, échecs de la Nation. Puissances régulatrices, les prévisions du FMI. Rapport trimestriel d’évaluation des menaces pesant sur les marchés financiers, et saisis par la peur. Paris capitale de la France, mais jusqu’à quand ? Clous en platine et croix en or, Jésus Marie chez Givenchy. L’écriture du roman, peinture inachevée. C’est quoi déjà ? Le même donné à lire, et frappé sur la page. Une vérité à rendre, les intentions dans ce domaine. Secondaires et accessoires. Système d’aveuglement, je ne vois rien et sans nul doute. L’affirmation qui est à l’œuvre, et je me mords la langue. Jésus Marie à l’arrière d’un Porsche Cayenne qui roule rue de Rivoli, en direction de la Concorde, et qui s’arrête devant l’hôtel Crillon. Ils sortent du véhicule. Jésus porte les sacs, Marie remonte ses Ray-Ban sur son nez, ajuste son foulard. Le chauffeur les suit. Je déjeune chez Madame Gen, et en début d’après-midi. Pavé de bœuf, ingestion de chair comestible. Singularité resserrée, mon horoscope dans le Parisien. Faits divers, actes d’accusation. Une certaine barbarie et au cœur de l’espèce. Un mec à la table voisine dit à la fille assise en face de lui je refuse de perdre. La fille dit tu me l’as déjà dit, et ils se taisent. Le mec dit je vais t’expliquer ce que j’essaye de faire, il se penche sur la table. Les moteurs des voitures et les portières qui claquent. Je mets mes écouteurs et j’écoute ma musique. Je bois un café, une ombre dure. Un été 2020. Visages éteints des passants, des rêves compensateurs. Les regards qui tombent et porter son squelette. Quel régime d’existence ? Un SDF recroquevillé en position fœtale devant un immeuble de la rue Martel, des pratiques funéraires. Ses empreintes muettes, et conduit vers sa perte. Abandon à l’oubli, l’anonyme et le quotidien. J’achète des trucs à Monoprix et je rentre chez moi. Je bois un shot de Mezcal. Intimité suffocante, avenir déjà présent.