Une fois encore

Plénitude du silence, la pluie battait les vitres. Dépression Isaias positionnée sur le proche Atlantique, animation satellite. Radar des précipitations, les représentations d’une dynamique. Rafales de vent qui se déplacent vers l’Est, 86 km/h au parc Montsouris. Le prénom choisi par Météo France pour nommer la tempête signifie, en hébreu, Dieu est mon salut. Permanent devenir, cylindre de lumière qui monte au Paradis. Voir la femme à tête fendue emprunter l’ascenseur, une magnifique élévation. Sentiment religieux, guider longtemps les âmes. Évolution des formes et des phénomènes sans terme définitif, j’accède à un vertige. Projet de réalisation de monotypes constitués de fragments du Journal, spatialiser la parole de soi. Lecture-répétition d’Erotik Résistance rue des Petites-Écuries, musique Laurent Friquet. Nappes électroniques, guitare et piano. Pas de montée en puissance du volume sonore jusqu’à l’acmé finale, comme je l’avais imaginé, mais un juste équilibre entre le rythme induit par le texte et les interventions de Laurent, sons préenregistrés et improvisations. Économie d’effets, courts motifs, cordes pincées, frottées, notes claires du piano, battements sourds et grésillements aléatoires, je m’applique à dire chaque phrase avec une même intensité, et dans une même tension. Unité esthétique, enchaînement de connections jusqu’à ces derniers mots : c’est étrange d’habiter la terre (conclusion de l’article posté le 11 janvier). Propriétés fondamentales du matériau collecté depuis le 20 octobre 2018, écriture au présent. En arrière plan, le souffle de l’histoire. Journées riches en rebondissements et en découvertes, la visite des galeries. « Terre protégée » (Gina Pane chez Kamel Mennour), temps et espace (Jonathan Binet chez Balice Hertling), « Est-il possible de prendre des photos du passé ? » (Boris Mikhaïlov chez Suzanne Tarasiève). « Les vestiges du jour » (Saâdane Afif, Rossella Biscotti, Théo Mercier, Enzo Mianes, Oscar Muñoz et Rosângela Rennó chez mor charpentier), discipline stricte à laquelle le corps de la femme Noire est soumise (Ja’Tovia Gary chez Frank Elbaz), « All Colors of the Night » (Gabriele De Santis chez Valentin), quel est le destin du tableau ? (Dezeuze chez Templon). Présences fantomatiques, ni exposer ni exprimer. C’est ce que me dit un type qui sort de chez Chantal Crousel au moment où j’arrive et il se marre, monte sur son vélo, s’essuie le nez avec un Kleenex avant de s’élancer à travers la cour. Il se fait renverser rue Charlot devant l’entrée du 10, la bagnole roule sur son crâne, de la cervelle macule le sol. Rien de métaphorique dans cette violence, très vite j’oublie ce qu’il m’a dit. Ensemble de sculptures de David Douard, le show s’intitule « O’da’oldborin’gold ». Plâtre, aluminium, bois, métal, cuir et tissus. Tapis, cloisons, grillage, peintures murales aux couleurs vives, objets du quotidien, détails des compositions. Chaos, déviance, maladie, frustration, mutations, environnement contaminé. Actes d’évaluation, une fille aux lèvres humides couvertes de rouge à lèvre m’adresse un sourire. Manifestations de la vie sociale, des visages indistincts. Visions cauchemardesques apaisées par le verbe, métamorphoses minimalistes, actes d’anéantissement et de transformation. Sélectionner, intensifier, hiérarchiser. Ciel de traîne, quelques belles éclaircies et retour de la pluie. Ouvrir la porte de la chambre, le lieu qui vous est assigné. Choses indispensables pour les besoins vitaux, mes sens accordés à la peur. Yeux vides derrière mes verres teintés, chuchoter dans la nuit. Je n’ai jamais envisagé de mourir un dimanche, j’ai dormi comme une merde. Quand je sors de la salle de bains, serviette Ralph Lauren nouée autour de la  taille, je reçois un SMS de SFR. Je n’ai toujours pas renoué avec l’habituelle intensité de mes runs, les heures qui viennent s’annoncent fébriles. Fugace pensée de suicide à la colle, j’opte pour du porno.