Aussitôt, quoique peu à peu

Ouverture à l’Iris. Cadavre d’une bouteille de Gin, une masse d’air froid plonge vers l’Europe Centrale. Mode d’apparition du corps de l’auteur, enfance ponctuée d’exils. Épreuves, initiations, processus de socialisation, vertu des sacrements, reproduire les modèles. Le tranchant d’une lame, depuis Shakespeare. Des  personnages mythiques, la visite du musée, garder sur soi l’odeur de l’autre. Renvois intertextuels, subversion de la chronologie, aucun schéma explicatif. Zones d’indécidabilité – le vrai le faux, la fiction le réel, équilibre et vertige, saisissable et insaisissable –, panoramique horizontal. Il est près d’elle, on entend le fracas des bombes et il va dire quelque chose. Qui sont-ils ? Le pouvoir d’interrompre, ce que je fis en 2005. Invité à donner une conférence sur un thème de mon choix, au Centre d’art Les Abattoirs à Toulouse, je fis projeter le film Superman (Richard Donner, 1978) sur le grand écran de l’auditorium. À la 45ème minute, et alors que les spectateurs n’attendaient plus la conférence, la projection fut interrompue. Je montai sur scène, pris le micro posé au sol, dis C’EST FINI et sortis de la salle. Césure, l’écran redevint visible. Puissance de l’arrêt, tout acte de création. La survenue d’un événement, la rupture opérée par le blanc. Grain de sable dans le récit programmé, le sens de la révolte. Fureur populaire, l’actualité en continu. Inductions hypnotiques, « aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé ». Violence et casse sociale, manipulation par l’image, théâtre politique. Dans une même dynamique : l’information mainstream, massivement partagée sur les réseaux sociaux, est dupliquée par ses consommateurs même, servitude volontaire (extrait de Pourquoi Tom Cruise, 2015). Ressassement ininterrompu, toute interprétation. Précarité des conditions de vie, cybermobilisation, ordre et désordre, dîners du Siècle. La dictature du commentaire, une dimension du pathétique. Pratiques liberticides, théories et communautés, replis identitaires, rhétorique des discours, illusions philosophiques, hyperreligiosité, Anytime Feedback Tool utilisé chez Amazon (noter le travail d’un collègue), firme dont le slogan est Work hard, have fun, make history. Brûlants appels au soulèvement et aristocratie de l’art. Les têtes de mort de Murakami sur les murs de la galerie Perrotin, les costumes sombres des porteurs de cercueils, bordés d’abîme. Le cadavre d’un chien, j’aime le sang depuis que j’ai goûté au tien. Des flots de paroles hallucinées, une éclatante lucidité, chaque jour tu resserres tes propres liens. Le gouffre je veux bien mais sans la note tragique, faut que tu arrêtes avec ta quête mystique. L’absurdité acquise comme une évidence, y’a Dieu là-haut qui pointe la terre : pénitence pénitence pénitence. Pratiques de mortification, nuages de gaz lacrymogène. Asservissement et délivrance, jeux formels, déjouer les identités imposées, un chant s’élève. Le texte que j’envisage de lire sur scène, constitué de fragments du Journal, s’intitule Erotik Resistance (j’en ai parlé une première fois le 19 décembre 2018). Une seule et haletante coulée sur fond de nappes sonores, de guitare électrique (60 minutes). Une performance emballée dans du papier kraft, comme le Trafic de Serge Daney. Notes brutes coupées des masses. Célébration de la vie, de la mort, la remontée d’Orphée mais aussi son échec. Je suis le silence qui sort de tes lèvres, je suis la nuit qui coule dans tes veines, je suis le fantasme je suis la faim, voici le temps des assassins. Le Monde comme tentation et comme menace, des boules de lumière envoyées dans l’espace. À Paris aussi, le ciel est immense.