La parole en excès

Aube blanche. Brise de nord, ne peut se réduire à un point. Lecture d’Erotik Résistance, une heure plus tard. Thé vert Sencha, qu’avons-nous au programme ? L’essence des luttes, le grand débat. Les manifestations (augmentation du pouvoir d’achat, rétablissement de l’impôt sur la fortune, instauration du Référendum d’Initiative Citoyenne), des défilés sous surveillance. Rapports du sujet à l’histoire, des drones dans le ciel parisien. Zones interdites, l’utopie du verbe. Aucune échappatoire, je vous remercie. D’être venus, sur ce plateau. Votre parti, sémantique et discours. Constructions syntaxiques, une même boucle d’images. Le maintien de l’ordre et le vocabulaire. La casse et la lettre. Dégradation de biens matériels, destructions d’établissements commerciaux, révolte et insurrection. Consensus idéologiques et formels, les tenir à distance. Des heurts éclatent et la violence s’invite. Autour des tables. Éléments de langage, couper le son. Le rien vu plein écran vide alors. Fasciné, je le suis un instant. Théâtre des opérations, j’écoute Secret Cinema (AFTRSUN festival, 2017). Un rayon de soleil, l’éclat fait miroiter les armes. Stratégies policières, mesures de fermeté. Mobilité, contact, muscler le mode opératoire. L’alignement des boucliers, la puissance des engins lanceurs d’eau. Marqueurs chimiques, techniques de répression. Note de bas de page : les sentinelles. Champ d’une sombre énergie et « sortir de la crise ». Mouvements de foules et « la rue est à nous ». Liste des renoncements, le château se dérobe. Affirmations péremptoires, le K. de Franz de Kafka. Roman inachevé, une quête haletante. Tout le tragique de l’expérience, l’échec est consommé. Autonomie de l’œuvre, intervention dans le réel. « Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie. » Manifeste poétique, je cite Arthur Rimbaud. Travail de transformation de la langue, comparution immédiate. Croyez-bien que ma conduite est irréprochable, affirme-t-il d’une voix épaisse. Silhouette athlétique, cheveux châtain-clair, yeux bleu pâle, fort accent des Ardennes. Procédure dite de traitement en temps réel, preuves réunies lors de l’enquête. Debout à la barre, Une Saison en enfer. Le livre agit, plaider coupable. Hé, salut Arthur, dis-je d’un air faussement détaché, afin de masquer ma nervosité. Bonjour, me dit-il sur un ton amical, à la sortie du tribunal. L’’éternité avec sursis, je serre sa vaste main. Sensations neuves, visions grandioses. Tentatives désespérées de parvenir à, je te laisse le soin de compléter. L’air respiré jadis, les défunts que nous sommes. Ensemble des humains vivant en société et sur un territoire déterminé, liés par des coutumes et des institutions. Communauté d’origine, homogénéité relative de civilisation. Quand t’es-tu le plus éclaté ? Années 1870 ou 1880 ? je demande à Rimbaud. Remémoration, le passé en attente (d’une mémoire, d’un récit). Le temps de faire un selfie, il monte dans un taxi. Fulgurances incroyables et blessures mutilantes. Nasser les cortèges, poursuivre les individus. L’État de droit, les classes dites populaires. Et silencieuses. J’arrive au café de la Mairie, j’envoie des SMS. Une femme est assise près de moi, pleine de tristesse. Matérialité du geste, j’écris au crayon noir. Mots sur la feuille, jetés en vrac : femme triste au verre de vin, arêtes vives du tableau. Houellebecq et sa parka parce qu’un homme lui ressemble au comptoir. Entasser les cadavres, les autopsies corps découpés ouverts. La pisse et la merde et je m’essuie la sueur. Une éjaculation sur des lèvres gercées, le récit de l’Exode, les perceptions premières, l’heure qu’il est, le temps qu’il fait, l’énonciation, le littéraire et le social, le moindre souffle, des carrières de marbre, des mains qui caressent des pages, des menottes aux poignets, un bouquet d’orchidées en plastique, des créatures étranges, des marchands d’organes, la rédemption, l’église voisine, des actions potentielles, des attaques de panique, l’ouverture d’une enquête. Des choses soudaines, des énoncés qui les font advenir.