Avertissement au lecteur

Nuit blanche. Viande froide, thé Gunpowder et citron vert. Musique, travail, poumons. Système immunitaire, facultés de résistance. Vocabulaire, ponctuation. Ce texte a pour but d’examiner quelques-uns des problèmes, quelques-unes des difficultés auxquels doit s’attendre celui qui est toujours vivant. Les mots et la chair, le prélude d’un opéra. Le cafard Cyborg qui court le long d’une plinthe. La collection capsule d’un créateur inspirée par l’expérience du confinement, vêtements pour homme et j’ai mal à la tête. T-shirts, sweats à capuche et pantalons de survêtement. Coton souple hypoallergénique, j’avale un Doliprane. Douleurs dans les cervicales, vaisselle sale dans l’évier. Les toilettes au fond du couloir, le matelas dans la chambre. La valise dans l’entrée. La pièce dans laquelle j’ai mis la plupart de mes livres. La banquette droite chêne et tissu, le lampadaire en métal. L’ordinateur dans le salon, avec le canapé. Être ce que je suis, et sortir de l’immeuble. Je vais chez Jeannette, je bois une bière avec un pote. La ville de Paris est classée zone active de circulation du virus. Le port du masque est désormais obligatoire rue du Faubourg Saint-Denis. Les flics font de la pédagogie, avant de verbaliser. Cent-trente-cinq balles la punition. Mon pote dit la pédagogie, c’est le danger. C’est le bullshit. Irruption en gros plan d’un mec qui nous demande de la thune, une odeur qui nous prend à la gorge. Son visage blême. Je dis c’est juste un été de merde. Monde sinistré, tensions les plus aiguës. Licenciements pour cause de Coronavirus, négocier ses indemnités. Familles, nations, latex. Matière privilégiée des fétichistes, et les partouzes dans les Ehpad. Les vieux qui changent leurs couches et se bouffent le cul, mon pote envoie un SMS. Il dit on part lundi, avec Marie. Vous allez où ? Ce moment de l’histoire est passé sous silence. Philippe paye les consommations, il dit tu veux venir dîner ? Nuages bas, ciel gris, les faits que je viens d’évoquer. J’achète des pâtes chez Julhès, et une bouteille de Graves. Je rentre. Je prends une douche. Pluie soudaine et violente. Je mets un disque, fondu au noir.

Le présent chapitre

Fenêtres ouvertes, bruits de la circulation. Du sexe sur l’écran du iMac et ça pourrait s’arrêter là. Fin du récit, et l’impression chez Copy-Top. Envoyer Paris-Plage (quel éditeur le publiera ?), rendre les clés de l’appartement. Acheter une bagnole, louer une villa aux murs lépreux. Vérifier qu’il y a un Prada à moins d’une heure de route. Quelque part dans le Sud, vers un autre réel. Et une autre fiction. Se poser au bord de la piscine, avec une bouteille de rosé. Ne plus écrire, ne plus rien faire. Peut-être peindre, mais de très grandes toiles. Les herbes folles sur le terrain, la mer pas loin, un restaurant où j’ai mes habitudes. Alexandra vient me voir de temps en temps, et elle n’habite pas loin. Connexion haut débit, emporter quelques livres. Musique à fond et faire des barbecues. Voilà. Ambition du programme, je m’allonge sur le canapé. J’imagine le dernier film de Jean-Luc Godard, tourné dans l’entrepôt Amazon de Brétigny-sur-Orge. Hangar de trente-six-mille mètres carrés, vingt-millions de produits stockés. Jeff Bezos en Roi Lear, le souverain excédé. Se retirer du pouvoir, diviser son royaume. Folie, trahison, mensonge, cupidité, orgueil. Rats affamés, il faut que j’aie le patrimoine. Les personnages se déplacent juchés sur des robots magasiniers Kiva de couleur orange. Une tragédie en cinq tableaux, costumes de Rick Owens. Le délégué syndical CGT est enfermé dans une cage en platine, fouetté par une maîtresse SM avocate en droit du travail spécialiste employeur. Work hard, have fun, make history. « Osez-vous lancer vos regards sur moi, misérable ! » et dans les rayonnages. Catégorie hygiène et santé, un vaste choix de vibromasseurs. Des objectifs de productivité, des substances synthétiques. Je sors, je mange un hamburger à la terrasse du Londres. Qu’est-ce qui vous fait rêver en ce moment? Me tirer. Changer de vie. Actes passés, ce qui est accompli. J’ai vingt ans, je ne veux rien. Traîner sur des parkings et commencer à fuir. Les coups portés, ce qui est perdu. Ce qui résiste. Drogue, alcool, l’espace céleste et l’illusion. Se débarrasser de tout un tas de trucs. Attendre, et l’exil est ici.

Le bleu du ciel

Tôt ce matin. Je fais du tri dans mes notes et j’écris Paris-Plage. Mes doigts qui collent, je travaille jusqu’à midi. Lecture des actualités, le récit national. Information coronavirus, le point sur la situation. Communiqué du gouvernement, menaces de reconfinement. La Russie a-t-elle vraiment développé le premier vaccin contre le coronavirus ? La pandémie, comme dans un mauvais rêve. À part ça ? La crise de l’Occident et la figure de l’autre. Déchéance et hébétude. Le bien, le mal et le Cristal Roederer. Millésimé à l’infini, je n’ai pas fini de m’égarer. Reportage sur Arte en allemand, pour les accents toniques. Mélodie de la phrase, explosions à Beyrouth. Lexique biblique grec et les clous du cercueil. Katastrophê : destruction des cités, extinction de l’esprit de consécration. Pure poésie, je prends une douche. Ma clé dans la serrure, je déjeune au Grand Amour. Tartare de veau, verre de vin blanc. Une fille dit à un mec qui ressemble à Yvan Attal jeune, lorsque j’ai fêté mes trente ans j’étais totalement indifférente face à mon gâteau d’anniversaire. Il regarde son assiette et elle dit tu m’écoutes ? Retour de l’imparfait, il paraissait absent. Bistouri à usage unique et pas plus tard qu’hier. Yvan se fait des entailles sur la poitrine devant le miroir d’une salle de bains. Le sang coule, la fille est agenouillée entre ses jambes. Il lui arrache une poignée de cheveux et il va dans la chambre. Replay d’un match de Ligue 1, il ouvre le minibar. Des angles morts, Mbappé balle au pied. La fille s’approche et lèche les plaies. Elle dit ça va mon amour ? bientôt la phase inflammatoire. Vibrations de mon smartphone, j’ai trop envie de me défoncer. Selfie d’Alex et Julie dans le jardin à L’Isle Adam. Deux bombasses les seins nus, qui riaient au soleil. Sorbet framboise, je fais signe au serveur. Est-ce un cadavre en face de moi ? Je bois une bière, tu peux aussi. Fuir en Porsche et dans les Pouilles. Louer une suite dans un Palace et ne pas en sortir. Écrire une thèse sur l’apathie dans la vie quotidienne. Capacité de condensation, quelques scènes inédites. Étude sociologique, et l’évitement du politique.

Le champ opératoire

Nuit de merde. Atmosphère étouffante, Alex dit calme-toi. Le drap est trempé, il est quatre heures du mat. On boit une bière dans la cuisine. Glacée. Elle dit tu devrais partir quelques jours. Viens avec moi à L’Isle-Adam. Tout sentiment de présence réelle, je mords dans un citron vert. Elle dit on peut aller en Bretagne. Tu connais la Bretagne ? Je dis non. Elle dit moi non plus. On reste un moment sans rien dire. Elle change le drap, elle se recouche. Elle se lève à huit heures. Elle prend une douche, elle fait son sac. Elle appelle un taxi. Elle me regarde. Elle dit il y a un truc que je devrais savoir ? Je dis non. Je vais chez Jeannette. Il y a une fille au comptoir avec un chien en laisse. Elle a le crâne rasé, elle lit le Parisien. Des faits divers sanglants, une femme étranglée dans son sommeil par son mec, une ville sinistre et menaçante, des charges féroces, des enragés qui te lynchent pour un oui ou un non, des hordes de microcéphales et d’épuisantes détestations. Ce que je veux dire, c’est qu’est-ce que j’irais foutre en Bretagne, alors que je suis au paradis. Narration récursive, je ne veux aller nulle part. Quelques secondes de silence mais ça ne dure pas. Un pote m’envoie un SMS, il me demande si je suis à Paris. Le bâtard au pelage gris s’est couché par terre et il halète. La fille a lâché la laisse, je ne me sens pas parfaitement cool. Je regarde des posts sur Instagram et ça me fait vite chier. Je paye le café, bruit d’un marteau-piqueur. J’achète un rôti chez Janois. De bœuf. Je rentre et j’écoute Arvo Pärt. Tabula rasa, 1999. Je mets le rôti au four, je fais couler un bain. Je m’immerge dans l’eau tiède. Séances d’apnée à la piscine Roger Le Gall, il y a quelques années. Ceinture de plomb, à plat ventre et au fond du bassin. Les yeux fermés, et jouir de soi. L’édifice invisible, les grondements du tonnerre. Perpétuel bruit de fond, pluies orageuses, j’ai la nuque raide. Le soir. Viande froide et verre de vin. Je n’ai pas grand chose à faire, sinon boire du Mezcal. Regarder un film et sans le voir. L’hypothèse d’un déchaînement de violence en France, des mouvements de panique. Les prostituées de l’apocalypse.

L’incrédulité de Saint-Thomas

Vigilance rouge. La naissance du soleil, les mécanismes de la loi. Le ventilateur dans la chambre. Des batteries de secours et des langues presque mortes. Expériences esthétiques, des possessions héréditaires. Quelque chose comme une sorte d’autel, et tout a commencé hier. Les âges que j’ai vécus, ma chute dans la littérature. Pas de pensée de la fin, circonstances singulières. Des albums de photos, Alexandra au téléphone avec Julie. Mes doigts qui courent sur le clavier. Elle raccroche. Elle dit je pars demain. Elle dit je passe chez moi prendre des fringues et je vais à L’Isle Adam. Un drone de surveillance s’arrête à la hauteur d’une fenêtre. Vol stationnaire, tu veux quoi enculé ? Je baisse les stores, le cadre est là. Alex est assise devant son MacBook air. Maison dans le Sud, annonces immobilières. Elle dit ça me fait chier. Je dis quoi ? Elle dit le Road-trip en septembre, avec toutes ces contraintes et cette ambiance de merde. Je dis c’est clair que ce n’est pas l’idéal. Je dis on peut partir à l’étranger. Contrôle du QR code et test salivaire aléatoire à l’arrivée en Grèce, mise en quarantaine sous surveillance médicale dans le cas où la personne dépistée est positive au Coronavirus. Protocole sanitaire, obligation de communiquer les adresses de ses lieux de villégiature, afin d’être tracé. Génial. Alex dit pour la maison il n’y a pas d’urgence, et aller quelque part. Ou rester à Paris. Je dis oui, on verra ça plus tard. Elle dit ce merdier me fatigue. Elle dit nous sommes nassés, je dis la nuit s’installe. Blanche. Aveuglante. Enveloppante. Écrasante. Insondable, et son épaisseur moite. Signes d’épuisement de la démocratie (entrée en phase finale ?), et un couteau peut nous blesser. Réalités sociales, le comique de l’échec. Les forcenés de la politique, les exaltés de la position. Les dogmes infaillibles et pendant une semaine. Le port du masque, les discours sur le masque (oh putain), semer la confusion et on va sous la douche. Exécuter les commandements, l’eau fraîche et sur nos corps. Nos langues mêlées, je m’accroupis. Je lèche sa chatte, rien d’autre alors. Voir clair, je mets un doigt dans la plaie.

Canicule et anesthésie

Brutalité, domination. Relevé de compte bancaire, solutions animales. Le jour du jugement à Beyrouth, et la nuit des étoiles. Recherche de SARS-CoV-2 sur un prélèvement nasopharyngé, la figure du sachant. Charge virale, voix blanche (la mienne), poussée d’adrénaline. Un Kleenex usagé posé sur une toile recouverte de gesso, de papier collé. Reliefs. Photographie, l’image postée sur Instagram. Pas de propos défini, je vais à la fenêtre. À ma droite, la façade de l’église Saint-Laurent de Paris, dans l’axe de la rue de la Fidélité, de l’autre côté du boulevard Magenta. Alexandra Rose, dix minutes après son réveil. Elle vient de prendre une douche, elle marche mouillée dans l’appart, elle dit qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? Beaucoup de bars d’hôtels sont fermés, chercher la climatisation. Elle dit là tout de suite, j’ai peur d’être perdue. Traces de ses pieds sur le plancher, je lèche sa peau. Je dis tu veux boire du champagne ? Tu veux penser la vie occidentale ? Tu ne m’as pas dit que tu voulais aller chez H&M ? Elle dit oui, on va faire les boutiques. Je débouche une bouteille de champagne. On mange du San Daniele et du melon. Qu’est-ce qui mérite d’être fêté ? Des corps martyrs, pulsions sexuelles. Des corps panique, l’image androgyne du chanteur. Riff de guitare et rongé par les drogues. Le Président : tu montreras ma tête au peuple. Le bourreau : calme-toi, va faire un golf avec ton conseiller en communication, travaille ton swing, laisse-moi tranquille. Gesticulations carnavalesques, quelque chose arrive qui était déjà là. Insupportable, assènent les éditorialistes (ils kiffent ce mot). C’est en train de changer, dit je ne sais plus qui et ils sont nombreux à le dire (ben voyons). Le silence j’ai dit, il est où l’événement ? Se battre et s’affirmer (euh). Le pouvoir absolu (ah). Il mourut sans avoir (merde). La condition humaine (d’accord). Activités de gestion des risques, de vigilance et de surveillance post-commercialisation, le monde réglementaire des dispositifs médicaux. Alex en débardeur, une coupe à la main. Presque un murmure, ça va recommencer. Ça aussi, j’ai failli oublier : on en est où, de l’hydroxychloroquine ? Tais-toi.

Le même et l’autre

Réveil à l’aube. Cet énoncé introductif et factuel tient lieu de manifeste. Alexandra me demande de l’eau fraîche. Elle se rendort. Douche et café dans le présent visible, lecture des actualités. Élaboration d’une figure romanesque, l’heure était au combat. Le mode de fonctionnement de la raison, le sujet spécifique abordé. Matrices formelles, une dystopie imaginée par Ridley Scott. La terre est devenue inhabitable, les enfants sont élevés sur une autre planète. Formulaires, codes et archives. Les toiles monochromes de Damien Hirst, composées de centaines de mouches mortes. Description de l’œuvre, rappeler à sa mémoire. Damien Hirst est un monstre. L’angle des murs, je travaille jusqu’à midi. Autoritaire dans mon architecture. Le ventre gonflé, depuis hier. Les changements à faire quand tu sens que quelque chose ne va pas. Conditions dynamiques du récit, Alex sort de la salle de bains. Je dis tu veux manger quelque chose ? Elle dit non et toi ? Pareil. Fluide et clair, les stores baissés. Elle se fait un café, et elle s’habille. Putain de chaleur et j’appelle un taxi. Alex en short, t-shirt et Converse. On va chez Dèmonia. Porte métallique et rideau noir (franchir). Cagoules et cockrings, laisses et colliers, cravaches et crochets. Rosebuds et godes vibrants. De rares clients, Alex ouvre des livres. Elle essaye une jupe noire en vinyle ouverte sur les fesses. Elle sort de la cabine, elle tourne sur elle-même. Elle me regarde, derrière ses lunettes noires. Tu en penses quoi ? Je dis c’est bien. Un mec mate son cul en passant. Une blonde platine avec un piercing dans le nez à la caisse. On repart avec la jupe et des rouleaux de bondage tape. L’odeur du bitume en sortant. La matière noire, on monte dans un taxi. Retour rue de la Fidélité, on va au Grand Amour. On boit des bières, Alex reçoit un SMS. Les seins qui pointent sous son t-shirt, elle pose son téléphone. Elle dit maintenant j’ai faim, et elle sourit. On va chez Julhès, on achète de la bouffe. On va chez Saint-Denis Primeurs. Un SDF est couché sur le trottoir et on ne ne voit pas sa tête. Ça sent la pisse. Existence malmenée, et piétiner les ombres. Je me demande s’il est vivant.

Prophylaxie

Prévenir l’apparition, la propagation, l’aggravation d’une maladie. Mortelles civilisations, modèles d’effondrement. Tragédie de l’Histoire, des origines gréco-romaines. Douleurs articulaires, se réveiller dans trois-mille ans. Salut les mecs. Lumière d’un Soleil double (Laurent Grasso), j’espérais vous revoir. Un homme en baskets aux lacets dénoués s’avance vers moi, et il ressemble à Franz Kafka. Il me présente une serviette chaude dans une corbeille, il me souhaite la bienvenue. Je prends la serviette, je la passe sur mon visage. J’essuie mes mains. Je regarde autour de moi, je dis qu’est-ce qui se passe ici ? De rares vestiges des temps anciens, quelques objets fétiches. Un ballon de la Coupe du Monde de football 1998 signé Zinédine Zidane. Des foules compactes, des légions sauvages, des armes primitives, la passion policière, le département de la Propagande. Des villes saintes, des cités disparues. Ici c’est où ? je demande à Kafka. Une langue nouvelle. Alex est assise sur le canapé, elle fume une cigarette. Je regarde des vidéos de la double explosion à Beyrouth. Deux-mille-sept-cents tonnes de nitrate d’ammonium, stockées dans un entrepôt sur le port, seraient à l’origine de la déflagration. Scènes de dévastation et de panique. Le Pape François adresse ses prières pour le Liban, je fais cuire des côtes d’agneau. Je débouche une bouteille de rosé. Alex dit tu ne te demandes jamais qui tu es ? Je dis non, je sais qui je suis. Et qui es-tu ? Libre disposition de soi, mais pourquoi cette question ? Danser sous une pluie de paillettes argent avec un plug dans le cul, identifier les tendances. Perspectives de bien-être modéré, repli sur les petites jouissances. Vulgaire routine éditoriale, n’importe quelle intimité. Un peu de sociologie. Des thèmes communicables, l’écriture apte à la consommation. Pas de cri. Pas de vagues. Pas de risques. Rien. Ou à peu près. Le style comme un mantra, afficher ses blessures. On entend la sirène d’un véhicule de police, et les stores sont baissés. Alex essuie sa bouche, elle boit une gorgée de vin. Je dis et toi, tu sais qui tu es ? Elle me regarde. Elle pose son verre. Elle dit je suis l’héritière, et elle sourit. On mange des fruits, et j’appelle un taxi. On va chez Broken Arms acheter le sac Lady.

Faillite et contrôle

La médiasphère post-confinement, le phénomène du blast. Un événement qui efface tout. Le flot verbal, une frénésie presque aphasique. Afflux de trafic supérieur aux précédents records (les chaînes info), fascination mortelle et pétrifiante. Liens avec le pouvoir, un bref rappel des faits. « L’ordre dégradant de la horde », je cite Pasolini. Les questionnements contemporains, et le titre du livre : Paris-Plage. Suis aveugle chose jugée compulsif addictions n’importe où pharmacie Pôle emploi Monoprix musculaire la dépense excrétions. Que dit-il, ce roman ? Ce qu’il dit, et rien d’autre. La personnalité schizoïde de l’auteur, et Alexandra Rose. La machine narrative, des éléments contextuels, la France en 2020 (peut-être un peu), le virus (peut-être trop), quelques hardeurs, des insertions, un héritage, le ventre, la queue, la chatte. L’appareil digestif. Le fleuve gris et sale qui mouille la capitale, un bref rappel des faits. Veine sombre, acharnement vital. Des murs de signes, des objets poétiques. Un voyage en septembre, à condition de pouvoir se déplacer. Les règles syntaxiques, lexicales et phoniques de la langue. Sang noir et tout ce qui résiste. De la mauvaise cocaïne, des abonnés reclus. Le forfait 10 Go, le paquet de chips et la télécommande. Des lames d’acier, des vocations totalitaires. Au nom de la démocratie, de l’égalité, de la justice, de la transparence et sans gluten. L’offre politique et les produits au catalogue. D’incessantes digressions, des tensions dialectiques et la météo. Les pressions remontent sous l’influence d’une dorsale dirigée par l’anticyclone des Açores. Des conversions mystiques, l’emploi du temps et le calendrier. Alex est aux Bains du Marais avec Julie, je mange des brochettes de Kefta. Alex qui veut acheter le sac Lady Kwaidan Editions, et la distance qui nous sépare. Le plus étrange, dans ce voyage. Le sens de l’inaccessible et hors de toute logique. Les chants barbares. Les saumons qui, à maturité, remontent les rivières, rejoignent leur lieu de naissance. C’est là qu’ils se reproduisent. La ligne et la boucle, la cohérence de l’œuvre. Continuité de la trame, expulser tout son air. Respire.

Matrice du vide

L’aube blanche. L’expérience apocalyptique. La ruine et le silence. L’imposition des cendres sur le front du pénitent. L’imposition des normes. L’agonie des cafards, casser le rythme au milieu d’un mix. L’accès à la conscience, je travaille jusqu’à midi. Je vais dans la cuisine, je mange de la chair froide. Alex se lève, elle se fait un café. Elle dit j’ai fait un rêve, on marchait dans le quartier en plein jour, tu me tenais en laisse et j’étais nue. Tu m’as détachée, tu m’as dit de rentrer à l’appart en courant. Des mecs me suivaient, je suis arrivée devant l’immeuble, je tremblais en faisant le code. Je n’avais pas les clés, je t’ai attendu sur le palier. J’ai entendu le bruit de la porte en bas, la machinerie de l’ascenseur. J’étais accroupie par terre, je flippais, je me branlais comme une folle. Elle sourit, elle prend des œufs dans le frigo. Tu en veux ? Je dis non. Elle bat les œufs. Elle dit tu n’es jamais venu. Le cul d’Alex, j’embrasse son cou. L’odeur de sa peau, la lecture des actualités. Plusieurs villes de France rendent obligatoire le port du masque dans l’espace public, le couvre-feu est instauré à Melbourne. Urbain et sinistre. Des milliers de personnes, unies contre les gestes barrière et pour l’abrogation des contraintes liées à la lutte contre le SARS-CoV-2, manifestent à Berlin. Et ailleurs. Rien de plus à savoir, Alex est dans la salle de bains. Limites de l’être, je fais le point sur la situation. Je suis vivant, je suis en forme, je suis en ordre ou à peu près. J’ai des projets. J’ai un programme. La frustration affective, les objectifs professionnels, l’autonomie des individus, l’humanité à la dérive, les accents visionnaires, je ne sais pas ce que c’est. La violence ordinaire, je sais ce que c’est. Écrire, je sais ce que c’est. Les jeans taille basse déchirés aux genoux, je sais ce que c’est. Je n’ai pas vu passer l’été, je sais ce que c’est. Je dirai ça bientôt. Alex sort de la chambre, et ces lieux d’où je parle. Elle porte une jupe et un t-shirt. On sort, je regarde si j’ai du courrier, on va au Londres, on boit une bière. On regarde les gens passer au carrefour. Avec des sacs de courses.