En position fœtale

Passage d’un front pluvieux, fonctions grammaticales. Évolution des précipitations, j’écoute Gustav Mahler. La symphonie numéro 7, intitulée Chant de la nuit (1904-1905). Structure orchestrale, interaction de voix dans l’espace. Cadre conflictuel où le sens est un enjeu majeur, dans le temps même de l’événement. Désordre pathologique, en ce mois de mai où s’accélèrent. Insuffisances et discontinuités, contradictions et désaccords. Références et présupposés, personnages en rupture. Altération de la perception, flottement des hypothèses. Ensemble de conventions, l’anamnèse est le récit des antécédents. Nation, famille, héritage. Commémoration de l’armistice de la Seconde guerre mondiale, sonnerie aux morts. Une minute de silence, raviver la flamme. Un complément circonstanciel, du Soldat inconnu. Murmure sans limite, répétition impérieuse. Les victimes rassemblées dans une fosse, des bulles s’échappent des plaies béantes. Bords déchiquetés du monde, griffes des coqs de combat. Ergots d’acier dressés, juxtaposition de pouvoirs concurrents. Périphérique interdit à la circulation, réservé aux déplacements de transports de troupes et de véhicules blindés, au stationnement des appareils du 5e régiment d’hélicoptères de combat de Pau mais aussi aux convois officiels, aux équipes médicales et aux civils titulaires d’un laissez-passer. Tentatives inabouties de réconciliation, ardents négociateurs et l’usage du futur : ferai, sera. Procédés syntaxiques, écriture du Journal. La création d’un avatar, je veux tester mon apparence. Propriétés qui composent une image, apparition d’un générique : celui de Grand Hotel, le film d’Edmund Goulding (1932). Plan plongé sur le standard téléphonique du palace berlinois, dos des opératrices qui établissent les communications, scène d’ouverture. People come and go, nothing ever happens, soupire le Dr. Otternschlag. I Want to be alone, supplie la ballerine russe Grusinskaya, interprétée par Greta Garbo. Danseuse vieillissante, péril latent. Des jambes qui tremblent, des avis d’expulsion. Urgence et folie, le chemin parcouru. Le prix à payer, signatures véritables. Empreintes et mesures, seuils franchissables. Climat, biodiversité, affectation des terres, acidification des océans, consommation d’eau douce, pollution chimique, ozone stratosphérique, cycle de l’azote et du phosphore, charge en aérosols de l’atmosphère. Portiques de sécurité conformes aux normes en matière d’exposition humaine aux champs électromagnétiques, pouvoir de révélation et d’enchantement. Palpation, fouille du bagage à main, mariage de la raison et du cauchemar. Penser la singularité d’une période, aucun retour possible. À ce qui serait la norme. Soixante mille migrants et prisonniers de droit commun parqués dans les tribunes du Stade de France dont on a démonté les sièges, que l’on a reconfiguré en gigantesques cages. Indistinction des corps, liquides communs. L’horizon annulé par l’enceinte, le motif du départ. La sanction de l’arrêt. De la musique avant toute chose (Verlaine), les rythmes de Frantisek Kupka. Je n’arrive pas à le croire, dit Camille. Tu dois me croire, dis-je en cherchant un disque et elle reçoit un SMS. Ses ongles gris nacré s’agitent sur les touches de son téléphone, et elle efface trois mots. En saisit deux, recommence, hésite. Vertige d’une correction qui serait infinie, elle passe la main dans ses cheveux. Effluves de son parfum, parenthèse fulgurante. Accélération des combinaisons, fluidité des systèmes. C’est l’après-midi, on est au printemps, ce n’est pas simulé. Je pourrais à l’instant mâcher tes couilles rêveusement, dit-elle en enlevant son sweatshirt. Elle passe de la crème hydratante sur son nouveau tatouage. Elle dit je suis une performance. Elle dit ce matin je me suis éveillée pleine de joie. Elle dit adolescente je voulais diriger une société de pompes funèbres. Elle s’invente un passé, me raconte une histoire. Immersion dans les rouages d’un voyage initiatique, on a pris un taxi. Pick-Clops rue Veille-du-Temple, on mange des salades. Elle dit tu as l’air bien, et elle essuie ses lèvres. Élégance du geste, et un serveur s’approche.