Based on a true story

D’abord je me réveille. Je me fais un café, et Camille dort. J’allume mon iMac, apparaissent sur l’écran. Des systèmes symboliques, un fil d’actualités. Baril de Brent, marché des changes. J’écoute Joy Division, Unknown Pleasure. Sillage de prévisions, la chute de Thomas Cook. Valeurs du jour, exigence de fonds propres. De ce point de vue, des rêves dorés. Bruits de la circulation, indices formels. Effacement de la matière, c’est du passé déjà. Avant-propos, ciel dégagé. Missiles de type HCSW (Hypersonic Conventional Strike Weapon), c’est rapide et mortel. Agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense, le futur est servi. Le jour venu, l’avenir est à ceux. Pensées inouïes, la raison pour laquelle. Souffle et déséquilibre, alors qu’a commencé. L’expérience esthétique, gestes sublimes. Puissances de libération, mutualité des phénomènes. Un carnet de croquis, et l’épaisseur des murs. Marcher sur un épais tapis, je vais dans la cuisine. Passage d’un convoi de véhicules de police, sirènes hurlantes. Lecture d’un SMS, envoi d’un SMS. Un peu plus tard, Camille travaille. Ordinateur. Dictionnaires. Dossiers. Lunettes de vue à monture noir brillant. Faits décisifs, économie fondée. J’écoute le live de Richie Hawtin au Block Festival à Tel Aviv (2017), Loris Gréaud est au Mexique. Pour enterrer des œuvres. Parc de sculptures souterraines à Casa Wabi, dans le désert de Oaxaca. Bâtiment créé par Tadao Ando, jardin conçu par Alberto Kalach. Trésor de pirate dont on connaît la carte, nous demandons à voir. Espaces mythiques, la notion même de connaissance. L’union des contraires, les âmes glacées. Je regarde Wigstock 1987, le film Tom Rubnitz. Le plaisir oh je l’ai, corrompu heures fatales. Promesses de régénération, territoires dégradés. Le tambour d’une machine à laver en mode essorage, un tweet de Donald Trump. Les Portraits in Life and Death de Peter Hujar, Candy Darling sur son lit de mort (1973). Le choc de l’Occident, hyperboles historiques. Trajectoires touristiques, séjours nature. Et Sun Resorts veut renforcer sa marque. Le principe d’indétermination de Heisenberg, et l’odeur de l’écume. Vitesse et position d’une particule, et superposition d’états. Objets quantiques, ici et là. Quelques atomes, une scène de meurtre. Hélène Châtelin dans La Jetée de Chris Marker (1962), Jean Seberg dans Les Hautes solitudes de Philippe Garrel (1974), Delphine Seyrig dans India Song de Marguerite Duras (1975), Pierre Clémenti dans Les Idoles de Marc’O (1968). Situations, Camille se lève. Elle enlève ses lunettes, allume une cigarette. Elle va à la fenêtre. Passage d’un avion de ligne, traînée de condensation. Elle dit j’en peux plus de traduire ces merdes. Elle dit c’est décidé, je vais arrêter. Je dis tu vas faire quoi ? Elle dit je ne sais pas. On entend quelqu’un marcher dans l’appartement du dessus et avec des talons. Elle dit je vais faire la pute, à trois mille balles la nuit. Elle se tourne vers moi, inquiète. Tu crois que je peux demander trois mille balles ? Tu paierais trois mille balles, toi ? Je dis non. Elle dit enculé. Elle dit je fais déjà la pute. Elle dit vénale et précaire. Elle dit bordel j’ai toujours fait la pute. Suture et fragmentation, notes sur l’alternatif. Elle dit je vais faire otage, billet pour le Niger. Elle dit Boko Haram, elle passe une main dans ses cheveux. Ses lèvres pâles, des réponses décisives. Et elle répète : Boko Haram. Puissances cinétiques, elle dit je vais faire artiste. Je dis c’est bien ça. Il y a un boîtier Nikon sur une table basse. Je dis prends-le, tu commences aujourd’hui. Scènes et figures, viser l’image. Variations de lumière, les procédures menant aux œuvres. Grille institutionnelle, le sens se perd. Des aventures optiques, le temps de la perception. Se dérobe à la définition. Plans monochromes, vide édifié. La violence des ruptures, l’insolite et le mal. L’homme éprouvé, force la voix. Limite extrême du déchirement, le poids de ce qu’il faut consentir. Enregistrer les apparences, suite de métamorphoses. Disposer d’une armée, un grand loft en étage. Leader suprême, quelques martyrs. Destruction et chaos, un devenir nomade. Démocraties, et les buveurs de sang. Le sceau du secret, un congrès d’architectes. Des palais de cristal, à jamais destructibles. Environnement interprétatif peu favorable à une lecture empathique, ce malaise insidieux. Viscères dehors, nous avions devant nous : des soirées cocktails, le ticket du pressing, un but de Kylian Mbappé et un cancer colorectal, le solde du compteur de Miles, des points de croissance, le catalogue G20, un club de gym et une mammographie, un mobile de Xavier Veilhan, le réchauffement climatique, un coach minceur et n’importe quel vigile. Un cliché qui s’autodétruit, une exigence formelle, des musées clandestins et un shoot d’héroïne, des livreurs de Sushis et la typographie. Des enclaves sanctifiées. Le costume du vigile, noir. Le coût du logement, un massage à l’huile tiède. Le déficit et la dette. Des rictus de souffrance, qu’est-ce que tu veux détruire ? Dispositifs textuels, étant donné : l’existence, la réforme des retraites, l’abonnement fibre et les travaux publics. Excitations morbides, meurtres de masse. Suggestions hypnotiques, oppositions binaires. Ascétisme et idolâtrie. Débordements soudains, irréductibles à un discours. Poèmes critiques, actions de guérilla. Cet autre chose, cet être là. La poussière soulevée, ce qui est accepté. Quelques contraintes, plus tôt dans la journée. Indications génériques (biographie, histoire, mémoire), et le dire sans paroles. Plusieurs fois aujourd’hui, et l’absence de mystère. Puissances de l’analogie, parodier le cliché. Sources sensibles, Camille s’agite. Nue sur le canapé. Effets dynamogéniques, elle écoute sa musique. Je m’approche d’elle, de peau à peau. Elle retire ses écouteurs, et elle m’embrasse. Elle dit tu sais quoi ? Elle dit les gens comme nous, à l’infini. Elle dit plan fixe, et elle remet ses écouteurs. Ce qu’il y a de bien avec les mots, c’est qu’ils le disent. Et elle se branle. Danse au milieu des flammes, et ça pouvait s’écrire. Je la regarde, ce corps va jouir. Totalité perceptive, dénouement prévisible. Accomplissement de son plaisir, ce cri pour commencer. Congénital, et elle passe un t-shirt. Elle allume une Dunhill. Rouge. Elle boit une gorgée de Gin, elle me tend la bouteille. Manipulation rituelle de son briquet Zippo. Elle dit je suis ma chatte, et elle sourit. Elle prend une douche. Vibrante de sexe, une serviette sur la tête. Elle essuie ses cheveux. Elle dit je suis ma fente. Elle dit je suis vivante. Je dis vocabulaire. Délitement soudain, à cet instant j’affirme : une autre fois j’ai vu ses yeux. Mouillés de larmes. Le soir venu, laver les morts. La nuit tombée, le jour éteint. Opacité lumineuse. Les horizons, et nul ne sait. Parler la fin, ce n’est que ça. Le tracé d’une chute, Camille se dresse. Elle dit qu’est-ce qu’on fait ? Elle dit on va où ? Je dis tu as faim ? Elle dit non, et j’appelle un taxi. Elle met son Perfecto Iro. Je prends mon portable. Je prends ma thune. J’ouvre la porte. Camille sur le palier. Elle appelle l’ascenseur. Je ferme la porte. Je mets la clé dans la serrure. Une Mercedes floquée G7 s’arrête devant l’immeuble. On monte dans le taxi. Parfum de synthèse et France Info. L’exécutif, Anne Hidalgo. Rue de Rivoli, Champs-Élysées. Un déplacement perçu comme une durée. Tout était gris, ce qui est joué. Les Dieux enfuis, et l’ordre ancien. Avenue George V, les valeurs établies. Paris, putain ! Urgences et devoirs, parcours et destins. Regards furtifs, frapper toujours. Mélancolie romantique, passage de la limite. Et nos visages, jusqu’à l’extrême. Identification, Camille dans sa beauté. On boit des verres au Joy, le bar de l’hôtel Fouquet’s. Très vite on se fait chier. Après quelques cocktails ça va mieux. Elle dit c’est un soir comme un autre. Je dis c’est ça. Elle dit ça t’arrive de penser à partir ? Je dis non. Je dis pour aller où ? Elle dit je ne sais pas, n’importe où. Elle dit ailleurs. Quel voyage ? Le dialogue que nous sommes. Au seuil de notre histoire, c’est écrit par l’oreille. Bruits de glaçons qui se brisent dans un shaker, dissolution de la frontière. Je dis je vais écrire un livre. Elle dit c’est cool. Je dis ça va s’appeler Camille vient à Paris et elle repart. Ça la fait rire. Tu déconnes ? Je dis non. Son téléphone sonne. Elle rejette l’appel. Elle me regarde. Hésitation prolongée, et l’air devient épais. Je sens qu’elle va dire quelque chose mais non. Elle ne dit rien. Elle lit la carte, elle dit il faut que je mange un truc. Je fais signe au serveur, on commande deux tartares. De bœuf. Et deux verres de vin blanc. Elle dit tu me mets face à quelque chose qui n’existe pas. Surcroît de théâtralité, l’événement que le livre suggère. Elle dit ce sera MOI ? Elle insiste sur moi. Je dis oui. Je dis ce sera nous. Que va-t-il écrire ? songea-t-elle. Et que peut-il écrire ? Elle dit ça va parler de quoi, ce livre ? J’hésite un instant. Je dis ça va parler de ce qui fait tenir les pages ensemble et tu vois ce que je veux dire ? Elle dit non, pas vraiment. Je dis c’est un roman. Je porte mon jean déchiré, mes boots Rautureau, un bomber Schott sur un T-shirt. Je dis troisième personne du singulier. Je dis Camille et je dis elle. Je dis la défection des codes, je dis l’autre est visé. Hors de moi, songea-t-elle, que se passera-t-il alors ? Plan d’immanence, une concrétion. Objet durable et achevé. Aucune fuite n’est possible, partition établie. L’odeur de chair vive, et celle des condiments. L’odeur des frites. Mouvement réflexif, et elle s’enfonce dans le canapé. Il y a un type à une table qui dit je reste résolument optimiste, on se demande pourquoi et Camille mange une frite. Elle essuie sa bouche et elle pose la serviette. Elle boit une gorgée de vin. Elle regarde le mec résolument optimiste qui ressemble à Édouard Philippe mais sans la barbe, elle dit il est bien lui. On dîne en silence. Je me sens relativement détendu. Je me dis que je vais reprendre une vodka. La première femme, ça mène à une résolution. Je dis tu veux un café ? Elle dit non merci. Elle dit tu crois que je vais écrire Je vais chez Pierre à Paris et je rentre à Londres ? Je dis non, je ne crois pas. Je dis peut-être que tu devrais. Elle dit je vais aux toilettes. Je regarde autour de moi, je me demande de quelle façon je pourrais décrire l’ordre qui règne ici, quelle méthode employer ? Système du lieu, organisation structurelle. Je réalise que le décor a changé, et je me dis que j’en ai rien à foutre. Philippe se lève, téléphone collé à l’oreille. Il va sur la terrasse. Tout élément relié à l’autre, Camille revient. Je dis ça va ? Elle dit oui, ça va et elle dit on y va ? Je regarde Philippe marcher de long en large, sur la terrasse. Impulsion de départ, je demande l’addition. Et ainsi, je suppose.