Éclats de bitume

Le premier jour, en mon commencement. Vous savez, dit Marcel Proust à Céleste Albaret, il est arrivé une grande chose cette nuit, j’ai mis le mot fin, maintenant je peux mourir. Densité de la composition, signes juxtaposés. Toilette funèbre, marcher pieds nus dans des moquettes épaisses. Présence énigmatique du nom propre, objets matériels et sensibles. Lost in the city (titre d’une série de photographies), phobies et haute tension. Zones urbaines et périurbaines, pratiques vernaculaires. Murs décrépis et usage du néon. Tonalité des couleurs et précision formelle. Atmosphère industrielle et bruitiste, assis en pleine lumière. Silhouette figée par le cadre, les nerfs tendus le long de mes jambes. Commentaires sur la vie en général, je trempe du panettone dans un verre de Gin. Des cafards cyborg courent sur les murs, scannent la pièce, les images sont envoyées vers une surcouche logicielle du réseau. Liste de ce que j’ai écrit, créé et publié depuis l’année 1997, travaux en cours et à venir. Qui êtes-vous ? me demandent les inspecteurs de la police de l’identité, parce que je suis en garde à vue. Ni eux ni moi ne voyons rien. Je suis Renee Madison, la brune glaciale de Lost Highway. Je suis Alice Wakefield, la blonde explosive, l’incarnation des mythes réels. L’actrice porno, je suis furtive. Frémissement de mes lèvres rouges, ondulement de mes hanches. Je suis défoncée, je vais t’arracher la bite. Aucun besoin de tromper l’angoisse, ce matin j’ai sucé mon frère. Sperme épais sur ma langue, que j’ai creusée. Cette ville est une pourriture, je vais te cramer à l’essence. Boule à neige musicale scintillante Tour Eiffel que j’agite lentement, thème de La vie en rose. Constituer un espace infini, peuple grouillant de données. Esquive rotative, contrôler l’adversaire. Je porte une vague attention aux formes contemporaines de rébellion sociale, Vénus est plus chaude que Mercure. Je pense que ça peut devenir torride si tu me demandes d’enfoncer ma culotte dans ma chatte, j’écrase un cafard cyborg. Quel est ton nom ? me dit la psy, je me jette à ses pieds. QUEL EST TON NOM ? je lèche ses bottes. Formation hasardeuse d’une demeure, les inspirés ont un domaine. T’es vraiment un petit enculé et elle me donne des coups de talon. Silence artificiel, je me réveille couvert de sangsues. Visage d’où sort une voix, elle va où Moby Dick ? Je suis l’individualisation galopante, je suis l’escalade paroxystique du toujours plus, je me sens submergé mais par quoi ? Des périls imminents, je veux que tu me lacères la peau avec tes ongles. Le pire était à venir mais qui le savait ? déclare Leni Riefenstahl, la réalisatrice de Triumph Des Willens (le triomphe de la volonté), film de propagande nazie réalisé en 1935 et qui obtient la coupe Mussolini à la Mostra de Venise en 1938. Esthétisation de la politique, exaltation païenne des corps. À l’époque on croyait à quelque chose de beau, souligne Riefenstahl. Une histoire de la perception, de la manière dont elle opère (Benjamin). Si tu veux causer tu paies cash, dit Otomo à Iguchi, dialogue entre yakuzas. Film Jugatsu de Takeshi Kitano (1990), Caravage signe sa décollation de Saint Jean-Baptiste avec le sang du martyr (1608). Des territoires mêlés, la contingence des mythes. Le destin est une divinité aveugle, inexorable, écrit Kafka, issue de la nuit et du chaos. Le mot Allemand « sein » (être), signifie à la fois existence (Dasein) et le fait de lui appartenir. Démarche au bord du vide, à la limite de la rupture. Lutte intime contre la lâcheté, absorption du je dans un nous [les cavaliers]. Professeur Kodyba, votre dernier recours. Protection contre les mauvais sorts, retrouvez votre amour perdu. Efficace dans un bref délai, reçoit sur rendez-vous. Pisse-moi dans la bouche, résultat 100 % garanti. La porte du ciel va s’ouvrir à moi, un énorme vortex. Il faut exterminer toute pensée rationnelle, dit l’exterminateur et Dieu chasse l’homme. Descente de coke, il poste les chérubins à l’Orient du jardin avec la flamme de l’épée foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de la vie, je tourne autour. Tes mains mon Dieu, dans le secret de ta providence, ne quittent pas mon âme, je cite Saint Augustin. Des mecs qui vivent dans leur bagnole, je dégage une odeur de charogne. Seul sur scène, plateau immense et vide. Où s’enfuir si la Terre est une sphère ? écrit Arno Schmidt dans Léviathan, et c’est une bonne question. Écho lointain d’une vague d’émeutes, la lente monté d’un uniforme. Plongée dans le brasier solaire, les esprits se dessèchent. La résurgence de l’appétit pour le risque constatée dans la précédente analyse est balayée par une série de profit warning sur les secteurs traditionnels. Événement par lequel le récit s’achève, conceptuel et référentiel. Je me suis garé sur le parking du Leclerc de Vitry-sur-Seine, j’ai vu la nuit tomber.