L’espace contre la mémoire

En route vers une destination inconnue, en compagnie d’un homme couvert d’abcès. Les portières verrouillées, une odeur de cadavre. Il se jette sur moi, frotte son visage contre le mien. Une fistule, grosse comme une balle de tennis, explose. Dynamique diégétique, il lèche le liquide jaunâtre qui coule sur ma joue, dans mon cou. Puissance organique du monstre, la menace du chaos. Où allons-nous ? Pourquoi le chauffeur refuse-t-il de s’arrêter ? Le Porsche Cayenne s’engage sur le périphérique, on admettra. Combinaisons et agencements, la fabrique des images. Ce qui se joue dans l’habitacle, on peut faire l’hypothèse. Exécration de soi, le diariste et son double. Potentiel performatif, la créature s’est endormie. Le chauffeur sans visage respecte scrupuleusement les limitations de vitesse, s’engage sur l’autoroute A6. Approche hyperbolique du monde, éléments dispersés. Opérations aléatoires, sont rassemblés ici : ruines significatives, volonté de puissance, principe d’unité, appartements témoins, panneaux de signalisation, pratiques de masse, existences successives, moments d’irrésolution, spaghettis et truffe noire, chiures de gomme, expériences intuitives, énoncés positifs, ruptures et conflits, tâches quotidiennes, données météorologiques, bulletins de santé, messages codés, sources lumineuses, hamacs dans le désert, perceptions sensibles, poétique du passage, soir et matin, soumis à un destin fatal, d’où va jaillir. Ordre possible, attiré par le vide. Reconfiguration du réel, toute porte à croire. Intervalles, pulsations, origines, sons, scènes, suites, ça devient, c’est. D’une façon ou d’une autre, la conduite de la vie. Les forces qui s’affrontent, un voyage de l’esprit. Dépourvu d’ambition programmatique ou théorique, le Journal est une ligne de montage. Laisser une empreinte est une façon de s’en aller, je cite Claudio Parmiggiani. Géographie artistique, la voiture fait une embardée. Considérations sur le paysage, quelque chose que j’aimerais déchirer. Corps critique, le monstre est réveillé. Célébrations fastueuses, me souille de ses liquides.