Le Dieu qui mène ainsi

Lumière blanche et sur le présent. Surexposé. Plan fixe interminable. Silhouettes furtives, détresse et inquiétude. Violence, autorité, virus et viré. Des espaces clos et habités. Mâle et femelle. L’appartement c’est politique, le teint livide et t’es baisé. Tu respires t’es baisé. Tu travailles t’es baisé. Tu traverses la rue t’es baisé. À Paris t’es baisé. La peur et t’es baisé. Voilà. Baisé. Même l’élégance elle est baisée. Le punk est baisé. Jean-Jacques Schuhl est baisé. La Nouvelle Vague elle est grave baisée. Godard est baisé. La chair est baisée. Ce qui résiste c’est la prison, je cite le titre d’un article de Jean-François Bert sur Michel Foucault. Ce qui résiste c’est L’Info. La gueule satisfaite d’un éditorialiste ça te baise aussi. La mousse jaune sur ses lèvres ça te baise ta race. Probable que le mec a des furoncles au cul, il a passé sa vie assis, à commenter. N’importe quelle chaîne d’infos et t’es baisé. Le cerveau doit tomber. Lentement la mort, une silencieuse apocalypse. De fausses intimités. Atmosphère saturée, la vision arrêtée. Ni les institutions, ni la communauté. Des actes prévisibles, les experts dégagez. Cassez-vous. Les astres aussi. Rien à foutre des astres, à moins de pouvoir coloniser. Si au moins quelqu’un décidait de braquer la Suisse et distribuait l’argent, ça pourrait être cool. Mais non. C’est verrouillé. Bloqué en mode baisé. Alexandra m’appelle, elle dit j’étouffe là ! C’est quoi ce bordel ? Tu sais ce qui se passe toi ? Je dis on est baisés. La vaisselle dans l’évier, les vêtements par terre, les poubelles qui dégueulent. Et qui puent. Des caméras et t’es baisé. Un peu partout. Les lieux privilégiés du conformisme (culturel, artistique, médiatique), t’as juste envie de te défoncer. Les communiqués de presse du Palais de Tokyo, l’écriture inclusive et t’es baisé. Rien ne se passe ou si peu de choses. Je vais te dire, je ne sais pas parler, je ne sais pas vivre et c’est pourquoi. Je vais entrer dans une boutique Prada, climatisée et exploser ma thune. Planches du cercueil et l’air qui vient. L’espoir à coups de marteau, dis-moi que tu es libre. Le sens de la durée, le mot fin apparaît. C’était écrit.