Statique lent

Assis dans la pénombre, je mange un animal. Appétit famélique et l’odeur de la viande. Paris-Plage ce matin, expulsé hors du livre. Difficulté à relire mes notes, et je déchire la feuille. Rien en dehors du geste, se dépasser en acte. Battements pathologiques et l’exigence du jour. La sécheresse de ma peau, quelques douleurs lombaires. Le bruit d’une machine à baiser, les va-et-vient d’un gode dans la chatte d’une Camgirl. Danse frénétique, un minimum de cash. Toute la pornographie. La faveur d’une répétition, une prise d’otage à Monoprix. La rue de la Fidélité submergée par une vague. Le mec qui squatte l’entrée du Grand Amour est emporté. Suffocation mécanique, le flot s’écoule. Déferle et se répand. Représentation esthétique du chaos, l’individuel et le collectif. Le point presse du directeur de la Santé en direct sur les chaînes d’infos, les prostituées de l’apocalypse. La litanie des chiffres, c’est pire qu’une sédation. L’ordre, la partition et la transparence. L’assomption du spectacle et à vingt-heures. Population à la fenêtre, rituel des applaudissements. Expression de la reconnaissance, merci au personnel soignant. Accents lyriques et les ventres se nouent. Lieux saturés, les mêmes regards. Les mêmes présences. Dystopie et contrôle, des couteaux acérés. Le temps et l’espace, obscène et explosif. Caféine, courbatures, gel hydroalcoolique, quelques poèmes. Tu fais du blanc ou de la couleur ? Échecs et déchets. Addiction, dépression, aller hop, tous en enfer ! Bain de bouche au Destop et l’odeur de l’urine. Je regarde vaguement l’heure et je vais à la cuisine. Les restes de l’animal sur la table, une liste de trucs que je dois acheter, la bouteille de Mezcal, la moitié d’un citron. Vert. Imaginaire fragmenté, construction discursive. Transat dans les ossements au milieu du salon, j’appelle Alexandra. Elle est en t-shirt et culotte. Elle boit du champagne à la bouteille, l’alcool coule sur ses seins. Je dis ça va tu te fais pas chier. Elle dit je n’attends rien et elle se marre. Elle mouille ses lèvres, elle bouge son corps. La filmer nue dans un parking désaffecté. En baskets, avec une guitare électrique et des sons pas possibles.