La foire aux atrocités

Tôt ce jour-là. Thé Gunpowder, je sors courir. Renforcement musculaire, quarante minutes plus tard. Faire avancer sa cause, les possibilités d’un accord véritable. Set de Jeff Mills à Tokyo en 2010, le lit et la fenêtre. Une note prise sur l’envers d’un ticket de caisse Leroy Merlin, des éléments de symétrie. Une caisse de livres, les toiles de @whitepaintingseries posées par terre et dans l’attente de transformations. Traînées de condensation dans le ciel serein, une vague envie de vomir. Manifestations localisées de l’univers, séparé du dehors. Langueur fœtale, le sens de l’être. Sentiment d’une profonde insécurité, aussi me faut-il souligner : je suis fébrile. Je suis en droit de supposer. Je suis au cœur du processus. Je ne vais pas assez vite. Je ne vais pas assez loin. Je demeure immobile. Manuscrits inédits, s’effaceront derrière moi. Fond primitif et résidu cosmique, je danse devant l’ordinateur. Car c’est bien de présence qu’il s’agit. Active et actuelle, exaltation de cet instant. Idéal à saisir, des lignes de tension. Flux d’énergie, des impulsions désordonnées. Arthur Rimbaud : je fixais des vertiges. Samuel Beckett : on se pendra demain. Richard Strauss : rêvez-donc, braves gens, du salut des hommes. Saint Augustin : désirer ce que l’on possède. James Whale : grognements barbares de Boris Karloff. Jackie Kennedy : il n’aime que les marches militaires. Auguste Renoir : Baigneuse couchée au bord de la mer. Cela étant dit, de toute éternité. Les corps d’Oscar Alberto Martinez Ramirez et de sa fille Valeria, migrants salvadoriens noyés dans le Rio Grande, photographiés par Julia Le Duc. Le cadavre d’Aylan Kurdi, l’enfant syrien retrouvé mort sur la plage de Bodrum en 2015. La tête dans l’eau, à même l’image. Antonin Artaud : la respiration qui retourne à Dieu. Imaginer la chose, cesserez-vous d’exister. Futur prochain présent. J’entends les rebonds d’un ballon de basket. J’entends les travaux de rénovation d’un appartement. J’entends les aboiements d’un chien. J’entends une rame de RER lancée à pleine allure. J’écoute Electro Mills. Nous tous ici peut arriver. Frapper soudain, avec ces mots peut arriver. Quant aux mots supposez. Uniformité des modèles – l’opinion pour seule nourriture, la volonté divine comme seul repère, la passion morale comme moteur, l’indignation comme bannière, la croissance comme destin, etc. – et du langage. De masse. Capacité d’hébétude et de soumission, la catastrophe a-t-elle eu lieu. Rapports de dépendance, une quatrième de couverture. La violence des maîtres, entre harcèlement et oppression. Les heures de couvre-feu, les jets de gaz lacrymogène. Déclaration d’hostilité, peut arriver frapper. Des murs se dressent, bardés de miradors. Formalités d’écrou, fouille à nu, détention préventive. Des couloirs grillagés, tous les aspect de l’incarcération. Quelques prix littéraires, un lion d’or à Venise. Flots turbulents de la fureur, c’est en ce point précisément. Dérèglement de la raison, que se noue l’intrigue. Fins empiriques, il amorce sa bombe. Ses yeux sont injectés de sang, nous dit le romancier. Incarnation effective d’un projet politique, ne doutez pas du personnage. Nous tous ici, viande terroriste. L’effroi jouir radical du concept. Les bruits d’une cloison qu’on abat. Quelques verres de vodka, averti du danger. Pratiquer l’inframince et je pense à Bertrand Lavier. Libération territoire énoncé : l’invention de l’artiste. En tant qu’il est déterminé, la phrase est laissée en suspens. Puissance agir forme réglée. Naît de la forme agit. Croyait peut-être, celui qui fait effort. Que tout allait recommencer. Troubles suscités par l’explosion destructrice, des cris de ralliement. Je sors boire un café, et j’ai Camille au téléphone. Elle dit je ne suis pas étrange. Elle dit je gagne tout juste de quoi payer mon putain de loyer. Elle dit je n’en peux plus de traduire ces merdes. Elle dit j’ai mal à la tête. Elle dit le fracas ordinaire. Elle dit fait chier. Elle dit tu vois ce que je veux dire. Elle ne dit rien. Elle dit et toi ça va. Elle dit qu’est-ce que tu fais. Informations à délivrer par la parole, je perds ma voix.