Séparés par presque tout

Quand le soleil, perçant déjà. Puissance du faux, obscure clarté. Rythmes nus, hypnotiques, abîme électronique. Répétition impérieuse d’un même son étiré au maximum de ses fréquences, notations quotidiennes. Passages à vocation pharmacologique des Paradis artificiels, quelques rêves prodigieux. Une carte magnétique ultra chargée en points massages, un commissaire d’exposition qui affiche sa présence indicielle. Impulsions méthodologiques, quelque chose d’épuisé. Cartels de la section, confort de la visite. Que faites-vous dans la vie ? Je coupe les cheveux des stars. Ça rapporte ? Oui. Exercez-vous une activité secrète ? Oui. Est-ce dangereux ? Le peroxyde d’acétone explose à partir de 50° C, se décompose en méthane qui brûle violemment à son tour. Vide rayonnant, fixé dans son incandescence. Éléments de stupeur communs à tous les témoignages, appartenance à une thématique. Point de certitude, n’est-il pas remarquable ? Restes pétrifiés, la bande passante est saturée. Quêtes de nouveaux commencements, achever des pratiques. Bruit caractéristique d’un projecteur de diapositives 24 x 36, murmure des vents. S’unir à des mouvements étranges, ce qui est arrivé. Victimes noyées dans les égouts, éviscérées, défenestrées, frappées à coups de marteau. Dégoût croissant, statues antiques décapitées. Activation d’archives sonores, souffle brisé. « À Malibu, on faisait du feu même les soirs d’été, à cause du brouillard, écrit Joan Didion dans L’année de la pensée magique. Le feu, ça voulait dire qu’on était chez nous, qu’on avait tracé un cercle autour de nous, qu’on était protégés pour la nuit. » Unité retrouvée, là revient le récit en puissance. J’ai fait du feu, j’ai tracé le cercle. Fumigènes noirs et gaz lacrymogènes, altération de la perception. Quelque chose de Caspar David Friedrich et de Sunn O))) réunis. Dépossession, incertitude, incessant défilé de nuages. Multiplication des masques, échos de l’écroulement intérieur. Mouvement d’extension et de propagation des sensations, mode de recouvrement de la surface. De grands noirs tristes lavent les sols des saunas, nettoient les banquettes en Skaï des boîtes à partouze, vident les poubelles, ramassent les capotes jetées dans les coins sombres, disparaissent. Ontologie des mondes possibles, forces gravitationnelles. Lignes de fuite créatrices, environnement hostile. Scène primitive, les premiers mots : Ce jour-là. Crépitement des flashes, j’avance sur le podium. Lunettes Gucci, T-shirt col plongeant, veste Dior, jean Diesel, Johnny boots Saint Laurent, bagues Chrome Hearts, tatouages, un putain d’uniforme. Le jour d’après. Nulle voix. Les Rumble Fish du film éponyme de Francis Ford Coppola se jettent sur leur image qui se reflète sur les parois des aquariums, la bonne tension. C’est que la tyrannie, on peut y prendre goût. Un voyage surprenant, tout semble converger. Marcher dans la couleur, mais nous pourrions. Développer en histoire, faire l’hypothèse. Mythe, fable, virus, archétype, conte, métaphore de rupture. L’agent de la parole sort de sa veste des notes intitulées ÉLÉMENTS DE LANGAGE, Camille s’agite. Son corps pressé contre le mien. Sa joue plaquée contre la mienne. Sa présence enveloppante, jusqu’à l’excès. Symétrie de l’instant, ma main dans ses cheveux. Mes doigts qui se referment. Elle dit tu me fais mal. On écoute Jeff Mills, Moon: The Area Of Influence. Zone de lumière sur le parquet, le plafond haut. Mince voile d’ombre tendu à l’angle d’un mur, et elle se lève. Le ciel du début de soirée se teinte de nuances roses et bleues, il faut encore. Clarté romanesque, je me mets en éveil. Accomplissement de cette maitrise, se mouvoir dans les contrastes. Voies de l’art et de la magie, Camille sort de la douche. Elle dit tu as faim ? Je dis non. J’essaye de me souvenir du jour exact où je l’ai rencontrée, elle me griffe le visage. Elle allume une cigarette. Elle fume debout, adossée au mur. Entre deux fenêtres, elle me regarde. Quelque chose d’essentiel, elle souffle la fumée. Éblouissement ordinaire, des états immobiles. Un drone de type Sentinel, équipé de la technologie SkyNet, passe à la verticale de l’immeuble, un argument d’autorité. Elle s’habille. Chemise blanche, jean Levis’s 501, escarpins Gianvito Rossi. Elle appelle un taxi. Elle dit mords-moi, le cou tendu. J’arrache un morceau de chair. J’essuie mes lèvres, je lèche mes doigts. Ses yeux mouillés, jusqu’au bord du silence. Vacille au seuil d’une autre réalité. Destination qui s’ignore, terme marqué d’un parcours. Donc à présent, une zone d’échange. Un face à face. Nappe blanche tendue sur table bois, Bollinger brut. Elle dit tu as besoin d’argent. Je dis oui. Elle dit tu vas faire quoi ? Je dis je ne sais pas. Des gens qui vont et viennent, des serveurs qui circulent. Plateaux chargés, entre les tables. Transparence de la nuit, les animaux nocturnes. Elle dit il n’y a rien d’autre à dire ? Je dis non, rien. Elle dit je veux un très gros steak.