Détails fastidieux du décor

L’éclat d’un rayon de soleil frappe le pare-brise d’une voiture garée à cinquante mètres du Pavillon, ce que je vois. C’était hier, je le fixe un instant. Nappe lumineuse, éblouissement. Don’t ask me, dit une voix, ask yourself, parce que j’écoute Richie Hawtin. Drone menaçant, je n’ai cessé de peindre. Trois toiles carrées (40 x 40 cm), la trame reste visible. Couleurs acidulées – roses, verts, jaunes, rouges –, déposées enlevées. Les premières couches, répétition du processus. Déposer, enlever. Jet d’eau puissant, restent les traces. Vestiges du temps présent, une grotte humide. Écriture du Journal, conception du voyage. Construction du récit, repères de localisation. Présent passé, variations temporelles. Dynamique de la subjectivation, se connaître dans l’œuvre. I can’t help you, disait la voix. Help yourself. J’avais une main posée sur les fesses de Camille, j’ai repris un passage de Voilà. Lu « Les écrits de John Cage », texte d’Annie Montaut publié dans la Revue d’Esthétique (1987-88), regardé une connerie en streaming, dormi levé lavé. Ciel blanc, mis mon jogging Adidas bleu vintage et passé un t-shirt, j’écoute le concerto n° 2 de Rachmaninov. Évolution de la masse nuageuse, ne sonner mot. Là où ils manquent (Clément Rosset), manque aussi la pensée. Je me sens dispersé, toute chair ne fait pas corps. Situation d’énonciation, un arrêt sur image. Les branches nues des arbres dans l’axe de la fenêtre devant laquelle j’écris (je t’épargne le se découpent mais en fait non), une éclaircie, un contre-jour. Classement méthodique de mes papiers administratifs, sauvegarde des codes d’accès aux différents services. Combien j’ai sur mon compte bancaire ? Mais c’est une question de pauvre, ça ! Je cite Karl Lagerfeld, qui vient de disparaître. Le défunt Kaiser avait inauguré les illuminations de Noël 2018 sur les Champs-Élysées, avenue de tous les symboles. Pouvoir, luxe, commémorations, célébrations, espace à conquérir pour qui veut protester. Point de ralliement, résistance à la perception des taxes. L’imminence d’un danger, les ennemis du peuple. Refus d’un nouvel impôt, la croissance comme destin. Nous sommes le peuple, envisager une signification. Catégorie des exclus versus entité unique irréductible aux différences et hiérarchies sociales, ensembles hétérogènes. Foule générique, degré d’autonomie du mouvement, sentiment de puissance. Ce nous dit que la rue est à eux. Mais à qui ? À ceux dont la clameur s’élève. A-t-on jamais parlé de « rêve français » ? Théories du complot, conspirationnisme, ère du soupçon, indécence et apologies, luttes légitimes, vouloir que cesse. La ruine du genre humain, morne et maussade. « Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances », c’est signé Marcel Proust. Sirène deux tons d’un véhicule prioritaire, la politique du rythme. Derrière les apparences, ce que marque la suite. Caractère obsessionnel du raisonnement paranoïaque, quelques actualités. Rassemblement contre l’antisémitisme place de la République (19h), contre-manifestation organisée par le Nouveau Parti Anticapitaliste à Ménilmontant, guerres idéologiques. Combat d’Héraclès et de l’Hydre en Argolide, dans le marais de Lerne, fragment de jarre italiote à figures rouges. Feulements d’un chat, l’objet du jour. Le fabriquant de bagages Rimowa dévoile un modèle de valise conçu par Alex Israel, neutre local. Coucher de soleil californien, dégradé de couleurs. Frieze Art Fair à Los Angeles, une interview. Être sexy ne fait pas de moi une femme objet, dit-elle en explosant les codes. Icône du girl power, esprit rebelle. Cette dernière phrase, tout avait commencé. Du fait de l’existence, les puissances génitales. Observations anatomiques, douze vierges furent fécondées. Actes d’état civil, concurrents affamés. Psychopathes affairés, ne pas bousiller son maquillage. Détachement à l’épreuve de tout, un couteau à la main. Théorie de l’univers scénique, lettre d’Alexandre Calder à Pablo Picasso. Invitation au vernissage d’une exposition de mobiles à la galerie Maeght, datée du 6 mai 1952 : J’espère que vous me ferez le plaisir de venir demain.