570 mots pour lecteurs francophones

Neige. Vapeur d’eau atmosphérique congelée sous forme de cristaux blancs qui s’agglomèrent en flocons, et séquence Philip Glass. Wichita Vortex Sutra, rythme de la musique adapté à la diction d’Allen Ginsberg. Fenêtre ouverte, parce que j’ai chaud. Nul sommeil, nul repos. Le dos toujours cassé, j’enchaîne avec The Ultimate. Ce matin, j’ai finalisé le concept d’une série d’œuvres intitulé « Hard Light Painting », le théâtre en échec. Premières réalisations en février, je fais parler le geste. Lambeaux arrachés à un tout, l’évidence d’un danger. Récurrence du motif, du support et de la couleur. Parti prix de la fulgurance (n’importe quelle page d’Olivier Cadiot) et de la destruction (vestiges, ruines et fossiles), chaque phrase est un caillou que tu ramasses. Une dose de Crack, sans la descente. Chaque fragment est un flash autour duquel tu peux tourner. Enchantement contre désenchantement (Michel Houellebecq), robinsonade contre géolocalisation et balade en Kangoo. Je l’ai déjà dit, je ne suis pas ici. « Perruque Louis XVI pour aller faire ses courses » versus « je ne nourrissais aucune ambition particulière par rapport à ma bite ». Vrille du système, « ce livre (Futur, ancien, fugitif) contient la liste complète de ce qu’il faut faire en cas d’exil ». Et c’est exactement ce dont j’ai besoin. Respirer (pays sous Prozac et shooté à la haine, National Masochisme, minables polémiques – suicidez-vous mais en silence). Hommes de tous les jours, précisons l’essentiel : lentilles corail curcuma et gingembre, riz basmati, thé vert et il est quatorze heures. Loi supérieure, satisfaire les besoins vitaux. Corps enchantés, force commune qui impose le respect. À suivre, quelques informations. Offre médias, le bouquet satellite. Indispensable pour qui ambitionne d’entretenir une saine curiosité à l’égard du monde, le gazon est cramé. Du persil dans le vagin pour calmer les règles, sa vie quotidienne sous la menace des islamistes, les tendances mode printemps été, un braquage sur les Champs-Élysées. Modèles stéréotypés, répétitifs et envahissants, enquête en sorcellerie : Quelqu’un vous veut-il du mal ? Professionnels de la méchanceté surnaturelle, le désenvoûteur s’appelle Jean-Luc Godard. La parole qui défait, brise le flux du prompteur et de l’historiographie (surimpressions et disjonctions), ça flambe comme un bûcher. Tensions irrésolues, artifices du démon, fables insensées. Mais aussi : extrêmes possibilités de l’indifférence, silence buté, alinéa. Le point aveugle, enchaînements à rebours. Surgissent des tours qui sont des bétonneuses parce que je suis sur le périphérique, visibles à l’horizon. À moins qu’il ne s’agisse d’algues géantes, noires, fixées à leur substrat, dont les mouvements – de légères oscillations – seraient imperceptibles. Le charme de l’incertitude, une alerte réseau, un truc pour la « Nuit Blanche ». Restriction de circulation pour les poids lourds, une narration désorientée. Dérèglements sophistiqués des sens, scène d’interpellation. Sujet palpé, menotté, emmené, gardé à vue. Confession et aveu, il faudrait, le faut-il ? « Néant des intentions » et je cite Pierre Bonnard. Processus de fabrication de données classifiées, organisation de cérémonies hors normes, l’accès exige. Consommation de champignons hallucinogènes dans les ruines du Colisée à Rome par des patients internés en hôpital psychiatrique et ils sont une centaine dans l’arène, pathologies les plus lourdes, cinq mille euros pour prendre place dans les gradins. Spectateurs triés sur le volet, niveau d’habilitation maximal, retransmission en live sur Internet, accès privé. Les truffes magiques plus les tarés plus les médocs, t’imagines le cocktail. Aliénation désinhibée, battre mon cœur. L’échappé de la mort, le souffle m’a manqué. Toujours à la limite, parfaite lucidité. Instant et vanité, le moine en tentation. De retour dans la chambre, l’obscurité qui tombe. Je te baise les nerfs tendus, demain les langues qui tournent.