Soleil de Satan

Tôt ce jour-là. Appartement dans la pénombre, désormais tout se tait. C’est dépouillé et je cherche mes lunettes. Noires. Je renverse une bouteille de bière qui traîne par terre et j’écoute Black Midi. Single bmbmbm, post-punk, j’ai fait cette nuit un rêve étrange. Énucléé, du sang sur le visage et un œil dans chaque main, je traversais Paris. Les flics m’ont demandé mon attestation de déplacement dérogatoire et je l’avais signée. Je me suis pris une amende de 135 euros parce que j’étais loin de chez moi, et j’ai payé avec mes yeux. Aveugle détermination, dans les ténèbres et pour te voir. Degré de conscience, toute place acquise. Le pouvoir institué, et quelqu’un dit : je te croyais plus réaliste. S’engage le processus et ouvrir un passage. Donne-moi quelques clichés, de quel lieu parlez-vous ? Troublé par ta présence, de l’avis unanime. L’agueusie et la fièvre, la présence de la mort. Négligé du vivant, jouisseurs tragiques. Interpréter la partition, et marqués par la guerre. Le monde devenu muet, il déploie sa présence. Paralysie générale, virus survit sur les surfaces inertes. Patients dans états critiques, couchés par terre dans les couloirs des hôpitaux et en Espagne. Absurdité tragique, effets de la loi sociale. Régime dominant de l’information, réfutations et anathèmes. Affirmations, dénégations, le genre suprême du Bullshit. Les paroles avisées de merde au cul, le commentaire du commentaire. L’eau transparente des canaux à Venise et la qualité de l’air. Les fragments de l’histoire, les puissances du visible. Multitudes anonymes et Alexandra Rose. Le jour où elle arrive au bar du Lutetia et ses yeux brillent. Elle dit regarde ce que j’ai acheté ! Elle sort des débardeurs, une robe noire et elle la déplie, un mini-short en jean et elle le plaque sur son bassin, je me souviens qu’il y a une paire de baskets en cuir avec une étoile sur le côté, j’ai dû boire une dizaine de Vodka Martini, je dis c’est cool et je finis mon verre, elle dit putain mais t’es défoncé ! Elle s’assoit et elle se met à enchaîner les shots de Tequila. Univers des causes, elle s’ouvre à son infinité. Elle dit marquer l’écart et je dis quoi, marquer l’écart ? Je m’avance sur le fauteuil, je dis t’es ma petite divinité protectrice et je bouffe des olives, je lèche mes doigts, elle prend ma main, elle met deux de mes doigts dans sa bouche et elle les suce. Je croise le regard de Chiara Mastroianni assise un peu plus loin avec Catherine Deneuve, Alex reprend un shot, elle passe la main dans ses cheveux, elle enlève son blouson, elle dit tu sais quoi, je connais un truc pour disparaître. Je dis c’est vrai ? Elle fait oui avec la tête, Chiara Mastroianni se lève. Présence autonome et tangible, certitude tranquille, enchaînement impeccable des circonstances, on est fumés mais on se tient, et je me dis que c’est ça l’écart. Se dégager. L’instance déplacée de la raison et s’il y a autre chose, j’aimerais le savoir. C’est assez que d’être, émerge la figure d’Adam.