Une étrange acuité

À l’isolement, les néons allumés 24 heures sur 24. La température extérieure est de 15° C, le taux d’humidité de 59 %. Son mat du Ping-Pong de Plastikman, sois ami du présent qui passe. Camille apaise ses tensions intérieures, fait du shopping chez H&M. Ça ne s’arrête jamais ? Non. Tout fait décor et référence ? Oui. Contraction, dilatation de mes pupilles, régulation de l’intensité lumineuse. Dégradation du support, chaque phrase est une destination. Pourvue d’incises et d’expansions. Asymétrie particulière, génératrice de déséquilibre. Une voix off, qui ressemble à celle de Jean-Luc Godard, dit soudain : Prends du caviar mon pote. Mais non, pas comme ça, avec la grande cuillère. Camille traîne en culotte, plus tôt dans la journée. Briser le plan de l’image, renverser les systèmes. Brume livide, notes dégradées, troubles vagues et diffus. Sans le moindre ennui, sur ma propre lancée. Empilement des cahiers, parades totalitaires. Avez-vous des commentaires sur la vie en général ? demande George Gruskin à Andy Warhol. Catégorisé, hiérarchisé, classé. Conservé, rapporté, transmis. Fatal, absurde, irréversible. Ces possibilités, ce que je voulais dire. L’unique engagement que j’ai pris au sérieux était celui de m’éloigner le plus possible de la pauvreté, je cite Maurizio Cattelan (Autobiographie non autorisée). Combien de fois, dans certains lieux. Camille m’enlace, je l’étrangle, on est cool. Elle prend une douche, elle ouvre une bouteille de champagne. Viens plus près, mais encore. Programme détox, volonté de puissance. Elle porte un verre à ses lèvres, Nietzsche se réjouit de cette impétuosité. Le teint diaphane, la bouche à peine rosie, elle serre un coussin sur son ventre. Hantée par une menace, Camille est la figure vivante d’une possibilité romanesque. Elle offre un sourire furtif, je l’imagine peinte par Lucian Freud. Nue, vulnérable, déformée. Tête minuscule, cou énorme, avant bras gauche détaché du corps, le regard éteint. Gros traits de peinture épaisse, la connaissance de certains faits. « Ce qu’il y a de singulier, d’indéchiffrable dans le fait de ne pas sombrer, dans le fait de la direction silencieuse », écrit Kafka dans son Journal. Irruption soudaine d’éléments biographiques, mécanique d’une machine : les peintures monochromes de Wade Guyton réalisées à l’aide d’imprimantes numériques dans lesquelles il fait passer et repasser la toile, jusqu’à épuiser l’encre. Critères d’identification et de codification, configuration du perceptible et du pensable, régimes esthétiques dominants, marquer des points de non-retour. Mise en place de procédures d’alerte réciproques des services critiques spécialisés, des putains de connexions. Communion ? Ferveur ? Apothéose ? Oublie. Si tu tiens absolument à célébrer le collectif, tu peux toujours éclairer les murs des Galeries Lafayette un soir de « Nuit Blanche ». Conte horrifique, le mal qui rôde. Maintien de l’ordre, arsenal répressif. Les réformes à l’épreuve de la crise, la crainte et la haine se renforcent. Audience, opinion, élection. Apparaissent le mot d’ordre et le seul objectif : livrer cinq-cent-mille signes chez Gallimard, la suite sera bientôt dite. Rythmique hypnotique et complexe, l’art du mix. Filet magnétique des satellites, de retour dans la chambre. Je sais quoi faire, et comment vivre. Fantômes qui se mettent à danser, le réalisateur est un puriste. Les secrets du tournage, les scènes additionnelles. Choc de confiance, on voit se soulever la poussière du désert. Notre robot vous a choisi de manière aléatoire comme possible gagnant exclusif, avec le vide les pleins pouvoirs. Régime minceur, un démon sans visage. Contre-interrogatoire et contre toute logique. Six-cents calories par orgasme, discréditer un témoin à charge. – Il s’agit d’une erreur ! – Nous ne faisons pas d’erreur. Piétinement des armées en marche, appartements laissés à l’abandon. Analysez les procédés qui permettent à l’auteur de saisir simultanément différents niveaux de conscience (ponctuation, temps, modes, juxtapositions et accumulations), recensez les moyens stylistiques et syntaxiques dont il dispose pour exprimer ses tropismes. Enfermement dans une ritualisation, je commence à respirer. Dépendance aux clichés, aux stéréotypes, à la pornographie, aux défilés, aux uniformes, règne hédoniste et abonnements Premium. L’ail cuit, une daurade grillée, être crucifié comme Jésus-Christ, une camisole, des pinces chirurgicales pour extraire un œil, le vague, l’aléatoire et le déterminé, le décidable et les contraires, la lettre aux camés de Jean Seberg, mon horoscope dans le Parisien, la déception, le vide, une fièvre constante, un procès-verbal d’assemblée générale, des basculements de perspective et le regard d’un juge, un verre de vitamines, un vernissage chez Chantal Crousel, un rouge pomme très brillant, un sursaut galactique, la chute d’un astéroïde, une invasion extraterrestre, l’éruption d’un volcan, l’expérience de la route, les crèmes les lotions les toniques, la porte blindée d’une armurerie, des reconduites à la frontière. Et sans doute notre temps, ce qui fonde la chronologie. En somme, vous êtes heureux ? Je suis vivant.