La cause de soi

Le Journal c’est l’autre scène. Quelques mots impromptus, il y a donc un récit. Surface conventionnelle, dès que je forme une phrase. Effervescence interne, je vais naissant. Identité jamais acquise, qui parle ici ? L’insignifiant, ce qui advient. Procéder par rupture, certainement une action. Stéréotypes verbaux, je veux faire l’hypothèse. Ulysse devient Homère, avec Maurice Blanchot. L’air épaissi, en ce point commencer. L’immédiat quelque part, laisse-moi mettre du son. Full performance, please welcome Black Midi. Exigences processives, comme essentielles à la pensée. Techniques de composition, de quelle histoire s’agit-il ? Dispositif de visée électronique monté sur rail, canon d’un LBD. Dissertations psychologiques et pointé sur ta gueule. Présence anticipée, les desseins ordinaires. L’appel des mêmes images, le cercle de l’immensité. Ardeur et violence, la vie et rien d’autre. Des âmes cramées, pas de rêve français. Le guichet d’une banque, les corps présents. Au RSA. L’ennui et le dégoût, ça bouge et ça crie. Combat contre les circonstances, hideux social, cérémonies secrètes, stratégies de pouvoir, forces barbares, jungle au carré. Hermès. Aller au noir, et blanc urbain. Liberté innovante et clandestinité. Je m’endors chez Castel, pas un vide qui ne soit. Mémoires Gonzo, comas profonds. Suicides au Pentobarbital, authentique bienveillance. Des chiens qui zonent, une double anale. Figures de haine, c’est cinq-cents balles. L’ère des foules, films de boule. La stratosphère, une fosse à pisse. Ta mère qui pleure sur la banquise. L’odeur de ses entrailles, et l’homme autoritaire. L’agent de la globalisation, qui fait la critique du système. Il dit regarder les choses sans hiérarchie et le sens est mobile. Il dit j’aime bien. Il dit l’état du monde, et il se branle dans le désert. Il dit sa relation au cadre, il dit l’horreur. De la défaite publique et des moteurs de recherche. Il dit précarité, des objets un peu trash, réinvestir une chute. Et il dit mon travail. Au cœur de sa pratique, désarroi stupéfiant. Les galeries d’art, fouiller la nuit. Contemporain. Irving Penn chez Ropac, mégots Camel et Chesterfield. Des natures mortes, des fleurs fanées. Des chants énigmatiques, des valises à roulettes. Temps autrefois vécus, quelques chinois dealers de sacs. Vuitton. File-moi ce putain de fric, je m’appelle Valentin. Carron. Répliques dégradées de l’abstraction internationale, bronzes triomphants. Fibre synthétique, toute communication. Nappes de clarté, le chemin pour t’atteindre. Étincelle de lumière, Camille soudain se dresse. Sa bouche s’ouvre sur ses dents et son regard se fige. Blanches. Centre de gravité, dire à nouveau. Une heureuse certitude, la première fois qu’on baise. Main sur sa gorge, désir avide. Elle dit j’aime étouffer. C’est le matin, et on n’a pas dormi. Elle dit j’ai peur de me perdre et tout va bien. On boit du champagne et elle me touche la bite. Et elle me suce les couilles. Et elle dit merde y’a plus de champagne. Je vais jusqu’au frigo, après un long silence. Vodka dans le congélateur, on dort toute la journée. Après on baise. Ce n’est que plus tard, au restaurant, qu’elle me dit mais tu fais quoi, exactement ? Ses yeux brillent et j’ai mal à la tête. Brève déchirure, et elle me parle. De la Ferté-Saint-Cyr, de ses parents. De son enfance, vite et bien. Elle dit voilà. Elle dit je veux du cash, et ça devient cool. Aller à l’essentiel, c’était il y a trois ans. Vagues d’énergie, je dis t’es belle. Maintenant elle est sur le canapé et elle se lève. Elle dit faut que je mange un truc. Elle dit je vais faire des courses. Elle met son blouson, la chair nue de son ventre. Elle dit tu veux quelque chose ? et je suis censé répondre. Je reçois un SMS qui me dit SFR vous informe que votre facture est disponible sur le site sfr, je prends une douche. Je regarde le plan séquence du film de Bi Gan Long Day’s Journey into Night, bruit de clé dans la serrure. Et midi arrivait. Hypnose cinématographique, parfum de mystère sur l’écran. Crime, amour brisé, quête de la femme aimée. Nuit chaude et humide, et la voix de Camille. Elle dit j’ai faim ! Elle dit la burrata crémeuse, les seins qui pointent sous son t-shirt. Elle dit pousses de salade et jambon San Daniele. Elle a gardé ses lunettes de soleil et elle se touche les cheveux. Nickel, je dis. Nous sommes les seuls ici, on est dans la cuisine. J’ouvre une bouteille de vin. Je goûte le vin. Je sers le vin. Elle boit une gorgée de vin. Elle lave les pousses de salade. Il y a du pain dans un sac plastique. Tranché. Elle met un filet d’huile d’olive sur les pousses de salade. Je la sens nerveuse, visage intense. Je la sens fébrile, et sur la burrata. Bruit du moulin à poivre, je la regarde. Elle met du jambon sur le pain, et ses pieds nus. Il y a une voiture de flics qui passe, sirène hurlante. Suivie d’une autre bagnole de flics, autre sirène hurlante. Il y a un téléphone qui sonne. C’est le mien. Et je ne réponds pas.

Morphologie d’une continuité

À ciel ouvert, fixés les astres. La météo, recommencée. Qualité de l’air, passions joyeuses. Indice de pollution, quelques nuages de gaz. La lumière et des tranches de rôti. De bœuf, dans une assiette. Viande séparée en pièces, satisfaire une attente. Nourrir la faim. Je m’écrase contre un mur, les objets avalés. Cartouche de stylo, manche de cuillère cassé, lame de rasoir, épingle de sureté. Corde tressée, tentative d’évasion. Tous en cellule, puissance d’agir. Lieux de félicité, à l’explosif. Because It Happpens — acrylique et papier déchiré sur toile, 30 x 30 cm, White Painting Series, tribute to Robert Ryman, 2019 —, tout est là d’un coup. « Avec ce seul objet le néant s’honore », et je cite Mallarmé. Liens constants avec le passé, des influences bien ordonnées. The First man was an artist est le titre d’un texte de Barnett Newman, qui parle de volonté rituelle de création. À quoi travaillez-vous en ce moment ? J’erre en Prada dans des parkings.  Désaffectés. Je mets des rimes à des gilets. Jaunes. Je fais des pipes dans les émeutes, je lis du Goethe, je vote Modem. Néant nassé la tête au ventre, je mords ma langue chez H&M. La variété du découpage, une impossible communion. Juxtapositions arbitraires, la limite est atteinte. Système forteresse, installations anti-franchissement. Jamais toujours, niveaux d’alerte. Évaluation de la menace, démocratie d’État. Hors toute communauté, spasmes de l’abdomen. J’ai trouvé ma famille, moi qui en ai si peu. Perte imminente, sa présence insolite. Ajustements structurels, exil et manifestes. Enclaves, mots alignés, une exigeante pratique. Parole et pouvoir, ont éveillé en moi. Pornographie sociale, la foule cybernétique. Champ du précaire, tirs de l’ennemi. Balles dans le dos, rites les plus solennels. Interrogations fiévreuses, responsabilité et discipline. Ange de combat, aptitude à voler. Prédation, j’eusse aimé. Affrontements (suite des glaives), atteindre une vérité. Les prescriptions morales, le doigt de Thomas dans le corps de Jésus. Plaie béante au côté, lèvres de chair. Qui s’ouvrent par le sang. Tableau de Caravage peint vers 1602, des passions tristes. Affaire de voir, les nouveaux Panoptès. Fatigués de faire croix, déposer le motif. Atone le prophète, et d’avoir tant parlé. Au fond du trou, des blessures singulières. La chose nommée (le roman), l’être nommé (Camille). Caché visible, ce qui se vit en elle. Ce qui lui est donné, la sinistre illusion. Elle dit on n’est pas là pour tomber. Je dis on peut aussi. Elle dit j’ai tendance au départ. Je dis oui, je sais. Elle dit la connaissance des causes, le bordel financier et la folie des masses. Scènes familières et conscience criminelle. Mythes archaïques et elle appelle sa mère. Elle dit c’est moi. Elle dit je ne vais pas pouvoir venir, je t’appelle demain et elle raccroche. Hasard et nécessité, il y eut un ailleurs. Loin là-bas, Comment dire. Titre du dernier poème écrit par Beckett en 1989, d’où vient la faille ? Augmentation de nos capacités, mais dire encore. Le jour où je retrouve Camille à Berlin. Nous sommes à l’hôtel, c’est avant de sortir dîner. Elle dit regarde-moi. Je la regarde. Mouvements et repos, l’autre considéré. Tissu musculaire, filaments protéiques. Des gestes libres, toute relation. Elle dit toucher au nerf. Elle dit mes organes. Elle dit je ne suis pas folle et j’ai à cœur. Le lendemain on boit du café dans la chambre. On mange des œufs, il est midi. Nudité poétique, souveraineté alimentaire. Unitaire et totalisante, je sais ce qui arrive. Elle a des rendez-vous, elle dit à tout à l’heure. La porte claque. J’allume la télévision. J’ouvre le mini-bar. Scruter l’avenir, incrusté dans l’image. Tension en cascade, allongé sur le lit. Je me rase le crâne. Je prends une douche. Je sors. J’achète des journaux français. Je monte dans un taxi. Je bois des verres au Café Luzia. Je lis les journaux français. J’écris des trucs. Perpétuité, la tumeur froide. La ville sabrée, le pré-natal. Un cercle étroit, les dents serrées. Faire péter la ferveur, où pouvais-je m’égarer ? Suffocation danser. Éliminer. Raids alliés sur Berlin, durant la Seconde Guerre mondiale. La capitale du Reich, estimation du nombre de morts. De vingt à cinquante mille, SMS de Camille. T’es où ? Je lui envoie l’adresse, des gens autour de moi. Autrui. Circulation des références, mon verre vide sur la table. Expérience intérieure et quelques jeunes fascistes. L’obscurité m’inonde, et Camille apparaît. Je suis l’homme qui, à ce moment, la voyant s’avancer. Est pris de vertige, se tient au bord du monde. Parce qu’elle vient à moi. Animal érotique, c’est une étrange beauté. Elle dit ça va ? et son téléphone sonne. Elle dit je dois répondre. Je vais au bar. Je reviens avec deux Martini Gin. Je dis ça s’est bien passé ? Elle dit oui. Elle dit je me sens rassemblée. Je dis c’est cool. Elle dit je ne sais pas. Tremblement inspiré, vent silencieux. Elle dit on fait quoi maintenant ? Lune pâle, et la fin vient déjà. Du jeudi.

Diversifier ses actifs

Le verbe atteindre, l’accent est mis. Composantes du récit, sur le mouvement et sur son terme. La promesse initiale, et la main qui. Se pose sur la poignée d’une porte, saisit une brosse à dents. Allume un ordinateur, s’approche d’une bouteille d’eau. Réduire l’écart, parcourir la distance. Toucher, prendre, manipuler, lâcher, réaffirmer : l’écart et la mise à distance. Relation symbolique au monde, le texte en acte. Réseau de figures obsédantes, ellipses temporelles. Le jour où je rencontre Camille, et je vais droit sur elle. Faible clarté, je l’entends dire. Le ciel noirci, j’écris déjà. La révolution des empires, l’exubérance du monstrueux, le géniteur épuisé, les tours que l’on érige et les murs que l’on dresse, le carnage ordinaire et l’espérance de vie, les drogues et la pharmacopée, le cosmique et le commun, l’avènement du barbare, l’épuisement entropique, l’ébullition furieuse et l’abîme mémoriel, les mégapoles illuminées et le fracas des armes, les précautions subtiles, les cartes d’embarquement, la disparition des abeilles, chaque rêve anéanti, les mots qui tombent et la littérature. Le désert croît, Camille porte un verre à ses lèvres. De vin. Elle dit je rentre du Mexique. Elle dit j’ai inventé le feu. Elle dit j’ai inventé l’amour. Quelque chose se desserre en moi, sans la quitter des yeux. Dévoration, cannibalisme. Elle baisse la tête. Elle lève la tête. Elle joue avec un couteau. Elle regarde le serveur qui s’approche avec un plateau d’huîtres et de langoustines qu’il pose sur la table, et je dis tu faisais quoi au Mexique ? Tension vers le lointain, sources sensibles. Fiction documentaire, on reprend des langoustines. On mange des tartes aux fruits. On va chez moi et j’avais des capotes. Nouveaux signes inscrits, à même la chair. Les ombres grandissent, impressions monochromes. Lumière naissante, la physique du désir. Baiser baiser baiser, tu peux aussi. Peindre au rouleau, croiser les passes. L’artiste s’applique à poser la couleur sur la toile, rouge. « Au fond, je n’ai pas tellement de rapports avec ce travail. Il est là, c’est tout », dit Olivier Mosset à John Armleder en 1987. Degrés de liberté, toute forme d’utopie. Depuis longtemps démystifiée. Le choc de l’occident, Camille est là. Elle dit c’est quoi cette histoire de citrouille géante place Vendôme ? Elle rabaisse l’écran de son MacBook et on est sur le lit. Elle dit j’aurais pu avoir pour ambition de traduire la Bible, mais non, je traduis des bilans comptables. Et tu sais quoi ? Production et usage, sphère de l’échange. Elle dit So What? Hordes et pillards, les dieux se manifestent. Elle dit la question politique et les gouvernements. Elle toute entreprise de discours, elle dit ce mal étrange. Elle dit Le Mal français. Elle dit les marges passives. Elle dit le gris s’impose, et le degré d’exaspération. Elle dit l’évolution confuse, et combien d’heures encore ? On reste un moment sans rien dire. Elle dit ma douleur est constante, et elle allume une cigarette. Elle dit merde, mais pourquoi ils parlent tous de mamans voilées, et non de mères sur les chaînes d’info ? Elle dit c’est répugnant. Elle dit régression collective et victimisation. Elle dit survivre à ça. Elle écarte une mèche de cheveux qui lui tombe sur un œil, et elle s’agite. Elle dit le temps, les habitudes et tout excès de code. Elle dit que peux-tu voir de moi ? Je dis rien d’autre que ce que je vois. Elle dit d’accord, mais que vois-tu ? Elle dit quand tout sera fini, elle prend son téléphone. Elle dit putain j’ai encore un message de ce mec, c’est pas possible ! Elle dit plus je l’envoie chier, tout m’emprisonne alors. Je vais chercher une bouteille de Gin, on boit des shots. Elle dit j’ai tout à perdre, elle passe la main dans ses cheveux. Elle dit je n’ai pas de second prénom. Je dis qu’est-ce que ça peut foutre ? Elle dit qui d’autre en moi ? Idoles en fuite, et qui nous portent vers. Elle dit t’es jamais là, elle caresse mon visage. Elle dit quoiqu’il arrive. Elle dit je sais quoi faire, et comment vivre. Près d’elle, un paquet de Dunhill, un briquet Bic et le cendrier. Systèmes représentatifs, aborder le tangible. Dans la main d’Élohim, je me dévore le foie. Elle dit tu veux bien me masser ? Elle enlève son t-shirt, elle se met sur le ventre. Elle dit maintenant je vais fermer les yeux. Demain encore demain, la nuit devient image.

Une offre libérale

Nuit blanche, de sorte qu’à l’aube. Je m’endors à sept heures, je me réveille à midi. Camille est sur le canapé, elle parle au téléphone. Elle dit demain. Elle dit priorité. Concentrer ses efforts, la tension qui l’habite. Actions orientées vers des fins, souffle sur un miroir. Elle bouge ses doigts pour me dire bonjour, je vais dans la cuisine. J’ouvre une fenêtre, je me fais un café. Je vois un livreur DHL traverser la rue, la liberté liée au possible. Les êtres et leurs apparitions, scintiller les étoiles. Les loops de Jeff Mills (The Other Day), des crânes de mammouths accrochés sur les murs, des flammes sur le bitume. L’intermittence des instants de lumière. Le geste de Gustav Metzger qui, en 1961, jette de l’acide sur des toiles en nylon. South Bank Demonstration, l’œuvre s’autodétruit. L’art du visible, les destructions urbaines. Constellations diaboliques, toute fixation de rôle. Espace sur-balisé, quelques incertitudes. Saturation audiovisuelle, marché de l’individu. Qu’on nous frappe au visage, et jusqu’à l’écœurement. Cocktail de névroses, des conclusions mélancoliques. L’œil et la main, la banalisation du voir. Des procureurs sur BFM (la prostituée de l’apocalypse), positions de contrôle. D’autorité, des charges émotionnelles. Surmenage et exaspération, les confinements et fixations. La mémoire et l’oubli, des formes fictionnelles. Des serres fluorescentes, des organes sensoriels. Mécanismes normatifs, de puissantes mutations. L’empire de la valeur, la réduction des risques. L’évolution des cours et capter la croissance. Emprunts d’État, rendement des obligations, parts de SCPI, valeurs refuges. Contestation par le feu, Camille m’embrasse. Parfum d’une chevelure, elle dit ça va ? Elle se fait un café, elle dit j’ai faim, elle dit c’est le bordel au boulot, elle prend sa douche. Je tente de me représenter l’image d’un colosse déchiqueté, je fais défiler des posts sur Instagram. Camille s’habille, se déshabille. Robe longue imprimée, jogging Adidas Bellista, jupe crayon Mansela noire, achevé inachevé. Le vêtement écrit, la lecture de la coupe. Les mannequins titubent, l’unité signifiante. La composition synthétique du modèle est dépourvue de cruauté envers les animaux, anatomie d’une collection. Uniformes fonctionnels, elle fait le tour du lit. Elle met un t-shirt blanc et un jean évasé, ses Ray-Ban Aviator et un blouson en cuir. Elle dit on bouge ? Elle dit j’ai envie de manger des pâtes, on va chez Da Mimmo. Taglioni à la truffe noire, comme un je assuré. L’ancien joueur de football Vikash Dhorasoo est assis à une table, on boit du vin des Pouilles. Rouge. Intensité qui nous convient, Camille essuie ses lèvres. Elle dit j’ai mal dormi. Elle dit cette ville. Elle dit ce qui brûle en nous. Elle dit les croyances abolies. Elle dit t’es fatigué, non ? Elle dit fais voir tes yeux. Flairer l’actuel, l’obstination toujours défaite. Quelqu’un dit la situation en France, celui qui parle c’est un homme qui pourrait sortir d’un roman de Michel Houellebecq et il mange les fameuses linguine Da Mimmo, avec une tête de zadiste dirait Michel. Suivrait une description, Camille sourit. Elle dit ce mec c’est une proximité qui ressemble à une erreur. Elle dit drogue et fraternité, c’est ça la situation. Fin du sourire, j’adore quand elle est comme ça. Elle dit la crispation. Elle dit les peurs, les regrets, les sans doute et les peut-être. Elle dit tout ça c’est des conneries. Elle dit ce qui se passe ici, le serveur débarrasse. Elle dit les trésors convoités, et l’ordre biologique. Complexité de l’équation, enchaînement narratif. Dhorasoo se lève, se dirige vers les toilettes. Que peut un corps ? et je cite Spinoza. Jouer au football et milieu offensif. Lancer des contre-attaques, se projeter vers l’avant. Pratique singulière, une perception horizontale. Rappeler que Vikash marque le but de la victoire sur une frappe de vingt-cinq mètres en finale de la coupe de France en 2006, dans le match qui oppose le Paris Saint-Germain à l’Olympique de Marseille, on peut toujours. Impératif du cadre, Camille met ses lunettes. Identification d’une scène, on sort du restaurant. Elle me précède, sa silhouette androgyne. Il y a des fleurs fanées jetées sur le trottoir, on marche jusqu’à République. Un convoi de véhicules de police passe boulevard Magenta, Camille me prend le bras. Se soustraire à la nécessité, sirènes hurlantes. Elle dit regarde comme c’est beau, regarde comme c’est vrai. Bruit de nos pas, silence soudain. Possession de la rue, distribution des places. Irons-nous jusqu’à République ? Que ferons-nous ce soir ? Distance qu’aucune règle ne mesure, comme une errance à vide. Présence de visages nus, il ne se passe rien. Masques neutres, à peine quelques souvenirs. Un jour Camille me dit ma mère vient de faire une tentative de suicide. Et c’est un fait. Nous sommes dans le taxi en direction de l’aéroport, on descend à Roquebrune pour les vacances. Le chauffeur jette des coups d’œil sur son rétroviseur, tes yeux verront nos mythes. Éclat violent de l’hymne, cet été-là on boit beaucoup. Le premier soir on va à une fête, des plateaux circulent avec des verres remplis d’un liquide bleu. La musique est pas mal et en rentrant Camille vomit. J’ouvre une bouteille de Gin, on s’amuse à écrire des poèmes et on est défoncés. On passe une vingtaine de jours dans le Sud, une douce intimité. La plupart du temps on reste à la villa. On est assis au bord de la piscine, les pieds dans l’eau. Ou bien couchés sur les transats, c’est elle qui fume. Le plus souvent on ne dit rien. On n’a pas grand chose à dire.

La théorie du ruissellement

Quelqu’un peut me dire ce qui se passe ici ? « Halo d’événements sensibles qui ne sont pas déterminés par leur possibilité mais porteurs, chacun, d’une possibilité d’histoire », et je cite Jacques Rancière. Clarté lugubre, culte des métropoles. Le ciel d’un gris livide, morbides incantations. Vibrations de l’air, et quelque chose de mort. Scènes tragiques de corps morcelés, déchiquetés d’hommes et de femmes qui accomplissent le sacrifice ultime, et de leurs victimes. Chaque jour, les preuves sanglantes que Dieu existe. Mourir pour la cause, de grands soleils dorés. Champ fertile, ce qui te détermine. Terroristes islamistes éliminés avec des balles trempées dans du sang de porc, enterrés enroulés dans la peau de l’animal impur, cousue aux cadavres. Interrogatoires poussés, technique de simulation de noyade. Vestiges certifiés des ruines de la grande mosquée Al-Nousri et du minaret penché de Mossoul en Irak mis en vente sur eBay, de même qu’un lot de cinquante combinaisons orange portées par les premiers combattants illégaux, détenus dans le camp militaire de haute sécurité de Guantanamo en 2002. Forces spéciales (drogues, scarifications, une certaine violence), des temps hétérogènes. Tri sélectif, référencement, bases statistiques, algorithmes des moteurs de recherche. Taux de rebond, optimisation, rationalisation versus opérations de hasard et de désordre. Attaques virales, hacking, éléments perturbateurs et rapprochements incontrôlés. Chaotique par essence, des thèmes fédérateurs : effacement de la Nation, faillite de l’Éducation, ruine de l’Autorité, défaite de la Pensée. Menace de substitution ethnique (Grand Remplacement), de guerre civile, l’apocalypse est pour demain. Casseurs cagoulés – la terminologie d’usage –, « les gardes mobiles portent des boots ». Cette phrase est la première de Rose Poussière, le deuxième livre de Jean-Jacques Schuhl paru en 1972. Le combat fabrique une zone d’échange où les ennemis se fondent, écrit-il. Leur apparition dans les rues provoque le trouble attrait du monde cruel et désindividualisé qu’ils (pré)figurent, raconte-moi la colère d’Achille. Esthétique urbaine, illumination profane, la foule assène ses coups. C’est peint à grands coups de brosse, ça rappelle Yan Pei-Ming. On adopte le look oversize, les volumes XXL, la superposition des couches. Matières techniques, manteaux pare-feu, parkas customisées. Modalités du paraître, masques changeants. Existe-t-il des sujets comme celui de Faust qui vous attirent et vous préoccupent ? J’imagine que vous pourriez, par exemple, reprendre Don Quichotte, le réécrire à votre manière ? Non. Aliénation, émancipation, des contrepoints virtuoses. Hier, dit Walter Benjamin à Gretel Adorno dans une lettre écrite chez Bertold Brecht à Svendborg au Danemark en octobre 1938, j’ai préparé le transport à Paris des quelques centaines de livres qui se trouvent ici. Mais, à présent, j’ai de plus en plus le sentiment que cette destination devra n’être, pour eux comme pour moi, qu’un lieu de transit. Squelette en devenir, toute époque reprend vie. Voué au tombeau, miroir qui rêve de s’abolir. Ce ballon blanc gonflé à l’hélium, à l’intérieur d’un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale à moitié enfoui dans le sable d’une plage de Soulac en Gironde ; qui en sature l’espace, en condamne l’accès et les meurtrières. Pour en dresser l’image. Eh les enfants, le XXe siècle c’est terminé ! Limites de l’itinérance, sans autre bagage qu’une valise. Précarité de l’existence, quelques essais critiques. En composant la Chartreuse, dit Henri Beyle à Honoré de Balzac, et pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du code civil, afin d’être toujours naturel (c’est moi qui souligne) ; je ne veux pas, dit-il encore, par des moyens factices, fasciner l’âme du lecteur. Articulations logiques, outils grammaticaux. De la publication, des effets et de l’application des lois. Dispositifs en marge, nous sommes en 1958. Exposition de Yves Klein chez Iris Clert, intitulée « Le vide ». Douze ans plus tard, à l’automne 1960, le saut de l’artiste depuis la fenêtre d’un premier étage, révélé par l’image et figé pour toujours. Plongeon avant tendu, gargouille rue Gentil Bernard à Fontenay-aux-Roses. « Un homme dans l’espace », titre une fausse édition du Journal du Dimanche réalisée par Klein. Mise en abîme et illusion. La vérité de soi, dans le vécu. Dossier des documents en cours, et classement des archives. Il y a le faisceau de la lampe torche de Margaret Mary Jones, la mère de David Bowie, ouvreuse de cinéma. Il y a …explosante-fixe…, l’œuvre de Pierre Boulez conçue en 1971 « afin d’évoquer Stravinski », compositeur qui compte parmi les toutes premières influences de Major Tom, avec Little Richard. Il y a l’hôpital psychiatrique dans lequel Michael Gordon Peterson, alias Tom Hardy, le Bronson du film éponyme de Nicolas Winding Refn, est enfermé. Projet de reconstitution du sas de sécurité qui commande l’accès à la salle de jeux, sculpture métallique à l’échelle 1. Le soir du vernissage, des garçons et des filles dansent sur une plate-forme carrée, comme le font les malades internés. Masse compacte, musique techno à peine audible. Mouvement mécaniques, impersonnels. L’antithèse des trips psychédéliques, de la frénésie, de l’exaltation des danseurs du Climax de Gaspard Noé. Procédés les plus évidents, le rythme est matière de sens. Pulsions sexuelles, et j’ai nommé Camille. Synchrone dans le tempo, une suite d’accords parfaits. Camille se brosse les dents. Camille a les cheveux mouillés. Camille enfile un débardeur et une culotte. Orties chante Paris Pourri. Orties chante Cannibales. Orties ne chante plus. On entend les bruits de la rue. On entend quelqu’un marcher dans l’appartement au-dessus, et avec des talons. Camille boit un café dans la cuisine. Camille ferme les yeux. Camille ouvre les yeux. Camille envoie un SMS. Camille pose ses doigts derrière ma nuque. Camille passe sa main sur mon crâne. Camille met un sweat-shirt à capuche. Camille regarde des trucs sur son ordinateur. Camille rabaisse l’écran de son ordinateur. Camille met son ordinateur en charge. Camille est sur le canapé. Camille allume une cigarette. Pâleur de son visage, l’inquiétude ajoutée au mouvement. Camille se lève. Camille fume à la fenêtre. Camille est là. Elle dit j’ai douze ans, je pisse dans le jardin, derrière les arbres. Elle dit je joue avec les limaces. Elle dit j’ai un vélo. Elle dit je n’ai pas le droit de faire du vélo sur la route, devant la maison. Elle dit quand je suis à Londres je fais du vélo. Elle dit je n’ai jamais su ce qu’il faut faire, ni ce qu’il faut dire. Elle dit je m’en fous. Elle dit je suis entourée de personnes qui savent quoi faire et quoi dire. Elle dit toi tu ne dis rien. Je dis non. Et je n’ai jamais vraiment su quoi faire. Elle dit tu sais que c’est chiant ? et elle sourit. Elle dit on se voit, on ne se voit plus. Elle dit c’est bien. Je dis oui, c’est bien.

Disparition imminente

Le lit défait, j’ouvris les yeux. Dérouler la conscience, engendrer un cosmos. Composer son histoire, énergie frénétique. « Je n’ai en moi ni père ni mère », je cite Antonin Artaud. Fixation des repères subjectifs, logique binaire de l’exclusion et du rejet. Limites changeantes, depuis toujours. Commandement de la volonté, je m’arrache à l’ordre acquis. Filiation énonciative identifiante, la trame du texte. Ce que je suis, c’est vite et nu. Exposé corps présent, plein présent la surface. Montage heurté de film muet, et de toute évidence. Jouer encore, jamais assez. De vie. La forme et le mot, frapper courir. Verbe incarné, je fais parole. N’allons pas croire, et la conjugaison. Validité des perceptions, triomphe de l’inertie. Lexique du mouvement, Camille allume une cigarette. Elle est accroupie au pied d’un mur sur lequel j’ai scotché des photos d’elle, impression numérique sur feuilles A4. Elle dit là où je veux aller. Des gestes réfléchis, que pouvions-nous savoir ? Elle dit à quoi tu penses ? Je dis à l’idée de ne plus te voir. Elle dit c’est cool ? Voyons voyons. Visage tiré vers l’arrière et reculant dans l’ombre, aussi faut-il penser. Le sujet contaminé, la valeur de ses choix. L’étrangeté demeure, quelques débordements. Elle se lève et elle dit il est où mon chargeur ? Obsessive et impulsive, nous étions au plus près. Tonalité de base, et mon téléphone sonne. Personnages aliénés, analyser la scène. Elle dit tu ne réponds pas ? Souvenir de Roquebrune-Cap-Martin, Camille barricadée dans la cuisine. Putain de désœuvrement, accord parfait. S’opposer librement, tenir l’écart. Je mets ma parka, je prends mes clés. Une vérité solide et simple, je sors boire un café. Nuages bas, et les choses ordinaires. Fœtus broyés, cuits en pâtés. Fables paranoïaques, mon horoscope dans le Parisien. Lettres volées, le soleil en scorpion. Des incidents mineurs, ambiguïté de nos conduites. Mathématique combinatoire, les traces de doigts sur l’écran de mon smartphone. Matrice active à diodes électroluminescentes organiques, Camille m’appelle. Tension singulière, ce qui la conduit à moi. Et l’entre-deux, qui me conduit à elle. Elle dit t’es où ? Homme privé de substance, ce qui se manifeste ici. Secousses d’un marteau-piqueur, la poésie de l’invisible. L’œuvre en fuite et les points d’ancrage. Logique indicielle de cause à effet, nous deux marcher. Rues grises, quelques divas. Fragments épars, tendance à la symétrie. Viol des viscères, sorciers du marketing. Les déjà-vu, les faits communément perçus. Terrifiant, familier, transparent. Une atmosphère de suspension, je m’attendais à tout. Bips des lecteurs des codes-barres, régulation sociale et climatisation. Parfums de synthèse, communication sensorielle. Preuves irréfutables et suivi GPS, existence matérielle. Maquillages outranciers, surenchère du secret. Multiplicité, profusion, l’essor des nouveaux objectifs. Une servitude durable, la cruauté tendue. De telles aspirations, je vais apprendre à lire. Manteaux brillants, longues capes dorées. Structures rigides, on boit des verres au Baby Doll. Zone de confort, oublier le cosmos. Camille me dit qu’elle a rêvé qu’elle était attachée à un lit au sous-sol d’une maison isolée, les yeux bandés, qu’elle sursautait au moindre bruit. Cliquetis des menottes, grésillement d’une ampoule. Image d’un corps qui ne s’appartient plus, elle dit et là j’entends qu’on déverrouille la porte. Elle dit c’était horrible et elle dit j’attendais. Elle dit je voulais qu’il entre, ou qu’ils entrent je ne sais pas, elle dit j’attendais. Et personne n’est entré. Tard dans la nuit, elle prend un bain. S’enfouir et se taire, l’appartement plongé dans la pénombre. Des restes de pizza dans des cartons par terre, des sachets d’huile piquante. Ouverts. Je prends la bouteille de Gin, je vais dans la salle de bain. Clapotis de l’eau tiède, elle boit du jus de vampire. Elle dit t’es qui toi ? et dans un souffle. Comme un murmure. Ses yeux mi-clos, basculer la raison. Elle se met à parler d’un mec de sa boîte qui la fait chier, et je ne saisis pas tout. Je me contente de l’écouter. Elle dit l’enculé. Elle ne dit rien. La résolution se dérobe, elle répète l’enculé. Je me dis c’est curieux de penser à ce mec maintenant, surtout si c’est un enculé. Et je me dis pourquoi pas. Je prends un stick de rouge à lèvres, je mets du rouge sur mes lèvres. Elle me regarde. Elle dit t’es bonne et elle sourit. Elle dit t’as déjà étranglé un chat ? Je dis non. Elle dit tu me frottes le dos ? et elle se tourne. Le cul de Camille c’est magique. Vertus de la déliaison, il y avait en elle.

L’exposition des mots

Pluie faible, toute danse macabre et j’avais les pieds nus, creuser sa fosse mon ventre froid, rythme essentiel et allumer un feu, je vais allumer un feu, quelqu’un a hurlé dans la rue, j’ai lu la première page de Camille vient à Paris et elle repart, blessures insignifiantes, événements discursifs, toute vérité acquise et d’étranges émotions, mes fringues par terre, mes boots en vrac, le narrateur dans son élan, abolir la césure, se suspendre à une barre de traction, soulever son corps, quand dire c’est faire de tout son poids, ce que j’aime c’est courir, l’écriture se dérobe, SMS de Camille, elle dit j’ai pas dormi et un truc à propos du Brexit, j’écoute le live de Jeff Mills au Dommune à Tokyo en 2010, j’écoute Rockbitch, j’écoute The JOAN group, One Room Shack et Tongue Tied et After Life et Drop Out et Sun N Love et Shop’n Save et CIA, je sors boire un café, l’automne encore une fois, les serveurs à la Perle portent des perruques flashy, Dustan en blonde à la télé, et dans sa chambre, le nouveau lieu de Pascal Humbert rue de Lancry, murmure léger se vit encore, la vitrine du traiteur sicilien, un rassemblement contre l’islamophobie place de la République et la nuit sans aurore, du papier recyclé, or depuis Mallarmé, génération oblige, collages sophistiqués, mise en apposition mais qu’est-il arrivé ? Abstraction constructive du début des années 1960, anti-peinture, Julije Kniffer chez Frank Elbaz, l’hommage de Gagosian à la French Riviera, Murakami chez Perrotin, Graham Wilson chez Valentin, les Nymphéas Post Déluge de Noël Dolla dans le bassin octogonal du jardin des Tuileries, cinq cents parapluies immergés, rouges, les pièces de Bojan Sarcevic à Paris Internationale, la série de photogaphies de l’artiste que j’ai publiées dans la revue Ah Ah Ah en 2015, sculptures manipulées par des femmes dénudées, aux abords d’une maison devant une baie vitrée, dans la nature au bord d’un lac, œuvres crées pour l’exposition « Comme des chiens et des vagues » à la galerie Modern Art à Londres en 2010, distribution de la réalité sensible, structure de l’œil, relation, sélection, dispersion, circonscrire un espace, s’en échapper le fuir, une migration sans fin, une parole quotidienne, le vide qu’elle se porte à combler, une présence singulière, quelque chose de furieux, passion au monde quand vous aurez parlé, frapper les murs et naître encore, porter un nom, les traits reconnaissables de mon identité, portrait non encadré, qu’y a-t-il hors de nous ? Que signifie ce nous ? Mise en commun, volonté partagée, territoire iconographique et le sens du combat, dans ce contexte, une direction, de longs couloirs, ouvrir des portes, lumière d’orage éclats divins, franchir le seuil et se dérobe, la cohérence du moi, dispose de l’infini, le pas encore, l’inexprimé, le souvenir j’étais alors, le mot qui manque, qui oubliera ? Séparation et la folie du cri. La  nécessaire fiction, ravagée de délices. Expérience radicale, affirmations possibles. Scènes de pillage à Santiago, de guérilla urbaine à Barcelone, le peuple libanais dans les rues à Beyrouth, qui scande révolution, les émeutes à Hong Kong, les manifestations pour la chute du régime à Bagdad, la foule massée place Al-Nour à Tripoli, compacte, état d’urgence, capacité de projection, lexique militaire, dans l’histoire qui va suivre. Le geste conquérant, le piège de la résignation, le vertige et la chute, appeler l’abîme, couver la cendre, fixité d’être et tendu pour te dire : ça s’est passé comme ça. L’exposition des mots est le centième article de mon Journal qui compte, à ce jour, quatre-cent-soixante mille signes. J’ai posté le premier texte le 20 octobre 2018, il s’intitule Là où je suis. Voix du silence et qu’il me soit permis. Visée d’autrui, remercier mes lecteurs.