Saisir son Dieu

Lecture, à voix haute, d’Erotik Résistance, une première session en studio programmée vendredi. J’ai fait de nouvelles coupes, j’ai repris certains passages, je suis allé courir. Avalé quatre cents grammes de pâtes et me suis fait vomir. Bu un litre de thé Sencha, mangé du citron vert. Des cumulus se forment dans l’après-midi, risque d’averses en fin de journée. Totalité des temps mythologiques, la race des aèdes s’est éteinte. Entretenir ses capacités physiques, techniques et tactiques en vue d’un déploiement en opération, gilet pare-balles et pare-éclats. Tenue de camouflage, mission d’infiltration. Présence tangible de l’auteur à l’arrière d’un taxi, le lecteur fait mouvement avec lui. Rétrospective Vasarely au Centre Pompidou, commissariat Michel Gauthier et Arnauld Pierre. « Le partage des formes », parcours chronologique et thématique. Notes brutes rédigées par l’artiste sur des morceaux de papier, « doter la plasticité de son abécédaire spécifique ». Beaucoup de monde à l’avant-première, Ségolène Royale en pull violet grosses mailles et épaulettes façon feuilles de salade, les ongles peints en rose, le smartphone dans une main. Air chargé de pluie fine en sortant, et retour dans la chambre. Je revois la fin de Sorgoï Prakov, le film de Rafaël Cherkaski. Le journaliste venu de l’Est pour faire la visite des capitales européennes est à Paris, il vient de se faire dépouiller. Bascule peu à peu dans le délire meurtrier, l’effondrement mental. Troubles nerveux et psychiques, néantisation de ce qui fonde les valeurs de la société contemporaine. Destruction de la cellule familiale dans les derniers tableaux, scènes apocalyptiques, psychopathie déviante et barbare. Sorgoï se nourrit, sous les yeux d’une femme dévastée, des restes de son fils immolé par le feu. L’impression dominante est celle d’un chaos grandissant, nous n’étions que des ombres. Rapport documentaire sur les heures qui précèdent l’écriture de cet article, ponctué de faits précis. Doug Aitken installe sa maison Mirage au sommet d’une montagne, une incroyable odeur de sexe remplit la pièce parce que Tracey Emin vient d’ouvrir les jambes. Le footballeur Neymar da Silva Santos Júnior fête son anniversaire au pavillon Gabriel, DJ David Guetta. Un satellite chinois réalise une photo de la face cachée de la surface lunaire, la Terre en arrière-plan. J’écoute un live de Doubting Thomas, et je ferme les yeux. Le néant de l’esprit est préférable à toutes les idées fragiles qui pourraient apparaître, une danse de tous les sens. « Tout cela n’a pas d’importance et ne signifie rien, suis-je tenté de penser », je cite Antonin Artaud. Labyrinthe souterrain, huit cents mètres de promenade dans l’ossuaire. L’empire de la mort, les restes de millions de personnes. Crânes empilés, ceux que l’on ne peut plus nommer. L’aspect compact de l’ensemble et la forme chrétienne. La Sainte face de Jésus, le voile de Véronique. Les traits du Sauveur imprimés sur l’étoffe, un portrait absolu. L’image acheiropoïète (personne ne me fera prononcer ce mot lors d’une lecture publique) fut appelée vera iconica. Œuvre de Philippe de Champaigne (vers 1650), rigueur de la composition. Effet de collision, une pure analogie. Le visage de David Bowie, photographié par Vernon Dewhurst, placé au centre de la pochette de Space Oddity conçue par Victor Vasarely. Cercles bleus sur fond vert, effet de dégradé. Principe d’autorité, vinyle qu’on pose sur une platine. Totalité au sein d’une finitude, traversée des années 1970. Quatre décennies plus tard, une guérilla mondialisée. Marché boursiers, stress des boulots débiles et des contrats précaires, mouvements de populations, bombardiers stratégiques, univers mortifère et sacrifices ultimes. Retranché dans un studio du XXe arrondissement, « Le Seigneur de la guerre est dans l’expectative ». C’est le titre d’un chapitre de Paris-Plage. Un homme, sensible au discours de Génération Identitaire, repousse sans cesse la date de l’attentat qu’il veut commettre, hésite entre une dizaine de scénarios, de cibles potentielles. Gavé d’antidépresseurs, le chômeur de quarante-quatre ans regarde des séries sur Netlix en nettoyant ses armes. Rejeter l’anarchique laisser-aller et le désordre, il ne quittera jamais son appartement. Je vous invoque d’une voix sinistre, dira-t-il en passant le canon de son Glock 17 sur sa joue noircie par une barbe de trois jours, debout devant le miroir de sa salle de bain, d’une voix qui appelle les crimes. À quels démons s’adressait-il ? État d’engourdissement, le moindre bruit le secoue et l’effraie. Peuples sanglants, communautés tragiques, conversation imaginaire : Julien, tu as essayé de te foutre en l’air deux fois, mais tu n’y es pas arrivé. Est-ce que tu es certain que c’est ce que tu cherches ? As-tu réellement l’intention de rafaler une mosquée salafiste ? Actes de désespoir et d’autodestruction, les esclaves ne veulent pas mourir. Arguments théoriques, défense de l’occident. Changement de perspective, détachement et sérénité. L’éclat des immortels, le plan le point la ligne.