Jusqu’à preuve du contraire

Ciel voilé, choix de vocabulaire. Puissance métaphysique du Big Mac, c’est une putain de révélation. Clés d’interprétation, questions qui demeurent dans le récit, les traces au sol du labyrinthe. Plein d’essence sur l’autoroute A6, odeur des chiottes et ça renvoie aux toilettes de Brooklyn dont parle Céline dans Le Voyage. « Piscine infecte, remplie seulement d’un jour filtré, mourant, qui venait finir là sur les hommes déboutonnés au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires avec des bruits barbares. » Procédures d’empreintes, Non-Sites de Robert Smithson. Urbanisation massive, dislocation, décentrement. Aspects discursifs et documentaires, résultat des études balistiques. Scènes de guerre, salles d’attente, grands incendies, tension extrême, manifestants éborgnés, amputés par des tirs de LBD40, j’ai peu dormi la nuit dernière. Éléments de stupeur, vernissage dans le Marais, processus cathartique permettant à l’artiste d’extérioriser ses douleurs enfouies, récit de la catastrophe de Fukushima par un sourd-muet en langue des signes dont la maison fut engloutie et sans sous-titres, rappel des règles de confidentialité de Google, des trentenaires scannaient des produits alimentaires et cosmétiques dans les supermarchés. Méthode de notation, analyse des ingrédients, niveau de risque, n’oublie jamais. La ceinture de dynamite sur la tête de Jean-Paul Belmondo, un couple en fuite, l’ennui d’une civilisation. Puma s’associe à Barbie et dévoile deux poupées qui célèbrent l’héritage des 90’s, j’étais dans la voiture et j’écoutais Jeff Mills. Tout gouvernement est une volonté d’ordre, les meilleurs gadgets à la gloire des lamas. Ambiance gothico-sportswear au show Sankuanz présenté chez Sotheby’s, mannequins gantés de griffes acérées, quelqu’un peut-il me dire où acheter des boots qui ne coûtent pas une blinde et avec des talons de 4 cm ? Je n’avais pas encore lu « le dernier Houellebecq », et je tentais de me détendre du stress causé par le retard de planning. Une journaliste de BFM TV enfermait un mec dans une pièce de son appartement du Boulevard Saint-Martin, faisait de lui son esclave sexuel, des peintures réalisées par un artiste mort prenaient vie et tuaient leurs propriétaires (Velvet Buzzsaw par Dan Gilroy), un créateur italien dessinait des vêtements et accessoires sacrés. Office des célébrations liturgiques du souverain pontife au Vatican, rendre gloire à Dieu. Encens surdosé en poivre noir, Peter Hook vend ses souvenirs liés à Joy Division. Une tête penchée à la fenêtre, une main qui soulève un rideau, des phares dans la nuit, un voile qui tombe sur un visage. Découper des homards, plonger les morceaux dans l’huile chaude. Un homme mort dans la cabine d’un centre de bronzage de la rue du Temple, c’est à ça que ressemble un cadavre. Sa vie avait été une lutte constante entre la mélancolie et l’obésité, j’ai renversé du Gin sur mon clavier. Haines qui ne désarment pas, mises en accusation publiques, impératif de la fiction, une histoire fantastique. Figé dans l’air glacé, Nietzsche regardait, songeur, le godet d’une pelleteuse à démolition abattre les murs d’un immeuble détruit une première fois dans mon article du 7 novembre. Un porteur de fonds apparut avec de l’argent, donna des conseils pour des missions de sabotage. On pouvait lire, dans l’entrepôt où étaient réunies une dizaine de personnes, une inscription en lettres capitales : BFM EST LA GRANDE PROSTITUÉE DE L’APOCALYPSE. Des balles tirées à bout portant, des perspectives contradictoires. Images désordonnées de camps de concentration, grain photo-cinématographique et pixel numérique, analogie du monde, le présent et la parole. Je portais des sneakers fabriquées en Chine (salaires proches du minimum vital, bilan carbone et tout le bordel), j’aimais regarder les peintures d’Ida Tursic & Wilfried Mille, des pneus brûlaient sur les rond-points. Disponibilité à l’égard de ce que je veux trouver, voies d’accès, inachevé en cours, expériences fécondes, sculptures sonores, toutes les mythologies. « Juste moi, la caméra et une bobine de film », je cite Jonas Mekas. Voyez cette femme, une bouteille dans une main, un verre dans l’autre, dans sa villa sur les hauteurs de Nice, qui danse sur une chanson de Pascal Obispo. Bibelots alignés sur un meuble, bouquet de fleurs, photographies des enfants. C’est alors qu’elle se met à courir, se jette contre la baie vitrée qui donne sur la piscine, passe au travers et se mutile. Vecteur d’accès au réel, dirait le critique d’art. Titre de punk hardcore, imaginons la nuit tomber.