La cause de soi

Le Journal c’est l’autre scène. Quelques mots impromptus, il y a donc un récit. Surface conventionnelle, dès que je forme une phrase. Effervescence interne, je vais naissant. Identité jamais acquise, qui parle ici ? L’insignifiant, ce qui advient. Procéder par rupture, certainement une action. Stéréotypes verbaux, je veux faire l’hypothèse. Ulysse devient Homère, avec Maurice Blanchot. L’air épaissi, en ce point commencer. L’immédiat quelque part, laisse-moi mettre du son. Full performance, please welcome Black Midi. Exigences processives, comme essentielles à la pensée. Techniques de composition, de quelle histoire s’agit-il ? Dispositif de visée électronique monté sur rail, canon d’un LBD. Dissertations psychologiques et pointé sur ta gueule. Présence anticipée, les desseins ordinaires. L’appel des mêmes images, le cercle de l’immensité. Ardeur et violence, la vie et rien d’autre. Des âmes cramées, pas de rêve français. Le guichet d’une banque, les corps présents. Au RSA. L’ennui et le dégoût, ça bouge et ça crie. Combat contre les circonstances, hideux social, cérémonies secrètes, stratégies de pouvoir, forces barbares, jungle au carré. Hermès. Aller au noir, et blanc urbain. Liberté innovante et clandestinité. Je m’endors chez Castel, pas un vide qui ne soit. Mémoires Gonzo, comas profonds. Suicides au Pentobarbital, authentique bienveillance. Des chiens qui zonent, une double anale. Figures de haine, c’est cinq-cents balles. L’ère des foules, films de boule. La stratosphère, une fosse à pisse. Ta mère qui pleure sur la banquise. L’odeur de ses entrailles, et l’homme autoritaire. L’agent de la globalisation, qui fait la critique du système. Il dit regarder les choses sans hiérarchie et le sens est mobile. Il dit j’aime bien. Il dit l’état du monde, et il se branle dans le désert. Il dit sa relation au cadre, il dit l’horreur. De la défaite publique et des moteurs de recherche. Il dit précarité, des objets un peu trash, réinvestir une chute. Et il dit mon travail. Au cœur de sa pratique, désarroi stupéfiant. Les galeries d’art, fouiller la nuit. Contemporain. Irving Penn chez Ropac, mégots Camel et Chesterfield. Des natures mortes, des fleurs fanées. Des chants énigmatiques, des valises à roulettes. Temps autrefois vécus, quelques chinois dealers de sacs. Vuitton. File-moi ce putain de fric, je m’appelle Valentin. Carron. Répliques dégradées de l’abstraction internationale, bronzes triomphants. Fibre synthétique, toute communication. Nappes de clarté, le chemin pour t’atteindre. Étincelle de lumière, Camille soudain se dresse. Sa bouche s’ouvre sur ses dents et son regard se fige. Blanches. Centre de gravité, dire à nouveau. Une heureuse certitude, la première fois qu’on baise. Main sur sa gorge, désir avide. Elle dit j’aime étouffer. C’est le matin, et on n’a pas dormi. Elle dit j’ai peur de me perdre et tout va bien. On boit du champagne et elle me touche la bite. Et elle me suce les couilles. Et elle dit merde y’a plus de champagne. Je vais jusqu’au frigo, après un long silence. Vodka dans le congélateur, on dort toute la journée. Après on baise. Ce n’est que plus tard, au restaurant, qu’elle me dit mais tu fais quoi, exactement ? Ses yeux brillent et j’ai mal à la tête. Brève déchirure, et elle me parle. De la Ferté-Saint-Cyr, de ses parents. De son enfance, vite et bien. Elle dit voilà. Elle dit je veux du cash, et ça devient cool. Aller à l’essentiel, c’était il y a trois ans. Vagues d’énergie, je dis t’es belle. Maintenant elle est sur le canapé et elle se lève. Elle dit faut que je mange un truc. Elle dit je vais faire des courses. Elle met son blouson, la chair nue de son ventre. Elle dit tu veux quelque chose ? et je suis censé répondre. Je reçois un SMS qui me dit SFR vous informe que votre facture est disponible sur le site sfr, je prends une douche. Je regarde le plan séquence du film de Bi Gan Long Day’s Journey into Night, bruit de clé dans la serrure. Et midi arrivait. Hypnose cinématographique, parfum de mystère sur l’écran. Crime, amour brisé, quête de la femme aimée. Nuit chaude et humide, et la voix de Camille. Elle dit j’ai faim ! Elle dit la burrata crémeuse, les seins qui pointent sous son t-shirt. Elle dit pousses de salade et jambon San Daniele. Elle a gardé ses lunettes de soleil et elle se touche les cheveux. Nickel, je dis. Nous sommes les seuls ici, on est dans la cuisine. J’ouvre une bouteille de vin. Je goûte le vin. Je sers le vin. Elle boit une gorgée de vin. Elle lave les pousses de salade. Il y a du pain dans un sac plastique. Tranché. Elle met un filet d’huile d’olive sur les pousses de salade. Je la sens nerveuse, visage intense. Je la sens fébrile, et sur la burrata. Bruit du moulin à poivre, je la regarde. Elle met du jambon sur le pain, et ses pieds nus. Il y a une voiture de flics qui passe, sirène hurlante. Suivie d’une autre bagnole de flics, autre sirène hurlante. Il y a un téléphone qui sonne. C’est le mien. Et je ne réponds pas.