L’exposition des mots

Pluie faible, toute danse macabre et j’avais les pieds nus, creuser sa fosse mon ventre froid, rythme essentiel et allumer un feu, je vais allumer un feu, quelqu’un a hurlé dans la rue, j’ai lu la première page de Camille vient à Paris et elle repart, blessures insignifiantes, événements discursifs, toute vérité acquise et d’étranges émotions, mes fringues par terre, mes boots en vrac, le narrateur dans son élan, abolir la césure, se suspendre à une barre de traction, soulever son corps, quand dire c’est faire de tout son poids, ce que j’aime c’est courir, l’écriture se dérobe, SMS de Camille, elle dit j’ai pas dormi et un truc à propos du Brexit, j’écoute le live de Jeff Mills au Dommune à Tokyo en 2010, j’écoute Rockbitch, j’écoute The JOAN group, One Room Shack et Tongue Tied et After Life et Drop Out et Sun N Love et Shop’n Save et CIA, je sors boire un café, l’automne encore une fois, les serveurs à la Perle portent des perruques flashy, Dustan en blonde à la télé, et dans sa chambre, le nouveau lieu de Pascal Humbert rue de Lancry, murmure léger se vit encore, la vitrine du traiteur sicilien, un rassemblement contre l’islamophobie place de la République et la nuit sans aurore, du papier recyclé, or depuis Mallarmé, génération oblige, collages sophistiqués, mise en apposition mais qu’est-il arrivé ? Abstraction constructive du début des années 1960, anti-peinture, Julije Kniffer chez Frank Elbaz, l’hommage de Gagosian à la French Riviera, Murakami chez Perrotin, Graham Wilson chez Valentin, les Nymphéas Post Déluge de Noël Dolla dans le bassin octogonal du jardin des Tuileries, cinq cents parapluies immergés, rouges, les pièces de Bojan Sarcevic à Paris Internationale, la série de photogaphies de l’artiste que j’ai publiées dans la revue Ah Ah Ah en 2015, sculptures manipulées par des femmes dénudées, aux abords d’une maison devant une baie vitrée, dans la nature au bord d’un lac, œuvres crées pour l’exposition « Comme des chiens et des vagues » à la galerie Modern Art à Londres en 2010, distribution de la réalité sensible, structure de l’œil, relation, sélection, dispersion, circonscrire un espace, s’en échapper le fuir, une migration sans fin, une parole quotidienne, le vide qu’elle se porte à combler, une présence singulière, quelque chose de furieux, passion au monde quand vous aurez parlé, frapper les murs et naître encore, porter un nom, les traits reconnaissables de mon identité, portrait non encadré, qu’y a-t-il hors de nous ? Que signifie ce nous ? Mise en commun, volonté partagée, territoire iconographique et le sens du combat, dans ce contexte, une direction, de longs couloirs, ouvrir des portes, lumière d’orage éclats divins, franchir le seuil et se dérobe, la cohérence du moi, dispose de l’infini, le pas encore, l’inexprimé, le souvenir j’étais alors, le mot qui manque, qui oubliera ? Séparation et la folie du cri. La  nécessaire fiction, ravagée de délices. Expérience radicale, affirmations possibles. Scènes de pillage à Santiago, de guérilla urbaine à Barcelone, le peuple libanais dans les rues à Beyrouth, qui scande révolution, les émeutes à Hong Kong, les manifestations pour la chute du régime à Bagdad, la foule massée place Al-Nour à Tripoli, compacte, état d’urgence, capacité de projection, lexique militaire, dans l’histoire qui va suivre. Le geste conquérant, le piège de la résignation, le vertige et la chute, appeler l’abîme, couver la cendre, fixité d’être et tendu pour te dire : ça s’est passé comme ça. L’exposition des mots est le centième article de mon Journal qui compte, à ce jour, quatre-cent-soixante mille signes. J’ai posté le premier texte le 20 octobre 2018, il s’intitule Là où je suis. Voix du silence et qu’il me soit permis. Visée d’autrui, remercier mes lecteurs.