Une fleur séchée

Retour rue de la Fidélité, et à midi. L’air qui vient, par le corps et les trous. Respiration. Machine sociale, une caméra suicide. Zones quotidiennes, quelques rituels. La bouteille de Perrier que je sors du frigo, de brèves évocations, et si je pouvais peindre. Les lieux dans lesquels j’ai vécu, l’argent que j’ai gagné et le chant des étoiles. Naissance, mort, la bouche à moitié froide, le jour quelques instants, situation présente du je, nous sommes mardi. Le lieu dans lequel j’habite. Le vide aidant, il va falloir tenir. Le fichier du roman. Ouvert. Paris-Plage exposé. Le titre seul, depuis quand suis-je ici ? Et l’événement, au premier mot : fuir (mais où ?). Vanité du récit, c’est à peine une question. Grille apparente de la composition. Le format des chapitres, et la fin programmée. Très vite, naturellement. Deux-cent-soixante mille signes. Voilà. C’est simple. Des actes dérisoires, l’agenda et l’emploi du temps. Le mieux, pour écrire un livre, c’est de n’avoir rien à dire. Ou pas grand-chose. Mouvement dynamique et linéaire, vie biologique, quelques vinyles. Aucun ailleurs. De la chair et du vin, des sujets collectifs, je descends acheter de la bouffe. Urfa Dürüm, four à Pita. Pizza fourrée de viande hachée avec des herbes, et une brochette d’agneau. Un mec hostile devant moi. Distance de sécurité, gestes barrière et confusion. Il s’embrouille avec un livreur Deliveroo, réduction des moyens linguistiques et l’esprit lent, autrement dit un gros connard. Paiement sans contact et je rentre chez moi. La clé dans la serrure. Je débouche une Tsingtao. Je mange devant l’ordinateur. Non, je ne suis pas malade, je cite Antonin Artaud. Cellules et camisoles, pieds attachés au lit. Didascalie : Il ne bouge pas. Et il s’agite. Voix narrative, il est quinze heures. Les rideaux s’ouvrent — je me souviens avoir franchi celui de Félix Gonzalez-Torres au Palais de Tokyo en 2016, à l’occasion de la carte blanche à Tino Sehgal —, une fois passé le seuil. Pratiques de soi qu’on peut avoir. Ça fait cinq minutes que je regarde mes boots et sans les voir. Espace intérieur du langage, et quand je lève les yeux. Shot de Mezcal et j’ai fini.