Fureurs prophétiques

Nouvelle menace, L’Enfer sur terre. C’est le titre du journal Libération daté du 24 février 2018, que je retrouve dans une pile de magazines à jeter — container jaune. À la Une, l’image d’une femme évanouie, exhumée de son cercueil de béton par quatre sauveteurs, dans la ville de Douma bombardée (Bassam Khabieh, Reuters). Tu n’es qu’une âme chétive qui soulève un cadavre (Épictète), tout peut donc commencer. Cette nuit, le faisceau de la lampe-torche de mon smartphone braqué sur une serrure. Je suis entré dans le gymnase, me suis assis dans les tribunes. Marques au sol à peine visibles, bruits indéterminés, claquements et vibrations. Quelques ombres mouvantes, une porte qui grince, un robinet qui goutte. Imaginé des danseurs, pieds nus sur le parquet, chorégraphie Lucinda Childs. Vu, à travers la peau du majeur de ma main gauche devenue translucide, des vers blancs courir sur l’articulation de la première phalange, parcourir le tendon sectionné en décembre, recousu à l’hôpital européen Georges-Pompidou. Agiles et agités. Masse grouillante, volonté de puissance. Tout devenir, chaque jour est une chance (française des jeux). Seules les jeunes femelles frelon fécondées avant les premiers froids, et qui survivent à l’hiver, développent au printemps de nouvelles colonies. Effluves d’atmosphère, l’éternel maintenant. Je sens venir le sommeil, après avoir. Retraçons brièvement le contexte sociohistorique qui accompagne mon réveil, ouvrons l’emploi du temps — douche, passage chez l’opticien, achat de T-shirts chez H&M, le héros emprunte l’escalator —, le tiret est un trait horizontal fondu sur cadratin. Jour gris rythmé par un set de Jeff Mills, lecture du scénario de La Révolte du boucher, le dernier film imaginé par Antonin Artaud — « c’est l’œil qui finalement ramasse et souligne le résidus de tous les mouvements » —, jamais tourné. Regard de l’astronome sur l’éclipse, accéder à la poésie. La caravane de migrants honduriens dont j’aimerais que Théo Angelopoulos capte la lente progression, qui a parcouru huit-cents kilomètres depuis le treize octobre, poursuit sa marche à travers le Mexique. Je mange trois-cents grammes de bœuf grillé, une salade verte. Je bois un litre de thé vert, mais qu’avez-vous ? Tétanie musculaire ? Asthénie ? Douleurs abdominales ? Troubles digestifs ? Réthorique interrogative, il va falloir. Visite de « When I’m Bored I Play Grids », l’exposition rassemble. Rejouer l’hostilité envers le récit, toute création sera décentrée sur. Concepts opératoires, des instants fulgurants. Retour dans le Pavillon, l’air était frais. Passage d’une rame de RER, rebonds d’un ballon de basket dans le jardin de la maison voisine. Twist de citron dans mon verre de Gin, j’ai glissé l’imparfait. La trace d’ADN retrouvée sur le short d’Alexia est du sperme, tout vrai langage est un corps (Valère Novarina). Suprême protéine, toutes les ressources. Le personnage du plombier dans Voilà, pour les ajustements et les raccordements. Sa nature de fantôme. Le chien autophage, la femme à tête fendue, le jeune archéologue qui gratte le sol à la truelle, les images manifestes et le morceau du boucher. Les prédictions d’une voyante pragoise consultée lors d’un séjour dans la capitale de la République Tchèque, écrites au crayon noir sur les feuilles arrachées d’un carnet, conservées dans une enveloppe brune, jamais traduites. Des marches creusées par l’usure, la visite du musée. Saturne dévorant un de ses fils, tableau peint par Pieter Paul Rubens en 1636, relation transitive. La même divinité romaine représentée par Francisco de Goya avec le sexe en érection (1819-1823). Faire périr sa postérité (nouveaux-nés mâles), promesse faite à Titan. Les lignes qui suivent, toute chose existe. Fibres nerveuses, une alerte à la bombe. Arrivée sur terre d’un dieu malfaisant, il fait entendre une dissonance. Pluie de billes en métal qui tombent dans le bac de la console d’un joueur de Pacinko au Japon, résonnent jusque dans la chambre. Assez parlé de la mort, jackpot et bonus. Les murs tremblants se couvrent de néons, d’ampoules clignotantes multicolores. Espace saturé de lumière et de son, vacarme assourdissant, étant donné.